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Nouvelle-Zélande : le marché de l'immobilier fermé aux étrangers

Pays : Nouvelle-Zélande

Tags : Nouvelle-Zélande, Immobilier, Jacinda Ardern

C'était une promesse de campagne de la Première ministre travailliste Jacinda Ardern. Le gouvernement néo-zélandais a voté mercredi soir une loi interdisant aux étrangers d'acheter des propriétés résidentielles sur l'archipel. Cette décision vise à lutter contre la flambée des prix de l'immobilier, qui fait rage dans le pays depuis plusieurs années. Les investissements étrangers provoquent une inflation du marché, ce qui réduit les espoirs d'accès à la propriété des Néo-zélandais. Le texte doit toujours obtenir l'"assentiment royal", dernière étape avant la mise en application, cette phase n’étant qu’une formalité.

Les premiers visés sont les investisseurs chinois, qui sont les acheteurs étrangers les plus prolifiques sur le marché de l’immobilier néo-zélandais. En dix ans, il y a eu une hausse de plus de 60% des prix dans le pays, tandis qu’à Auckland, la plus grande ville du pays, les prix ont presque doublé. En conséquence, le taux de propriétaires néo-zélandais est au plus bas depuis soixante ans. Et si le marché s’est stabilisé ces derniers mois, cela n’a pas empêché la cheffe du gouvernement de mettre en œuvre sa promesse de campagne.

D’après Anne Gibson, journaliste spécialiste de l’immobilier pour le New Zealand Herald, "de plus en plus de Néo-zélandais sont préoccupés par la difficulté d’accès à la propriété et craignent l’arrivée de plus en plus d’étrangers riches qui viennent trouver la paix dans le pays". La Nouvelle-Zélande est en effet vue comme un refuge par le monde entier : "On produit plus de nourriture que l’on en consomme, on a une source abondante d’eau potable et les frontières les plus sûres du monde".

 

"Un tsunami de critiques"

La nouvelle loi a déclenché un tsunami de déclarations émanant d'organismes professionnels du pays, comme les comptables et les avocats. Certaines personnes particulièrement riches ont aussi accusé le gouvernement de vouloir créer une "forteresse néo-zélandaise" et d’envoyer un message négatif au reste du monde. D’autant plus que la Nouvelle-Zélande est un pays ouvert, dont l’économie dépend du reste du monde et du tourisme.

Le ministre du Développement économique David Parker a estimé dans un communiqué que cette réforme visait à "assurer que le marché pour nos maisons soit fixé en Nouvelle-Zélande et pas par les marchés internationaux". Ce genre de position a tendance à "soulever beaucoup de préoccupations dans le monde du business", remarque Anne Gibson. Par exemple, "il y a beaucoup d’appréhension dans le secteur viticole, dans lequel la France a un rôle important en Nouvelle-Zélande".

Personne ne peut assurer que l’interdiction aura l’effet désiré

Anne Gibson - Journaliste au New Zealand Herald

Le secteur de l’immobilier "est très déçu que la loi soit passée" et leur argument est qu’elle n’était pas nécessaire, étant donné que les statistiques montrent que "l’intérêt étranger était en baisse ces derniers mois, notamment à Auckland et Queenstown".

Or, "personne ne peut assurer que l’interdiction aura l’effet désiré", selon Anne Gibson. "Et s’il y a bien une déflation des prix, il sera difficile de l’attribuer à cette loi", étant donné que l’on observait déjà une décélération des investissements étrangers ces derniers mois, avant même la promulgation du texte.

Depuis que le texte est étudié au Parlement, les parlementaires conservateurs s’y opposent en bloc et ont le soutien d’une grande partie des autorités territoriales. La porte-parole conservatrice au parlement a affirmé que si le parti revient au pouvoir, il retirera cette loi.

 

Des exceptions à la règle

La loi ne concerne pas tout le monde. La Nouvelle-Zélande a des accords bilatéraux de libre-échange avec l’Australie et Singapour et c’est en vertu de ceux-ci qu’ils sont exclus de cette législation. Anne Gibson estime que "ça n’aurait pas été une bonne chose de rompre ces accords", cruciaux pour l’économie de la Nouvelle-Zélande.

Autre exception, les ressortissants étrangers pourront toujours investir dans l’immobilier dans le cadre de certains nouveaux grands projets immobiliers : "La nouvelle loi stipule que si vous construisez vingt résidences ou plus, vous pouvez avoir une autorisation bien plus facilement", précise-elle.

Quant à l’opinion publique, il n’y a pas encore de sondages qui permettent de juger la popularité de la loi. Mais une chose est sûre, c’est que lors de sa campagne électorale, le parti travailliste avait bien fait comprendre que son intention était de faire voter cette interdiction.

Dernière màj le 17 août 2018