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Obama et Poutine s'accusent mutuellement d'entretenir le conflit en Syrie

Pays : Monde

Tags : ONU, Syrie

Etats-Unis et France d'un côté, Iran et Russie de l'autre : le conflit syrien a largement occupé les débats de la soixante-dixième Assemblée générale des Nations unies, ce lundi, à New York. Verbatims.

Il a été le premier à dégainer. Dans une référence appuyée à la position de la Russie et de l'Iran, alliés du président syrien, Barack Obama a dénoncé la logique consistant à soutenir "des tyrans comme Bachar al-Assad, qui lâche des bombes sur ses propres citoyens", sous prétexte que l'alternative "serait pire".

Lors de son discours prononcé ce lundi en ouverture des débats de l'Assemblée générale de l'Onu, le président américain s'est dit néanmoins "prêt à travailler" avec Moscou et Téhéran dans l'objectif de défaire l'Etat islamique - "Quand un groupe terroriste décapite des otages, massacre des innocents et asservit les femmes, c'est une attaque contre toute l'humanité" - mais qu'une issue au conflit syrien n'était pas envisageable sans la mise en place d'un "régime de transition" : "La stabilité sera durable si nous trouvons un accord de paix durable. Assad et ses alliés ne peuvent pacifier la population syrienne."

Pour Vladimir Poutine au contraire, Bachar al-Assad est la solution, pas le problème. Devant l'Assemblée onusienne, ce partenaire indéfectible du président syrien, qui devait rencontrer Barack Obama dans la soirée, a critiqué la stratégie occidentale qui, selon lui, "n'a débouché sur rien". "On donne des armes à des opposants au régime syrien, on les forme au combat et ensuite, ils s'en vont rejoindre les rangs de l'Etat islamique", a assuré le président russe, pour qui le groupe terroriste a été "nourri et choyé par les Occidentaux", qui voyaient l'EI "comme un outil de lutte contre des régimes laïcs indésirables". Poutine a prévenu : "Toute tentative d'armer les terroristes est une approche myope qui risque de faire déborder cette menace partout dans le monde."

Le chef de l'Etat russe, qui a effectué un retour spectaculaire sur la scène diplomatique en se replaçant au centre de l’échiquier syrien, a brièvement détaillé son plan pour sortir de la crise syrienne : créer une nouvelle alliance, avec Bachar Al-Assad et son armée, pour lutter contre l'Etat islamique : "Nous devons mettre en place une coalition internationale contre le terrorisme, similaire à celle contre Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale." 

Succédant à la tribune à Vladimir Poutine, le président iranien Hassan Rouhani - allié de la Russie dans le conflit syrien -  n'a que rapidement évoqué la situation : "Nous appuierons la consolidation d'un pouvoir stable grâce au vote populaire plutôt que par le recours aux armes."

L'Elysée l'a communiqué dimanche : l'armée française a mené ses premières frappes en Syrie, ciblant un camp d’entraînement de l'Etat islamique près de Deir Ezzor, dans l’est du pays. Un peu plus de vingt-quatre heures après cette annonce, François Hollande a pourtant principalement axé son discours sur le régime de Bachar al-Assad, "qui déverse des bombes sur des civils innocents" : "Ce n’est pas parce qu’un groupe terroriste détruit et viole qu’il peut y avoir une amnistie pour le régime qui a créé cette situation."

Estimant qu'on ne peut pas faire travailler ensemble "les victimes" et "le bourreau", le président français plaide en faveur "d'un gouvernement de transition doté de pleins pouvoirs incluant des membres du gouvernement actuel et de l’opposition, avec un consentement mutuel" : "Cette tragédie a été produite par l’alliance du terrorisme et de la dictature. Aucune solution ne peut être trouvée hors d’un processus politique."

François Hollande a achevé son intervention avec un message fort : "La France souhaite les membres du Conseil de sécurité ne puissent pas utiliser leur droit de veto en cas d’atrocités de masse." Référence au fait que la Chine et la Russie - deux des membres de cette instance avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France - se sont systématiquement opposées à toute résolution condamnant le régime de Bachar al-Assad. "La légitimité des Nations unies repose sur la crédibilité. Si nous voulons que notre organisation ait un avenir digne, elle n'échappera pas à une réforme de son fonctionnement. "

Photos : © Onu