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"Obama a un vrai bilan économique positif"

Pays : États-Unis

Tags : état de l'union, Obama

Alors qu’il se prépare lentement à quitter le pouvoir en fin d'année, Barack Obama a tenu ce mardi 12 janvier son dernier discours sur l’état de l’Union. Pas de bilan ni de projets pharaoniques annoncés avant d’entamer sa dernière ligne droite. Le président américain a tout de même tenu à relancer la fermeture de Guantanamo, l’encadrement sur le port des armes et a pour la première fois évoqué  le traité de libre-échange transpacifique. Quel bilan peut-on retenir de ses quatre années de mandat ? ARTE Info a posé la question à Anne Deysine, auteure du livre La cour suprême des Etats-Unis, juriste politique et professeure à Nanterre.

ARTE Info : Quels ont été les points importants de ce discours ?

Anne Deysine : Obama a lancé son discours sur une idée optimiste de progrès vers l’avenir. Il a parlé d’avancer, d’innover. Le président a ensuite identifié quatre priorités, des points vitaux pour l’Amérique, sur lesquels son successeur, démocrate ou républicain, devra se pencher. En premier lieu, donner à chacun des chances, avec une sécurité économique et sociale, donc en créant des emplois. Deuxièmement : mettre la technologie au service de l’innovation, pour les énergies alternatives par exemple.

Ensuite vient la sécurité, avec la lutte contre le terrorisme. Il faudra assurer la sûreté des Américains, sans que le pays soit le gendarme du monde. Le quatrième point du discours a été l’un des regrets d’Obama : ne pas avoir réussi à changer cette atmosphère complètement polarisée, qui l’empêche d’avancer au Congrès et de faire adopter une réforme de l’immigration ou du port d’armes.

Que faut-il réellement retenir de ces sept années au pouvoir ?

Obama a déjà sauvé les Etats-Unis de la dépression. Le déficit est réduit, neuf-cent-mille emplois ont été créés, l’industrie automobile va bien. Quand il est arrivé au pouvoir, les maisons ne se vendaient plus, les gens étaient mis à la rue, il y avait des dizaines de milliers de chômeurs en plus chaque semaine. Le système bancaire a failli exploser, l’industrie automobile a failli être rayée de la carte. Aujourd’hui, le président a un vrai bilan économique positif, nié par les républicains et par les médias. C’est d’ailleurs pour cela que son taux d’approbation est très faible. Plus de 60% des américains ne sont pas satisfaits de ce qu’il a fait.

Même si cela a été compliqué, son projet de loi sur la santé, Affordable Care Act, a été adopté. C’est un succès, car dix-huit millions de personnes sont maintenant assurées grâce à ce nouveau dispositif.

Quel est son bilan sur le plan international ?

L’accord avec l’Iran est signé, malgré les critiques des républicains. Obama a réussi à retirer toutes les troupes d’Irak et d’Afghanistan, comme il s’y était engagé dans sa campagne électorale de 2008. Il a aussi réussi, même si je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose, à faire avancer les négociations du partenariat transpacifique. Obama a d’ailleurs appelé le Congrès à approuver cet accord, pour que les échanges soient facilités entre un certain nombre de pays d’Asie et les Etats-Unis et que les règles du jeu ne soient pas fixées par la Chine.

Le président n’a pas pu faire adopter une loi sur la politique d’immigration, puisque les républicains ont refusé. Mais il a agi par décret, ce qu’il a le droit de faire, de façon à empêcher la déportation d’un certain nombre de d’immigrants. Le problème est que ces décrets ne sont pas tous en application, parce que les républicains les ont contestés devant les tribunaux.

A-t-il pu matérialiser toutes ses promesses de vote ?

 "Il faut savoir que dans le système américain, le président n’est pas tout puissant comme en France"

Anne Deysine - 13/01/2016

Bien sûr que non, ne serait-ce qu’à cause du blocage du Congrès. Il faut savoir que dans le système américain, le président n’est pas tout puissant comme en France. Il est en charge de l’exécutif, mais pour avancer, il a besoin que le Congrès remplisse son rôle et vote des lois. Quand celui-ci est dominé par des républicains qui s’opposent au président, il ne peut rien se passer. A chaque fusillade, le président réagit en demandant des actions concrètes. La semaine dernière, il a déclaré au peuple américain : "C’est à vous de prendre les choses en main, c’est à vous de faire du contre-lobbying."

Obama fait ce qu’il peut, mais les fameux background check, les vérifications, doivent être mis en place par le Congrès. De plus, le pouvoir judiciaire est un vrai troisième pouvoir aux États-Unis. Même quand une loi est adoptée, elle peut être remise en question par les opposants politiques. Il est donc assez difficile de faire un bilan, parce que lorsqu’Obama fait une annonce, son action est attaquée devant les juridictions.

Que peut-on attendre de la dernière année de mandat d’Obama ?

Comme tous les présidents en fin de mandat, Obama va sans doute s’occuper de la politique étrangère et préparer le terrain, en espérant que le prochain président soit lui aussi démocrate. Il faut continuer à avancer sur l’immigration, sur le contrôle du port d’armes, sur la protection de l’environnement… En ce qui concerne Guantanamo, le président a jugé utile de se justifier parce qu’il a souvent été critiqué, y compris par la gauche récemment. Ce qui est intéressant, c’est que lui voit ça comme une promesse non tenue, qui nuit aux valeurs américaines. Il considère que si les Américains doivent et peuvent continuer à exercer leur leadership mondial, c’est parce qu’ils ne sont pas comme les autres. Ils sont porteurs de valeurs et protecteurs des droits de l’homme.

Dernière màj le 14 janvier 2017