|

Birmanie : les Rohingyas persécutés

Pays : Birmanie

Tags : Myanmar, conflit ethnique, Guerre civile, religions

Face à la crise humanitaire au Myanmar, Aung San Suu Kyi dément toute persécution de la minorité musulmane des Rohingyas. Plusieurs ethnies minoritaires s’opposent depuis longtemps aux Birmans bouddhistes, mais selon l’Onu, les Rohingyas, présents sur le territoire birman depuis plusieurs siècles, sont devenus en quelques années l’une des minorités ethniques les plus persécutées au monde. Le 11 septembre, l'organisation internationale a dénoncé "un exemple classique de nettoyage ethnique". La prix Nobel de la paix 1991, ancienne égérie du combat démocratique contre la junte militaire, a qualifié les rebelles rohingyas de "terroristes" et les réactions de la communauté internationale d'"énorme iceberg de désinformation".

Une minorité d'apatrides


Le Myanmar compte 1,3 million de Rohingyas, qui ne font pas partie des 135 minorités officiellement reconnues par Rangoun. La junte militaire qui a gouverné le pays jusqu’en 2011 leur a en effet retiré leur statut de minorité nationale et donc leurs droits en 1982, créant par-là autant d’apatrides. La plupart des Birmans les considèrent aujourd'hui comme des immigrés qui n’ont rien à faire dans le pays.

 

Depuis juin 2012, les violences religieuses qui visent les Rohingyas ont pris de l’ampleur, alimentées notamment par la rhétorique islamophobe du moine Wirathu et de mouvements bouddhistes intégristes, souvent avec la bienveillance des autorités. Et dans le silence du nouveau régime démocratique, qui doit composer avec une armée hostile aux musulmans et encore très influente.


Une crise humanitaire qui s’intensifie


Un rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW) de 2013 parle "d’épuration ethnique" et de "crimes contre l’humanité" commis contre les musulmans du Myanmar. Ces dernières semaines, les Rohingyas sont de plus en plus nombreux à fuir l’ouest de la Birmanie (Arakan) pour gagner le Bangladesh voisin.


Problème : les États frontaliers ne leur reconnaissent pas le statut de réfugiés et les refoulent souvent en Birmanie. Sinon, les Rohingyas s’entassent dans des camps de réfugiés où les conditions de vie sont très difficiles. Selon l'Organisation des Nations unies, quelque vingt mille personnes seraient toujours coincées à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, dans l'attente d'être autorisées à la franchir.

 

Le 25 août dernier, les rebelles de l’Arakan Rohingyas Salvation Army (ARSA), qui disent vouloir défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya, ont attaqué une vingtaine de postes de police birmans dans le nord-ouest du pays, causant la mort d’au moins 89 personnes dont une dizaine de policiers, selon l'AFP. En une semaine, de nouveaux affrontements ont tué au moins quatre-cents personnes, poussant quelque 87 000 réfugiés vers le Bangladesh dans les dix jours suivants. Le 11 septembre, l'Onu a annoncé que 313 000 personnes ont fui au Bangladesh depuis le 25 août et dénonçant "un exemple classique de nettoyage ethnique".


Indignation internationale, propagande et "fake news"


La situation des Rohinghyas suscite une certaine émotion au niveau mondial. Le 4 septembre, la jeune lauréate du prix Nobel de la paix pakistanaise Malala Yousafzai a encore une fois critiqué le silence de son homologue birmane sur son compte Twitter.

 

 

Pour la première fois depuis fin août, Aung San Suu Kyi s'est exprimée sur la situation. Dans un entretien téléphonique du 6 septembre avec le président turc rapporté par l'AFP, elle a dénoncé la "compassion internationale" qu’elle a qualifiée d’"énorme iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre les différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes."


Les attaques armées de l’ARSA ont aussi alimenté le discours hostile aux Rohingyas. Le service de presse du gouvernement, qui a diffusé des images de membres des forces de l'ordre tués à l'arme blanche, a aussi multiplié les commentaires acerbes contre les médias internationaux, accusés de se montrer trop bienveillants à l’égard des Rohingyas. Le Myanmar explique désormais mener des "opérations de sécurité" dans le nord du pays.

 


Une bataille des images s’est donc engagée sur les réseaux sociaux. Certains défenseurs des Rohingyas, comme le vice-premier ministre turc Mehmet Simsek, ont ainsi diffusé des images de cadavres présentés comme étant ceux de musulmans birmans, alors qu’il s’agissait en fait de photos prises au Rwanda en 1994, comme le rapportait The Guardian. Le tweet a été partage 1 600 fois avant d’être effacé.

Dernière màj le 24 octobre 2017