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Moldavie – La « révolution des tentes »

Pays : Moldavie

Tags : Corruption, union européenne, mouvement social

Pour protester contre la corruption qui gangrène le pays, des milliers de Moldaves sont descendus dans la rue. Certains ont même improvisé un campement.

Vox Pop vous en parlait au mois de mai, la Moldavie enchaîne les scandales de corruption.  Sur la place qui fait face au siège du gouvernement moldave, des dizaines de tentes multicolores s’alignent. La veille, le dimanche 6 septembre, au moins 30 000 personnes (100 000 selon les organisateurs), ont manifesté dans les rues de la capitale Chisinau. Organisé par la plateforme civile « Dignité et Justice » (DA) -  un mouvement d’opposition créé par des journalistes, politologues et militants issus de la société civile – le rassemblement a notamment abouti, comme le rapporte l’AFP, à l’adoption d’une résolution réclamant le départ du président Nicolae Timofti, dont le mandat s’achève en 2016. Ancienne république soviétique de 3,5 millions d’habitants, la Moldavie avait paraphé en 2014 un accord d’association avec l’UE, que la coalition centriste au pouvoir, rebaptisée Alliance européenne, tente de promouvoir.

Si, pour certains, la mobilisation se poursuit désormais jour et nuit, symbolisée par ce campement de fortune, c’est que la population de ce petit pays coincé entre l’Ukraine et la Roumanie est las de la corruption. « Les autorités pillent le pays, il n’y a pas de travail, s’insurge un manifestant. Cela sert à quoi de faire des études d’économie, il n’en restera bientôt aucune ». « On nous a promis une belle vie en Europe […] mais le peuple vit dans la misère tandis que les autorités profitent », se plaint un autre.

Le milliard volatilisé

A l’origine des protestations, notamment, la « disparition » mystérieuse d’un milliard de dollars des caisses de l’État, soit 15 % du Produit intérieur brut (PIB). Début avril, la Banque nationale de Moldavie avait découvert que les trois principaux établissements bancaires du pays, représentant environ un tiers des actifs bancaires locaux, avaient accordé des crédits à des destinataires qui n’ont jamais été identifiés. L’argent volatilisé avait alors provoqué d’importantes manifestations à Chisinau et cristallisé la colère contre Nicolas Timofti, au pouvoir depuis 2012, accusé de ne pas lutter efficacement contre la corruption et de servir les intérêts des oligarques.

Les manifestants protestent également contre le refus, en juillet, de deux des trois partis (Parti libéral de Moldavie et Parti démocrate de Moldavie) qui composent aujourd’hui l’Alliance européenne au pouvoir de nommer comme Premier ministre Maia Sandu, championne moldave de la lutte contre la corruption et candidate du Parti démocrate-libéral de Moldavie. Une décision qui a fait office de « cerise sur le gâteau », analyse le Jurnal de Chisinau, repris par Courrier International. D’autant que le précédent Premier ministre démissionnaire, Chiril Gaburici, avait renoncé à son poste à la suite de sa mise en cause dans une enquête de corruption.

Parmi les exigences des manifestants, l’organisation d’un scrutin au suffrage universel pour élire un nouveau chef de l’État, actuellement élu par le Parlement, ainsi que la démission des dirigeants de la banque centrale et du parquet général.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016