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Muhammadu Buhari, la démocratie sur le tard

Pays : Nigéria

Tags : Nigeria, Buhari, Shehu Shagari

Lutter contre la corruption et pour la démocratie. Avec ces deux priorités absolues, Muhammadu Buhari, le nouveau président du Nigeria veut résolument se poser en "Monsieur Propre" de son pays. Comme pour incarner ces ambitions, ce Peul de 72 ans originaire du nord du Nigeria à majorité musulmane aime s’afficher dans un boubou d’un blanc immaculé.

Putsch et exécutions publiques

Pourtant, ses adversaires reprochent à cet ancien militaire de n’avoir pas toujours porté très haut les valeurs de la démocratie. En 1983, alors qu’il était général, il a par exemple précipité le départ du président Shehu Shagari par la force. A la suite de ce coup d’état, il prend la tête d’une junte qui dirige le pays d’une main de fer pendant plus de deux ans. Il entre alors en "guerre contre l’indiscipline" selon sa propre expression. Son régime a notamment été marqué par l'exécution publique sur une plage en plein centre de Lagos, la capitale économique, de trois jeunes condamnés pour trafic de drogue. Renversé en 1985, il disparait ensuite de la vie publique pendant une vingtaine d’années.

 

L’incorruptible Monsieur Buhari

C’est à la tête d'une agence gouvernementale qui finance des projets de développement grâce aux revenus du pétrole du premier producteur d'Afrique qu’il fait un retour remarqué. Le personnage est jugé d’une intégrité rare pour ce pays gangréné par la corruption. Une qualité qui n’a d’égale que sa rigidité, son intransigeance et son opiniâtreté pour les observateurs de la politique du pays.

 

Sans concession face à Boko Haram

En effet, par trois fois l'ancien dirigeant militaire échoue à se faire élire président d'un Nigeria revenu à la démocratie (2003, 2007 et 2011). S’estimant victime d'irrégularités, il a contesté en vain sa défaite devant les tribunaux. Dépeint comme un dangereux islamiste par le Parti démocratique populaire (PDP) du chef de l'Etat, Buhari n'a eu de cesse d'accabler un pouvoir dépassé par les violences du groupe islamiste Boko Haram. Lui-même affiche une volonté de fer face à la secte récemment inféodée à Daech. En juillet dernier, il a d’ailleurs échappé de peu à un attentat suicide contre sa voiture dans la ville de Kaduna, dans le nord, où 42 personnes furent tuées. Le prix à payer sans doute pour avoir traité les insurgés fondamentalistes de "sectaires sans cervelle qui se font passer pour des musulmans".

Dernière màj le 8 décembre 2016