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Philippines : Duterte déterminé à poursuivre sa guerre contre la drogue

Pays : Philippines

Tags : Duterte, insulte, Dieu, campagne anti-drogue

Le président philippin Rodrigo Duterte a répété sa priorité le 23 juillet lors de son discours sur l'état de la nation : mener une guerre sans merci aux trafiquants de drogue, en dépit de l'opposition croissante que ses méthodes violentes suscitent. Quel bilan tirer de son mandat deux ans après son élection ?

Philippines : Duterte contre Dieu et le reste du monde
Philippines : Duterte contre Dieu et le reste du monde Guerre meurtrière contre les trafiquants de drogue, dérapages verbaux... Quel bilan tirer des deux premières années du mandat de Rodrigo Duterte ? Philippines : Duterte contre Dieu et le reste du monde

 

Lundi 23 juillet, des milliers de Philippins ont manifesté contre la politique anti-drogue de Duterte, à l’occasion de son troisième discours à la nation. Mais ces protestations n’ont pas fait changer d’avis le président philippin : "La guerre contre les drogues illégales ne s’arrêtera pas, au contraire, elle sera sans relâche et terrifiante." Avant d'ajouter : "Si vous pensez que vous allez me dissuader d’arrêter ce combat par des manifestations, vous vous trompez. Vous êtes inquiets pour les droits humains, moi pour la vie d’êtres humains."

Parmi les manifestants rassemblés dans la rue, des étudiants, des défenseurs des droits de l'homme, mais aussi... des prêtres. L'Eglise catholique est l'une des principales voix de l'opposition dans le pays. Acharné, Rodrigo Duterte avait promis durant sa campagne d'éliminer le problème avec une ligne de conduite définie clairement dès son élection : "tuer tous ces fils de p***". Une méthode radicale déjà employée par le président philippin lorsqu’il était maire de Davao, et qu’il espère voir porter ses fruits à l’échelle nationale. Bilan : deux ans plus tard, la police affirme avoir éliminé 4 200 toxicomanes et trafiquants présumés. Un chiffre à multiplier par trois selon les défenseurs des droits de l’homme, qui dénoncent également des exécutions extrajudiciaires menées par la police ou par des tueurs à gage.

L'opposition balayée

Le président philippin n’aime pas qu’on le critique, ni qu’on le dérange. C’est bien connu. En 2016, il a traité le pape François de "fils de p***" simplement parce que la visite du souverain pontife a provoqué des embouteillages à Manille, la capitale du pays. Quelques mois plus tard, il s’en prend à Barack Obama et lui assène la même insulte à la veille d’une rencontre au Laos. Le dirigeant avait peur que son homologue américain critique la situation des droits de l’homme dans son pays.

Et puis, c’est au tour de rapporteuses des Nations Unies d’être insultées, après avoir dénoncé des exécutions extrajudiciaires. En réponse à ces propos violents, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a estimé que Rodrigo Duterte avait besoin "d’un examen psychiatrique".

Enfin, l’intouchable chef d’État philippin a annoncé le retrait des Philippines de la Cour pénale internationale en mars dernier, après que celle-ci ait lancé une procédure d’enquête sur sa guerre contre la drogue. Les opposants politiques au sein même de son pays sont, eux-aussi, écartés. En février 2017, la sénatrice Leila de Lima, a été emprisonnée après avoir ouvert une enquête sur sa campagne anti-drogue.

Le président s'est fendu d'une dernière provocation le 25 juin en traitant Dieu en personne de "fils de p***". En cause ? L'histoire d'Adam et Eve, vraiment pas sympa pour l'humanité, d'après le président philippin. Dans un pays où plus de 80% de la population est catholique, le message est mal passé et lui a valu de dégringoler dans les sondages. Alors qu’il atteignait un record de popularité il y a un an, il retombe aujourd’hui à 45% d’opinions favorables.

Paix, réformes sociales… Les espoirs suscités par Duterte déçus

Rodrigo Duterte a été porté au pouvoir avec l’espoir de ramener la paix dans un pays rongé par les guérillas depuis 50 ans et de rétablir un climat propice au développement économique. Mais pour le moment, il peine à tenir ses promesses. Le pays a connu des violences inédites en 2017, lorsque des rebelles se réclamant de l’État islamique ont pris le contrôle de la capitale de la province de Lanao del Sur, Marawi, au mois de mai. Les forces armées philippines ont mis cinq mois à reprendre le contrôle de la ville et la reconstruction est lente : selon la Croix Rouge, 230 000 personnes vivent toujours dans des abris temporaires.

Le dialogue de paix avec l’autre principal mouvement de guérilla actif dans le pays, la Nouvelle armée du peuple, est rompu. Après avoir amorcé des gestes afin de relancer le processus de paix au début de son mandat, le président philippin a officiellement coupé court aux négociations fin novembre, traitant les guerilleros de "terroristes".

La réforme agraire promise par Duterte afin de répartir plus équitablement les terres se fait toujours attendre. Le South China Morning Post estime que son gouvernement manque cruellement de réponses aux problèmes économiques et sociaux des Philippines. Selon le journal, l’inflation a par exemple augmenté de 5,2% en un an, pour atteindre son plus haut niveau depuis cinq ans.

 

Dernière màj le 24 juillet 2018