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"Pegida est un mouvement inquiétant"

Pays : Allemagne

Tags : PEGIDA, Immigration

C'est un mouvement qui a pris tout le monde de court. Parti de Dresde, en Allemagne de l'est, le mouvement Pegida a pris de plus en plus d'ampleur au cours de ces dernières semaines pour finalement devenir un véritable phénomène de société. Lundi 15 décembre, ils étaient 15 000 à Dresde à venir crier leur rejet de l'islamisation de la société allemande. Ils dénoncent une immigration incontrôlée et redoutent de perdre leur identité. Un peu comme les mouvements d'extrême droite français, sauf qu'en Allemagne, ce discours est nouveau, comme nous l'explique Gilbert Casasus, professeur en études européennes auprès de l'université bilingue de Fribourg, en Suisse. Il estime qu'il y a en Allemagne une grande méconnaissance de l'islam et de la culture musulmane et que le mouvement Pegida n'est qu'un fantasme mais un fantasme inquiétant. Même si elles n’ont encore aucun réel relais politique, ces idées d’extrêmes droites commencent à prendre racine en Allemagne alors même que le pays doit se préparer à accueillir une grande vague d'immigrés pour faire face à son déclin démographique. Interview. 

GilbertARTE Journal : Comment expliquer l’émergence du mouvement Pegida en Allemagne ?

 

Gilbert Casasus : On ne se l’explique pas. C’est un mouvement qui en a surpris plus d’un. Personne ne s’attendait à de telles manifestations en Allemagne. Il y avait eu néanmoins, il y a quelques mois, des manifestations de hooligans après des matchs de football mais qui concernaient l’ouest de l’Allemagne. Donc on avait vu déjà que quelques groupes aux contours mal définis et relativement obscurs pouvaient reprendre à leur compte le sujet de l’islam, sans savoir d’ailleurs ce que c’est.

 

Nous sommes confrontés là un mouvement typique dans les sociétés occidentales c’est-à-dire que moins il y a de connaissance plus on joue sur les peurs.

Gilbert Casasus - 16/12/2014

Constate-t-on effectivement une hausse de l’islamisation en Allemagne ?

 

Gilbert Casasus : En comparaison avec la France, l’Allemagne est très peu au courant de ce qu’est la religion musulmane ou l’islamisme. Il y a donc une réaction épidermique par rapport à l’islamisation. Quand on parle d’islam en Allemagne, on pense Turquie, sans savoir d’ailleurs que la Turquie est un pays laïc. D’ailleurs le mot laïcité n’existe pas dans le langage politique allemand. Nous sommes confrontés là un mouvement typique dans les sociétés occidentales c’est-à-dire que moins il y a de connaissance plus on joue sur les peurs. Et l’extrême-droite aime toujours reprendre cela à son compte et le récupérer.

 

Ce genre de discours islamophobe est nouveau en Allemagne ?

 

Gilbert Casasus : Là, ce qui est intéressant, c’est que ce mouvement est né dans une région où il y a très peu d’étrangers – l’immigration c’est 2 à 3% en Saxe, et le nombre de gens de confession musulmane, est un épiphénomène. On a donc une composante assez inquiétante dans la mesure où ce sont des gens relativement peu formés, issus de la petite bourgeoisie locale, provinciale, dans une région protestante. Nous avons tous les ingrédients pour un terreau favorable à l’extrême-droite, d’autant plus que ce mouvement a une légitimité politique dont ne bénéficient pas les partis d’extrême-droite.

 

Peut-on dire que le racisme n’est plus tabou en Allemagne ?

 

Gilbert Casasus : Le racisme est un phénomène qui reste tabou en Allemagne mais l’introspection de la société est telle qu’on n’a jamais osé aborder de front les problèmes liés à l’immigration, à l’insertion et à l’intégration. Cette question prélude à un autre débat dont la politique allemande ne se saisit pas, à savoir qu’à cause des questions démographiques l’Allemagne sera obligée, dans les décennies à venir, de faire venir plusieurs millions de personnes sur son territoire. L’immigration en Allemagne est absolument inéluctable. La vie politique allemande élude cette question, on a peur de mettre la question démographique et la question du changement de population en Allemagne sur le devant de la scène. Si les responsables politiques allemands ne réagissent pas au-delà des déclarations de bonnes intentions, si on ne fait rien, il y a un véritable danger en Allemagne.

Dernière màj le 8 décembre 2016