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Mort de l'écrivain Imre Kertesz, premier Nobel de littérature en hongrois

Pays : Hongrie

Tags : holocauste, Littérature, prix nobel

Imre Kertesz, est l'auteur d'une oeuvre marquée par l'Holocauste et l'histoire récente de l'Europe.

Imre Kertesz, premier auteur de langue magyare à avoir reçu le prix Nobel de littérature, est mort jeudi à l’âge de 86 ans. L’écrivain, qui souffrait de la maladie de Parkinson, est décédé à l'aube à son domicile de Budapest, selon Krisztian Nyary, directeur des éditions Magveto. 

Imre Kertesz, juif, était l’un des derniers survivants du camp d’Auschwitz, où il avait été déporté en 1944, alors qu’il avait quinze ans. Toute sa famille avait péri au cours de l’Holocauste. Ce traumatisme a influencé toute son oeuvre et sa conception de la littérature. "Quand j’écris un nouveau roman, je pense toujours à Auschwitz", expliquait-t-il. Kertesz a également été marqué par les dictatures communistes en Europe. Il est publié en France par Actes Sud.

Être sans destin, son roman majeur

L’auteur de Être sans destin commence à travailler comme journaliste en 1948 en Hongrie. Il est licencié trois ans plus tard lorsque le quotidien en question, Világosság, devient l’organe officiel du parti communiste. Kertesz décide alors de se tourner vers l’écriture et la traduction. Il est le traducteur en hongrois de grands noms de la littérature allemande, comme Nietzsche, Freud, Roth, Wittgenstein et Canetti. "L’allemand reste pour moi la langue des penseurs, pas des bourreaux", racontait l’écrivain.

Il publie son premier roman, Être sans destin, en 1975. Cette oeuvre majeure, inspirée de l’expérience concentrationnaire, est accueillie dans un silence de marbre en Hongrie. Viendront ensuite, entre autres, Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas (paru en français en 1995), Journal de galère (paru en français en 2010) et plusieurs recueils de ses lectures et essais, comme L’holocauste comme culture et La langue expatriée. Imre Kertesz avait vu sa vie marquée au fer rouge par la destruction des siens, mais il ne voulait pas pour autant rester prisonnier de l’Histoire et de la douleur. "Je n’ai jamais succombé à la tentation de l’apitoiement", affirme-t-il lorsqu’il reçoit le prix Nobel de littérature en 2002. "J’ai su depuis le début que ma honte n’était pas qu'une humiliation. Elle a aussi laissé place à la rédemption, si seulement mon coeur était pouvait être assez courageux pour accepter cette rédemption. Et si vous me demandez maintenant ce qui me garde encore ici sur terre, je vous répondrai alors, sans aucune hésitation : l’amour."

 

Pour aller plus loin : retrouvez un portrait d'Imre Kertesz paru en 2005 dans L'Obs et une interview de l'écrivain, publiée en 2005 également dans Le Monde.