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Les pays d'Europe durcissent les conditions d’accueil des réfugiés

Pays : Union européenne

Tags : Réfugiés, droit d'asile

Le Danemark s’apprête à adopter une loi autorisant la police à confisquer les effets de valeur des migrants pour financer leurs aides. Le texte, qui doit être adopté le 26 janvier prochain, fait polémique. Il traduit un durcissement grandissant de la politique d’accueil appliquée par plusieurs pays en Europe. Fermeture des frontières en Autriche, systématisation des contrôles en Suède, réduction des aides sociales aux Pays-Bas ou développement de milices d’extrême-droite en Finlande : tour d’horizon des mesures prises dans certains pays d'Europe du nord et de l'est.

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90 000 demandes d’asile ont été enregistrées en Autriche en 2015 et 120 000 sont attendues cette année. En plus des 4000 réfugiés qui affluent chaque jour par la route des Balkans, le pays est confronté depuis début janvier à une explosion du nombre de migrants renvoyés par l’Allemagne : chaque jour, les autorités bavaroises refoulent près de deux cents personnes qui tentent de rejoindre l’Europe du Nord. En attendant de trouver une politique commune avec Berlin, Vienne a décidé de renforcer les contrôles le long de sa frontière avec la Slovénie, après avoir annoncé en octobre dernier qu’une barrière allait prochainement être érigée entre les deux pays. Depuis le début de l’année, plus de 1 500 migrants venus de Slovénie ont déjà été expulsés par les autorités autrichiennes sous couvert de l’application du traité de Dublin, qui oblige les réfugiés à déposer leur demande dans le premier pays de l’espace Schengen où ils arrivent.

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En 2015, 21 000 réfugiés ont été accueillis au Danemark, qui applique pourtant l’une des politiques d’asile les plus restrictives d’Europe : droits d'asile temporaires, délais pour les regroupements familiaux allongés, allocations sociales réduites de moitié... le gouvernement cherche à dissuader les nouveaux arrivants, allant jusqu’à mener une campagne publicitaire au Liban pour les prévenir que leurs droits sociaux seront diminués. Dernière mesure polémique : le 13 janvier, le gouvernement ultraconservateur a présenté un projet de loi autorisant la police à confisquer les biens des migrants dont la valeur est supérieure à 1340 euros pour financer leurs aides. Critiqué, le texte doit encore être adopté le 26 janvier prochain par le Parlement.

En Suède, agressions sexuelles et durcissement des règles

immigration Suède

163 000 demandes d’asile ont été enregistrées en 2015, un record pour le pays connu pour la générosité de sa politique d’accueil. Pourtant, depuis le 4 janvier, la Suède a rétabli les contrôles systématiques à la frontière danoise, exigeant une pièce d'identité pour franchir le pont reliant les deux pays. Après les attentats de Paris, le gouvernement avait déjà annoncé la fin du permis de séjour permanent et le durcissement des règles du regroupement familial. La tension est encore montée d'un cran après l'épisode du Nouvel an à Cologne : des agressions semblables ont eu lieu à Stockholm et trois plaintes pour viols ont été déposées. Si les autorités suédoises parviennent à gérer la situation, elles sont critiquées pour ne pas avoir révélé d'autres agressions sexuelles commises par des migrants lors d’un festival à Stockholm à l'été 2014.

 

En Finlande, un visa pour monter à bord des ferries

immigration finlande

Quatrième terre d’accueil de migrants en Europe, la Finlande a accueilli plus de 32 000 demandeurs d’asile en 2015. Revers de la médaille : depuis plusieurs mois, des milices d’extrême-droite patrouillent dans plusieurs villes du pays, sous couvert de “protéger la population des intrus islamiques”. Des initiatives dénoncées par le gouvernement finlandais qui a de son côté durci les modalités d’entrée dans le pays : les réfugiés venant d’Allemagne doivent désormais présenter un visa pour monter à bord des ferries reliant le port de Travemünde vers Helsinki.

 

En Hongrie, des barrières matérielles et juridiques

immigration Hongrie

Pour de nombreux réfugiés, la Hongrie ne constitue qu’une étape transitoire vers des pays plus riches de l’UE. Pourtant, la politique anti-migrants occupe une place centrale dans les discours xénophobes du premier ministre Viktor Orban, qui s’oppose au plan de répartition de 160 000 réfugiés décidé par l’UE et ne reconnaît aux réfugiés aucun “droit fondamental à une vie meilleure”. Après avoir fait ériger une clôture barbelée de 175 km de long à ses frontières serbe et croate, le gouvernement a obtenu mi-septembre la modification du code pénal : traverser illégalement la frontière est depuis lors considéré comme un délit. Les migrants s’exposent à une expulsion directe ou à une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans. Depuis trois mois, les procès s'enchaînent et près de 750 personnes ont été jugées. Pour limiter encore les tentatives d'entrées sur le territoire, le Parlement a également autorisé l’armée à utiliser balles de caoutchouc et gaz lacrymogène dans le cas où les migrants interceptés refuseraient de coopérer.

Aux Pays-Bas, les migrants "citoyens de seconde classe"

immigration pays-bas

Parmi les 60 000 demandes d’asile déposées aux Pays-Bas en 2015, une sur trois seulement a été acceptée. La politique d’asile hollandaise fait partie des plus strictes de l’UE et les migrants ne sont pas les bienvenus : critiqué pour le manque de moyens mis en oeuvre pour assurer leur accueil, le gouvernement s’était engagé en octobre dernier à construire 10 000 places dans des centres d’hébergement. Mais dans de nombreuses villes où ces structures devaient être construites, les débats locaux et nationaux ont donné lieu à des échanges d’insultes et des violences physiques. Face aux tensions, le gouvernement a décidé de réduire l’aide au logement et les indemnités santé attribuées aux demandeurs d’asile qui se voient également retirer la priorité d'accès aux logements sociaux. Vingt-huit jours après avoir déposé sa demande d’asile, le migrant qui n’a pas réussi à obtenir le statut de réfugié devient une personne illégale. Il reçoit alors le strict minimum de la part de l’Etat : après une nuit en dortoir dans un centre et un petit déjeuner, il doit de nouveau retourner dans la rue.

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Les agressions de la Saint-Sylvestre à Cologne ont jeté un froid sur la politique d’accueil d’Angela Merkel. Alors que la chancelière rappelait dans ses voeux le 31 décembre que les réfugiés constituaient “une chance pour l’avenir du pays”, elle a approuvé dès le 9 janvier une résolution qui exclut du droit d’asile toute personne condamnée à une simple peine de prison avec sursis. Jusqu’à maintenant, seules les personnes condamnées à trois ans de prison ferme peuvent voir leur demande d’asile automatiquement rejetée. Confrontée à des administrations débordées, l’Allemagne restreint sa politique d’accueil : depuis début janvier, les autorités refusent l’entrée à de plus en plus de migrants, refoulés vers l’Autriche. Berlin, qui a accueilli 1,1 million de demandeurs d’asile en 2015, avait déjà introduit le 1er novembre une loi permettant d’encadrer et accélérer la politique d’asile : traitement des demandes plus rapide, rapatriement facilité en cas de refus d’accorder le statut de réfugié. Le Kosovo, l’Albanie et le Monténégro ont été ajoutés à la liste des pays sûrs. La loi donne également la possibilité aux Länder de payer une partie des aides aux réfugiés en nature.

En Norvège, vers une politique d’asile encore plus sévère

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Près de 30 000 personnes ont déposé une demande d’asile sur le sol norvégien en 2015. Le pays envisage de limiter l'afflux en se dotant de l’une des politiques d’asile les plus sévères en Europe : il compte pour cela faire adopter une nouvelle loi sur l’immigration, mesure nécessaire, selon la ministre de l'Immigration et de l’Intégration issue du parti de droite populiste Fremskrittspartiet, pour que le pays puisse “recevoir, installer et intégrer convenablement ceux qui viennent”. Le gouvernement souhaite ainsi refouler les réfugiés arrivant d’un autre pays de l’espace Schengen, en particulier ceux qui ont transité par la Suède. Le projet de loi prévoit également de diminuer les prestations sociales versées aux demandeurs d’asile, de rallonger le temps d’attente de trois à cinq ans pour régulariser la demande de séjour et de limiter le regroupement familial. Découragés par des procédures trop longues, de plus en plus de demandeurs d’asile acceptent de quitter le pays contre de l’argent.

Dernière màj le 8 décembre 2016