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Portugal - La ruée des investisseurs brésiliens

Pays : Portugal

Tags : golden visas

Durement frappé par la crise, le Portugal mise depuis trois ans sur les investissements étrangers. Pour attirer les capitaux, le gouvernement portugais a mis en place les très controversés « golden visas », dont raffolent les Brésiliens.

 

Pour les investisseurs, Lisbonne est agréable à vivre. Rejoignant de grandes fortunes russes ou chinoises, de plus en plus de riches brésiliens s'installent dans la capitale portugaise, profitant des « golden visas ». Mis en place en 2012, pour surmonter la crise, ces "pass" permettent aux entrepreneurs étrangers de circuler librement dans les différents pays de l'Union européenne, à condition d'injecter une certaine somme d'argent dans l'économie portugaise.

Au bout de cinq années, et sous certaines conditions, ceux qui apportent des fonds peuvent également choisir le Portugal comme résidence permanente. Pour cela, ces derniers doivent, au choix, acquérir un bien dans le parc immobilier portugais (pour un montant d’au moins 500 000 euros) ; créer une entreprise comptant une dizaine de salariés minimum ; ou investir un million d’euros dans l’économie locale. Aujourd'hui, 69 Brésiliens ayant obtenu le précieux sésame, détiennent 60 millions d'euros d'avoirs au Portugal.

 

CORRUPTION AU SOMMET DE L’ETAT

Un succès de ces "vistos dourados" que ne semblent pas altérer les troubles affaires dont ils font l'objet. En novembre 2014, onze personnes ont été arrêtées dans le cadre d’une opération anticorruption. Parmi elles, de nombreux hauts fonctionnaires portugais, dont le directeur du service des étrangers et des frontières (SEF), et la secrétaire générale du Ministère de la justice. Ils sont soupçonnés de corruption, de blanchiment d'argent, de trafic d'influence et de malversations lors de l’attribution des « visas dorés ».

Un coup de tonnerre qui a même contraint le ministre de l'Intérieur lui-même, Miguel Macedo, à démissionner, estimant son autorité politique affaiblie. “ Je ne suis jamais intervenu dans le processus d'attribution de ces visas”, s’est tout de même défendu le ministre lors de l’annonce de sa démission, le 16 novembre dernier.

Face à ces révélations, l’opposition portugaise se demande si les visas dorés sont vraiment une aubaine pour l’économie nationale. Jorge Costa, leader de Bloco de Esquerda (BE -  gauche radicale), avance que “cette mesure (…) a uniquement favorisé la spéculation immobilière et l'afflux de grandes sommes d'argent qui circulent par des circuits douteux”. En 2014, ce dispositif a tout de même rapporté plus d’un milliard d’euros à l’Etat.

 

Céline Peschard

 

Dernière màj le 8 décembre 2016