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Pas d’union sacrée en Turquie après l’attentat de Suruç

Pays : Turquie

Tags : Etat Islamique, Kurdes, Erdogan

 

 

Nous ne pouvons tolérer que des conflits extérieurs s'invitent en Turquie.

Ahmet Davutoglu - 22/07/2015

Vitres brisées, mares de sang : à Suruç, les traces de l’attentat-suicide perpétré, selon les autorités turques, par l’Etat islamique sont encore présentes. Deux jours après cette attaque qui a causé la mort de trente-deux personnes et blessé une centaine d’autres, la Turquie oscille entre tristesse et colère. Le gouvernement, sous le feu des critiques, a convoqué une réunion de crise pour renforcer la sécurité tout au long des 900 kilomètres de frontière que le pays partage avec la Syrie.
Conseil de crise

"Nous ne pouvons tolérer que des conflits extérieurs s’invitent en Turquie." Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu veut afficher la détermination de son gouvernement à lutter contre la menace djihadiste. Pour la première fois, l’Etat islamique aurait frappé sur le sol turc. Pour Ankara, aucun doute : l’attaque de Suruç, ce lundi 20 juillet, est à mettre sur le compte de l'organisation terroriste. La police a annoncé avoir identifié, grâce à des analyses génétiques, le "kamikaze" qui s’est fait exploser dans les jardins du centre culturel de Suruç. Un jeune homme de 20 ans, originaire d’Adiyaman, au sud-est du pays, aurait rejoint les rangs de l’Etat islamique il y a deux mois à peine, selon la presse turque. Si l’attentat n’a pas encore été revendiqué, un conseil des ministres extraordinaire a été convoqué ce mercredi pour mettre en place un "plan d’action", et notamment renforcer la sécurité à la frontière turco-syrienne.

Ankara, trop "complaisante" envers les djihadistes ?

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Jusque-là, les soldats turcs qui y étaient déployés se contentaient d’observer, de loin et fusil au pied, le massacre de Kobané. La ville syrienne, reprise des mains de l’Etat islamique par les combattants kurdes en janvier, est à moins de dix kilomètres de Suruç. Lundi, les militants de la Fédération des associations des jeunes socialistes (SGDF), une organisation défendant la cause kurde, s’étaient d’ailleurs réunis en soutien à la ville martyr de Kobané, avant d’être emportés par l’attentat. Depuis, les critiques abondent contre le gouvernement d’Ankara, accusé de complaisance envers les groupes djihadistes, d’aucuns soupçonnant la Turquie de profiter du conflit syrien pour écarter le spectre d’un Kurdistan autonome à ses frontières.

On réclamera des comptes à l'Etat assassin !

 

Manifestations et blocage des réseaux sociaux

"On réclamera des comptes à l’Etat assassin !" : le slogan était scandé mardi soir à Istanbul par huit cents manifestants, avant que ceux-ci ne soient dispersés par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Une accusation reprise par le chef de file du principal parti kurde de Turquie, Selahattin Demirtas, grand gagnant des récentes élections législatives, qui a pointé la "responsabilité" du gouvernement dans les événements de Suruç et appelé à un grand rassemblement dimanche prochain à Istanbul. Cette colère contre les autorités explose même lors cérémonies funéraires, à Gaziantep, où la plupart des victimes ont été enterrées. Sur cette vidéo, postée par l’agence Etha, proche des mouvements kurdes, les familles reprennent les mêmes slogans antigouvernementaux.

 

Suruç, symbole de la colère kurde

Le porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan a beau rappeler les récents coups de filets de la police turque contre les filières djihadistes sur son sol, soulignant que "les allégations selon lesquelles la Turquie ne condamne pas l’Etat islamique ou ne traque pas ses membres sont fausses", la contestation enfle. Malgré le blocage du réseau social Twitter ce mercredi par les autorités turques, le hashtag "#iyiolmayacagim" figurait en tête des recherches par mots-clés, comme ici avec ce tweet rendant hommage aux victimes.

 

 

Initiée par la SGDF, dont les militants ont péri à Suruç, cette campagne virale signifiant "je ne vais pas être bon" répond au message de douleur transmis par le gouvernement quelques heures après l’explosion, comme l’indique l’organisation sur sa page Facebook. "Nous ressentons la douleur de nos camarades assassinés. Mais ces larmes de crocodile ne nous empêcheront pas de défendre nos droits."

La réplique du PKK

L’attentat de Suruç ravive surtout la question kurde. Le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, est toujours considéré comme une organisation terroriste par les autorités. Le mouvement, créé en 1984 pour réclamer la création d’un Kurdistan autonome en Turquie, a revendiqué ce lundi le meurtre de deux policiers turcs dans la ville de Ceylanpinar, proche de la frontière syrienne. "Une action punitive" contre des hommes qui "coopéraient avec le gang de l’Etat islamique", selon le communiqué du PKK. Ce double assassinat, aussitôt condamné par le gouvernement, fait figure d’avertissement pour le pays, pris en tenailles entre la menace djihadiste à l’extérieur de ses frontières, et les vieux démons de la rébellion armée kurde, à l’intérieur.

 

 
Dernière màj le 8 décembre 2016