Papeteries de Docelles : la fin

Pays : France

Tags : Docelles, Industrie, Papeterie, Plan social

En France, la désindustrialisation se poursuit. Dans le village de Docelles, au cœur des Vosges, des salariés se mobilisent contre la fermeture de la plus vieille usine de France. Une papeterie fondée il y a plus de cinq siècles. Il y a un an, le groupe finlandais UPM annonce la fermeture du site. La direction promet aux 165 salariés de tout faire pour trouver un repreneur. Les salariés décident de créer une société coopérative pour sauver la papeterie. Un projet économiquement viable soutenu par l'Etat, les collectivités locales… Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif s'engage au côté des salariés. Mais le projet de reprise est torpillé par la multinationale finlandaise. Nicolas Joxe a recueilli les témoignages d'anciens employés, du maire et du préfet :

Histoire de la papeterie à Docelles

Le village de Docelles au cœur des Vosges doit son origine et son développement à la fabrication du papier. Dès le XVe siècle, l'activité papetière se développe grâce à des moulins construits le long de la Vologne. La généralisation de l'imprimerie en Europe augmente la demande de papier en France mais aussi en Allemagne et en Suisse. Avec plus de dix moulins, Docelles devient la "cité du papier". Aujourd'hui, la papeterie de Docelles menacée de fermeture est considérée comme l'une des plus anciennes usines de France. Son existence est attestée par un document datant de 1478. Le groupe finlandais UPM, 7ème papetier mondial et pesant 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, rachète en 1978, la papeterie de Docelles.

 

Le temps du patron paternaliste et enraciné dans la région est révolu. La papeterie Docelles appartient désormais à une multinationale présente dans 65 pays et dont les usines sont implantée dans 14 pays.

 

En pleine restructuration, le groupe UPM annonce le 17 janvier 2013 vouloir vendre le site de Docelles mais assure qu'il mettra tout en œuvre pour rechercher un repreneur. Le 24 janvier 2014, la papeterie ferme ses portes.

 

Qu'est-ce qu'une SCOP ?

A Docelles, 85 salariés sur les 165 que comptait la papeterie décident en décembre dernier d'élaborer un projet de Scop (Société coopérative de production) pour reprendre leur entreprise.

 

Pour ce projet, chaque salarié s'engage à reverser 20 000 euros de sa prime de licenciement afin de constituer le capital de départ de la Scop.

Ce projet de coopérative, économiquement viable, permet aux salariés de Docelles de recevoir le soutien financier de l'Etat, à travers la Banque publique d'investissement, des collectivités locales et d'autres banques privées.

 

L'idée des Scop est de permettre aux salariés de maîtriser leur activité professionnelle et de partager équitablement le pouvoir, les décisions et les fruits de leur travail. 1 700 entreprises sont organisées sous cette forme dans l'industrie et les services.

 

Soumise à l’impératif de rentabilité comme toute entreprise, la Scop se caractérise par une gouvernance démocratique et une répartition des bénéfices favorisant la pérennité des emplois et du projet d’entreprise.

 

Juridiquement, dans une SCOP, les salariés sont les associés majoritaires et détiennent au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote. Si tous les salariés ne sont pas associés, tous ont vocation à le devenir. Le dirigeant de l'entreprise est élu par les salariés associés et le partage des profits est équitablement réparti. Une part pour tous les salariés, sous forme de participation et d’intéressement, une part pour les salariés associés sous forme de dividendes et une part pour les réserves de l’entreprise. Des réserves impartageables qui vont contribuer, tout au long du développement de l’entreprise, à consolider les fonds propres et à assurer sa pérennité.

 

Nicolas Joxe

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016