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ONU : malgré 5 ans de stratégie, la Syrie toujours en conflit

Pays : Syrie

Tags : Bachar al-Assad, Conflit, ONU

Le 1er août 2016 : c’est la date limite que s’était fixée l’Organisation des nations unies pour relancer les pourparlers sur le conflit syrien. Mais la paix attendra, encore. Réunis à Genève le 26 juillet, les représentants russe et américain n’ont pas réussi à s’entendre. Une fois de plus, l’envoyé spécial en Syrie, Staffan de Mistura, a dû s’incliner. Il espère réunir à nouveau le régime de Bachar al-Assad et les rebelles fin août. En attendant, le risque de famine grandit, les bombardements se poursuivent dans les villes assiégées et l’espoir de voir revenir la paix n’a jamais été aussi éloigné. Dans ce calendrier de l’enfer, la date du 1er août marque l’échec de l’ONU à trouver une solution diplomatique. ARTE Info dresse un bilan des trois objectifs phares de l’organisation.

C’est un nouveau coup dur pour Staffan de Mistura. Depuis qu’il a été désigné envoyé spécial par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon en juillet 2014, le diplomate italien s’arrache les cheveux, au point d’avoir plusieurs fois été tenté de démissionner. Il est pourtant habitué des conflits, lui qui a joué un rôle actif dans la guerre en Irak puis en Afghanistan. Mais le conflit en Syrie s’enlise, et les multiples tentatives des Nations unies pour y mettre un terme depuis juillet 2011 restent sans réponse. Fin juillet, l’envoyé spécial a encore reporté les négociations d’un mois. La nouvelle date retarde l’espoir de voir le bout du tunnel, d’autant que les trois conditions posées par l’ONU pour résoudre la crise ne sont toujours pas réunies : la cessation des hostilités, l‘acheminement de l’aide humanitaire et la transition démocratique semblent tous trois impossible à atteindre.

 

Des négociations de paix au point mort

Plusieurs réunions infructueuses ont eu lieu depuis le début de l'année. En février, le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS), coprésidé par Washington et Moscou et rassemblant une vingtaine de pays, avait arraché un accord mettant fin aux hostilités en Syrie. Celui-ci a rapidement volé en éclats. Après deux autres tentatives de discussions, l’opposition a quitté la table à Genève en avril pour protester contre les bombardements visant les populations civiles. Une nouvelle session en mai, à Vienne, n'a pas permis d’aboutir à une trêve durable. Pour Staffan de Mistura, un cessez-le-feu permettant l'amélioration de la situation humanitaire en Syrie est une condition préalable à la reprise des pourparlers.

Une démocratie en trompe-l'oeil

"Les Syriens continuent à rêver de démocratie et de liberté"

Entérinée en décembre par l’ONU, la "feuille de route pour la paix en Syrie" prévoyait la mise en place d'un organe de transition (qui aurait dû intervenir le 1er août), une nouvelle Constitution, et l'organisation d'élections dans les dix-huit prochains mois. Mais quatre mois plus tard, le bilan est mitigé. Le 13 avril, le parti de Bachar al-Assad a convié les électeurs syriens à des élections législatives en trompe-l’oeil. Sans surprise, le parti au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle a raflé la grande majorité des deux-cent-cinquante sièges du Parlement.

Jugé illégitime par l’opposition, le scrutin a été validé par le pouvoir soutenu par la Russie, malgré les appels de l’ONU pour la tenue de nouvelles élections générales en 2017. Sans en tenir compte, le président Bachar al-Assad a demandé fin juin la formation d’un nouveau gouvernement. Les membres de l’opposition ne sont pas invités à en faire partie, malgré les appels à l’unission de Washington et Moscou pour une "ouverture démocratique" : "Nous nous nous sommes accordés sur le calendrier pour un projet de constitution, choses que nous envisageons pour août", avait annoncé John Kerry lors d’une rencontre avec le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov fin mars.

Mais le sort du président syrien Bachar al-Assad reste la principale pierre angulaire des pourparlers. L'opposition soutenue par des puissances comme Riyad et Ankara réclament son départ, tandis que Damas, appuyée par la Russie et l'Iran, refuse catégoriquement d'envisager ce scénario.

Les convois humanitaires bloqués

Sans accord de Damas, l’ONU ne peut acheminer de convois d’aide humanitaire vers les villes sinistrées, parfois situées à une heure de route seulement de Damas. Sur Twitter, Jan Egeland, le chef du Groupe de travail des Nations unies, dénonce l’absurdité du blocage : "Jusqu'où les hommes armés peuvent-ils aller ? Aujourd'hui, la quatrième divi­sion de l'armée syrienne a bloqué une livrai­son huma­ni­taire aux personnes affa­mées de Daraya car elle conte­nait du lait pour bébé !"

 

Quatre-cent mille personnes vivent coupées de toute aide humanitaire. Selon les Nations unies, le stock d’aliments pourrait être épuisé d’ici à trois semaines. Damas et Moscou affirment pourtant avoir ouvert des couloirs humanitaires pour permettre aux habitants vivant dans les quartiers rebelles de s’enfuir. Ces corridors sont dénoncés par l’opposition comme des "couloirs de la mort". L’ONU a donc demandé de pouvoir superviser ces passages, afin d'éviter que le gouvernement syrien ne s'en serve pour reprendre les zones par la force.

 

 

L’ONU, pieds et poings liés

Dans son rapport annuel publié le 24 février 2016, Amnesty International (AI) pointait l'impuissance de l’ONU : "La guerre en Syrie a montré au fil des ans à quel point les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU peuvent favoriser l'impunité : en utilisant leur veto, ils peuvent bloquer des mesures crédibles et proportionnées visant à mettre un terme aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité, et faire obstacle à l'obligation de rendre des comptes pour ces crimes."

L’organisation dépend en effet des efforts fournis par ceux qui la composent. Pour l’ambassadeur Alexandre Fasel, chef de la mission suisse auprès des Nations unies à Genève, ce n’est pas "l’ONU en tant que telle qui est à mettre en cause dans la crise syrienne, mais les Etats membres, qui sont les seuls vrais maîtres du jeu".
 

En cinq ans, la guerre en Syrie a fait plus de 280 000 morts et contraint plus de la moitié de la population à fuir son foyer. Ces chiffres sont à prendre avec précaution, car la situation sur place rend le décompte des victimes quasi impossible. Depuis début juillet, des centaines de milliers de personnes sont bloquées dans les quartiers rebelles régulièrement bombardés par le régime et aucune aide internationale n'a pu y entrer. 

Dernière màj le 2 août 2016