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Attentat meurtrier à Bangkok

Pays : Thaïlande

Tags : Bangkok

Après deux attentats à la bombe, la Thaïlande recherche activement les responsables. L'homme soupçonné d'avoir déposé la première bombe qui a tué 20 personnes en plein cœur de Bangkok lundi fait partie d'un "réseau", d'après la police thaïlandaise qui a diffusé son portrait-robot. De nombreux habitants restent chez eux, de peur qu’une nouvelle vague de violence éclate dans le pays. 

 

Verdächtiger Bangkok-Attentate
Portrait-robot de l'auteur présumé du premier attentat

 

Le 18 août, une bombe de 3kg de TNT a été lancé sur des passants près d’une station de métro à Bangkok, au lendemain d’un attentat à la bombe qui a tué 22 personnes, "la pire attaque jamais perpétrée en Thaïlande" selon le chef de la junte, Prayut Chan-O-Cha. Cette fois-ci, la bombe a raté sa cible, personne n’a été tué ni même blessé. Mais une fois encore, l’attaque a eu lieu à proximité de grands hôtels.

Aucune des deux attaques n’a encore été revendiquée mais la police est à la recherche d’un suspect identifié grâce aux caméras de surveillance. Les autorités soupçonnent  fortement les Chemises rouges du nord-est du pays, mouvement d’opposition à la junte militaire au pouvoir.

La police enquête en effet sur des messages Facebook qui auraient averti d’un danger imminent à Bangkok avant l’explosion de la bombe. Des messages qui proviendraient d’un groupe "anti-junte", basé dans le nord de la Thaïlande, fief des Chemises rouges, qui soutiennent  l’ancien gouvernement chassé du pouvoir par un coup d’Etat militaire en 2014.

Selon le chef de la police, les deux attentats seraient liées, préméditées par un groupe composé de Thaïs et d'étrangers.

Lundi et mardi, les attaques visaient des lieux très touristiques. Lundi, il s’agissait du sanctuaire d’Erawan, un temple à ciel ouvert, entouré d’hôtels cinq étoiles et de shopping malls. La bombe a explosé à une heure de grande affluence, tuant notamment onze étrangers, originaires de Malaisie, de Grande-Bretagne, de Chine, de Singapour, d’Indonésie, de Hong-Kong et des Philippines. Mardi matin, le cours du bath, la monnaie thaïlandaise, s’effondrait.

Désormais, le pays du sourire a la gueule de bois. De nombreux analystes craignent un nouveau cycle de violence. Jusqu’à présent, les attentats visaient plus à intimider qu’à tuer. Les militaires, pourraient bien en profiter pour renforcer encore un peu plus leur étreinte sur le pays, qu’ils tiennent déjà d’une main de fer.

 

Laure Siegel​, journaliste, nous livre son témoignage sur l'ambiance à Bangkok :

 

 

Sophie Boisseau du Rocher
Sophie Boisseau du Rocher

 

"C'est une attaque traumatisante pour la société thaïlandaise."

Nous avons interviewé Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse à l’IFRI (Institut français des Relations internationales) pour  tenter de comprendre ce qui vient de se passer en Thaïlande.

 

ARTE Info : Il y a eu un second attentat à Bangkok. Hier déjà les autorités pointaient du doigt les chemises rouges. Que faut-il en penser ?

Sophie Boisseau du Rocher : Je crois qu’il faut rester prudent. A ce stade, il n’y a pas eu de revendication. Par ailleurs, les indices dont dispose la police sont encore insuffisants pour orienter de façon décisive les recherches. Certes, l’opposition pourrait être concernée, mais d’autres acteurs pourraient également être responsables de ce genre d’action. Il y a notamment les mouvements islamistes, mais aussi d’autres factions au sein de l’armée qui pourrait avoir des comptes à régler avec le gouvernement du général Prayuth.

 

C’est la première fois qu’un attentat provoque un tel choc et un nombre de morts aussi important

18/08/2015

Faut-il craindre un renforcement de l’étreinte des militaires sur le pays ? 

Sophie Boisseau du Rocher : Certainement. Parce que l’absence de mesures de sécurité préventive est patente. Il en résulte une attaque traumatisante pour la société thaïlandaise. C’est la première fois qu’un attentat provoque un tel choc et un nombre de morts aussi important. Je crois qu’il faut réaliser que cet attentat profite aussi et d’abord à l’armée qui va avoir des arguments pour resserrer les vis.

 

On ne peut que constater une politique particulièrement autoritaire vis-à-vis de ses opposants. 

18/08/2015

Sur place, une journaliste nous disait que les gens restent chez eux parce qu’ils craignent un nouveau cycle de violence ?

Sophie Boisseau du Rocher : Je crois que c’est ça le plus inquiétant. Il y a eu des tensions politiques assez fortes ces dernières semaines notamment entre la junte et l’opposition du clan Shinawatra, dont certains députés ont été interdits d’activité politique. L’ancien Premier ministre a appelé ses soutiens à refuser le référendum pour une nouvelle constitution, qu’il ne juge pas assez démocratique. Il y a une exacerbation des tensions latentes. C’est d’ailleurs un grief que l’on peut adresser à la junte au pouvoir depuis quinze mois. Elle avait promis de régler les problèmes de fond et de relancer les canaux de communication. Et on ne peut que constater une politique particulièrement autoritaire vis-à-vis de ses opposants. 

 

C’est un palier de violence encore jamais atteint jusqu’ici ?

Sophie Boisseau du Rocher : Certainement. Au point d’ailleurs que l’ancien Premier ministre Thaksin n’hésite plus à donner des consignes explicites comme le fait de ne pas voter pour le référendum. En représailles, la police a décidé de priver Thaksin de son rang d’officier dans la police royale thaïlandaise,  ce qui est une mesure symbolique qui met en exergue les tensions actuelles.

 

On ne sait pas jusqu’où ira ce nouveau palier de violence. 

18/08/2015

Les touristes doivent-ils désormais être sur leurs gardes ?

Sophie Boisseau du Rocher : Le problème c’est que l’on ne sait pas jusqu’où ira ce nouveau palier de violence. Mais oui les touristes doivent être prudents, ne pas s’agglutiner dans les lieux très exposés. Le carrefour du Ratchaprasong, par exemple, est particulièrement emblématique de la capitale : c’est le lieu où se retrouvent à la fois les Thaïlandais autour du temple Erawan et les touristes qui viennent faire des emplettes dans les commerces voisins. Il faut éviter les lieux très exposés.

 

Dernière màj le 12 octobre 2017