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Plantu 1 – Intégristes 0

Pays : France

Tags : plantu, Caricature, Liberté de la presse, intégrisme

Le célèbre dessinateur de presse vient d’être relaxé dans un procès que lui avait intenté une association proche des milieux traditionalistes catholiques. Comme à chaque fois en pareil cas, difficile de réconcilier les défenseurs de la liberté d’expression qui crient au loup et ceux de la liberté religieuse qui crient au diable.

Une caricature du Pape Benoît XVI, dont on suggère qu’il est en train de sodomiser un enfant, publiée sous le titre suivant : "Pédophilie : le pape prend position". Ce dessin signé Plantu est d’abord paru sur son blog fin mars 2010 avant d’être repris par le Monde magazine le 3 avril suivant. L’image est choquante, d’un mauvais goût dont on se demande presque s’il est naturel ou assumé, ce qui à bien y réfléchir n’est rien d’autre que le principe même de la caricature.

 

Pour tenter de remettre dans le droit chemin le dessinateur égaré, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (l’Agrif) a décidé de porter plainte. L’association dirigée par un ancien élu du Front National voit en effet une "provocation à la haine ou à la violence" dans cette publication, une offense faite à l’ensemble des catholiques qu’elle prétend donc défendre.

 

A la barre du tribunal correctionnel de Paris, Plantu a confessé n’avoir aucunement voulu "humilier les croyants" mais a réaffirmé sa volonté de dénoncer "la double souffrance" des enfants abusés par des ecclésiastiques et "le silence assourdissant" de l'Église, "un second viol" pour lui. Pour l'avocat de l'Agrif, Maître Jérôme Triomphe, le dessin visait non seulement le souverain pontife mais surtout l’ensemble des catholiques, qui "se sont sentis agressés". Les plaignants ont d’ailleurs avancé que c’était là une habitude, voire une marque de fabrique de Plantu que d’associer l’Eglise et la pédophilie. "Après cet acharnement, comment sont donc vus les curés, dans la rue ? Et les catholiques tout court ? " a demandé Me Triomphe.  

 

Des propos qui n’ont visiblement pas convaincu les juges. Ces derniers ont estimé que la violence du dessin faisait légitimement écho à celle "qu'a constitué le silence institutionnel à l'égard des victimes" et "la réaction inappropriée de l'Église face à ces tragédies". Les juges ont enfin rappelé le contexte de la parution de ce dessin : des cas de pédophilie de prêtres avaient été dénoncés au sein de l'Église catholique allemande. Le pape Benoît XVI avait lui-même été éclaboussé "en ce qu'il aurait accueilli dans son diocèse, en sa qualité d'archevêque de Munich, un prêtre invité à suivre une thérapie et qui a pourtant été condamné pour de telles atteintes sexuelles sur mineur".

 

Le tribunal a condamné l'Agrif à verser à Plantu 2.000 euros pour les frais de justice, mais a rejeté la demande de la défense du dessinateur, qui demandait la condamnation de l'Agrif pour procédure abusive.

 

Rencontre entre habitués de la polémique

 

L'Agrif :

Depuis sa création en 1984, l’Agrif est partie en croisade contre le "racisme anti-blanc et anti-chrétien", deux notions défendues également par l’extrême-droite française.  Sa spécialité : poursuivre tout ce qui, de son point de vue, représente une insulte aux chrétiens, voire une incitation à la haine anti-chrétienne. On lui doit entre autres des actions contre des cinéastes comme Jean-Luc Godard (pour "Je vous salue"), ou Martin Scorcese (pour "La Dernière tentation du Christ"). L’association a également tenté de faire interdire l’affiche du film "Amen" de Costa-Gavras où les symboles de la croix catholique et de la croix gammée se trouvaient mêlés. L’Agrif s’est aussi attaquée à l’œuvre "Piss Christ" de l’artiste Andres Serrano, à l’hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo", au groupe de metal finlandais Impaled Nazarane (littéralement "le Nazaréen empalé"), à une chanson du groupe de rap "Sniper", à l’association de lutte contre le Sida AIDES ou même à des personnalités politiques comme Michel Rocard ou Georges Frêche. Plus récemment, l’Agrif a fait poursuivre Houria Bouteldja, porte-parole du parti des Indigènes, pour "injures raciales contre les Français". Celle-ci avait publiquement utilisé le néologisme "souchien" pour "français de souche", malgré l’homophonie avec l’expression "sous-chien".

Plantu :

De son côté avec plus de 50 000 dessins à son actif en un peu plus 40 ans de carrière, Jean Plantureux alias Plantu a plus d’une fois suscité la polémique. En 2000 par exemple, en direct lors d’une soirée électorale, il esquisse une "Marianne" assoupie prise en levrette par le président Chirac, alors en plein tourbillon judiciaire (plus récemment, la même scène mais avec François Hollande aurait été censurée par le Monde dans un de ses dessins). En 2009, la polémique gronde à nouveau lorsqu’il met en scène le Christ jetant des poignées de préservatifs à un océan d’africains. Les religions en général et l’Eglise catholique en particulier sont parmi ses cibles favorites. Une représentation de prêtre disant que "Les voies du Seigneur sont impénétrables" et à qui un enfant répond "Y’a bien qu’elles !" a déclenché les foudres des milieux catholiques, tout comme la représentation de Benoît XVI pour laquelle il a eu à s’expliquer devant les tribunaux cette année.

       

PLUS SUR PLANTU :

Consultez le webdocumentaire d'ARTE Info, "Fini de rire".

Dernière màj le 8 décembre 2016