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Non, le "Vieux Continent" n’est plus le symbole des droits de l’homme

Pays : Monde

Tags : Amnesty International, droits de l'homme, Attentats, Réfugiés

Années après années, les rapports d’Amnesty international se suivent et se ressemblent : les dictatures sont montrées du doigt et l’Europe a l’habitude d’afficher une image respectueuse des droits de l’homme. Mais 2015 n’est pas comme les autres : Amnesty international cible cette fois le Vieux continent dans son dernier rapport annuel. D’abord pour sa gestion "honteuse" de la crise des réfugiés. Ensuite pour sa gestion politique des attentats qui ont ensanglanté l’Europe. 

Dans cette carte, réalisée par Amnesty international, retrouvez quelques exemples de pays qui ont porté atteinte aux droits de l’homme (liste non exhaustive) :

Seule l'Allemagne a fait preuve d'une volonté politique à la mesure de l'importance du problème.

Extrait du rapport d'Amnesty international

L’Europe et la crise des réfugiés 

"L'UE, qui compte plus de 500 millions d'habitants et qui constitue l'ensemble politique le plus riche de la planète, s'est singulièrement montrée incapable d'apporter une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains", insiste Amnesty dans son rapport, qui ne prend pas de détour pour dénoncer la "réponse" de l’Union européenne. Cette dernière "multiplie en vain les rencontres au sommet" et a préféré tendre une oreille attentive aux discours anti-migrants. Résultat : les mesures appliquées n’ont visé qu’à "renforcer la forteresse Europe" et à stopper le flux intarissable de réfugiés. La Hongrie a définitivement fermé sa frontière avec la Serbie en septembre, la Macédoine pendant un court laps de temps en août avec la Grèce et la Serbie et d’autres pays des Balkans ont "accéléré le transit des réfugiés et des migrants à travers leur territoire."

>> A consulter aussi : notre dossier sur la crise des réfugiés

 

De nombreux gouvernements se sont fourvoyés dans leur réponse aux menaces sécuritaires pesant sur les nations. Ils ont étouffé la société civile.

Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International

La réponse française aux attentats de Paris…

L’année a commencé avec l’attaque de Charlie Hebdo et s’est terminée par les attentats de Paris. Cette vague de terrorisme "a donné une nouvelle impulsion en France en particulier, mais également ailleurs en Europe, à toute une série de mesures représentant une menace pour les droits humains".

L’Etat d’urgence a été décrété depuis novembre et les autorités françaises ont réalisé en quelques semaines "2 700 perquisitions sans autorisation judiciaire, qui ont débouché sur l'ouverture de seulement deux informations judiciaires en lien avec des actes terroristes" et une seule mise en examen. Amnesty international a publié, le 4 février, un rapport revenant sur les trois mois d’Etat d’urgence en France. En voici les conclusions : "l'application de ces mesures d'urgence est disproportionnée par rapport aux objectifs fixés. Les autorités ont utilisé des mesures d'urgence à des fins autres que celles qui motivaient initialement l'état d'urgence. Certaines mesures d'urgence ont été appliquées sur des bases discriminatoires, sur la base de la religion ou de la croyance, en particulier à l'encontre de musulmans."

>> A consulter aussi : nos dossiers "Charlie, un an après" & "Attentats de Paris : la France dans l'état d'urgence"

 

… est la même dans d’autres Etats européens

Des projets de lois antiterroristes ont fleuri dans de nombreux autres Etats européens. Tous tentent d’assouplir la loi pour augmenter la marge de manœuvre des forces de l'ordre dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pour Amnesty, cette "série de mesures représente une menace pour les droits humains". En Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Slovaquie, des projets de loi ont été déposés pour allonger la durée de la garde à vue des personnes soupçonnées d'infractions liées à des actes terroristes. Le soupçon suffit.

Selon le rapport d’Amnesty, les initiatives liberticides les plus marquantes des pays de l’UE se trouvent dans le secteur de la surveillance. En mai 2015, la France a adopté la loi sur le renseignement, permettant de collecter les métadonnées, d’accéder aux historiques de navigation, de consulter des mails ou d’avoir recours à des logiciels espions. Un tour d’horizon de cette loi et de ses implications est à consulter ici. La Suisse a adopté une nouvelle loi de surveillance qui accorde des pouvoirs similaires à son service de renseignement (SRC). Le gouvernement néerlandais a soumis un projet de loi qui permettrait de "légaliser la collecte en masse des données de télécommunication, (…) sans autorisation judiciaire préalable". Idem en Grande-Bretagne où le gouvernement a proposé un projet de loi sur le même modèle.  

Autant de mesures justifiées par des raisons "de sécurité nationale, d’ordre public et de valeurs nationales" selon le secrétaire général d'Amnesty, Salil Shetty, pour qui "plus de 70 années de travail acharné et de progrès humains sont en danger".