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Pour une poignée de réfugiés…

Pays : Grèce

Tags : Réfugiés, union européenne

L’image est forte de symboles : ce 4 novembre au matin, trente réfugiés ont eu le privilège de traverser l’Europe en avion pour gagner le Luxembourg, où leur demande d’asile pourra être traitée. Ces trente 'élus' étaient encadrés par une brochette de représentants européens : le premier ministre grec Alexis Tsipras, le commissaire européen à l'Immigration Dimitris Avramopoulos, le président du Parlement européen Martin Schulz, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn et quelques représentants du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (UNHCR) et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

 

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Le 22 septembre, l’Union européenne a adopté au forceps un plan de relocalisation des réfugiés sur deux ans pour décharger l’Italie et la Grèce. Depuis, 116 réfugiés en ont profité, principalement d'Italie vers la Finlande et la Suède,

La délégation européenne est restée plantée sur le tarmac, observant, émue, l’avion aux couleurs d'Aegan Air. Dans un autre contexte, on pourrait croire à un échange d’otages à l'issue heureuse : une dizaine de personnalité contre une poignée de réfugiés. Le tout pour une poignée d’euros, le transfert de ces six familles syriennes et irakiennes étant financé par l’Union européenne. C’est l’un des premiers voyages organisés et financés par le plan de "relocalisation" européen. Il en résulte cette photo de vacances d’une joyeuse troupe éclectique qui promeut la politique européenne en matière de réfugiés, bien loin des clichés du bourbier calaisien, des naufrages méditerranéens ou de la guerre sans fin qui alimente l’Europe d’un flux ininterrompu de réfugiés. Basta aussi, en une image, cette Europe divisée sur la gestion de cette crise des réfugiés et de la montée des populismes de toutes sortes

 

 

Aujourd’hui alors, une poignée de réfugiés sont les bienvenus au Luxembourg. Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur l’ampleur du chantier de "relocalisation", on parlera plutôt d’une once de réfugiés :

 

 

Un océan de gouttes

Reconnaissons que même pour Alexis Tsipras, ces trente réfugiés ne sont qu'une "goutte dans l'océan". L'UNHCR calcule précisément 752 066 arrivées par la mer cette année, dont 608 970 en Grèce et 140 200 en Italie. Une goutte effectivement. Une autre est tombée exactement le même jour : c'est en tout cas de cette façon que les médias grecs ont présenté un autre vol de réfugiés. Soixante-dix personnes, cette fois-ci, se sont vues offrir le retour par les airs dans leur pays. L'escorte est plus musclée : cent vingt policiers. Ces derniers sont des migrants économiques, un critère qui n’est plus satisfaisant, même si les personnes qui s'envolent aujourd'hui dans deux avions différents étaient dans le même bateau.

Deux gouttes d’eau dans l’océan méditerranéen qui continue à avaler sans distinction les embarcations : que ce soit 30 ou 70, c’est toujours moins que les 80 réfugiés qui ont péri la semaine dernière au large de Lesbos et d'autres îles grecques. Et c’est encore plus risible par rapport aux 160 000 personnes que l’Union européenne compte relocaliser sur les deux prochaines années : 0,01 %.

Dernière màj le 8 décembre 2016