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Mobilisation de l’ONU contre Ebola

Pays : Guinée, Sierra Leone

Tags : Ebola, ONU

Pour la troisième fois de son histoire, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution - la 2177 - pour faire face à une crise sanitaire. Le 18 septembre, 131 pays ont adopté un texte reconnaissant "l’ampleur extraordinaire de l’épidémie d’Ebola en Afrique". Elle "constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales". Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a annoncé la création d’une mission spéciale. Baptisée UNMEER pour United Nations Mission for Ebola Emergency Response, c’est-à-dire la mission des Nations unies pour la réponse d’urgence à Ebola, elle sera en charge de la coordination des moyens de lutte.

 

Mais l’un des premiers temps forts de la réunion du Conseil de sécurité a été l’audition d’un infirmier libérien de Médecins sans frontières, MSF. Jackson Naimah a perdu deux membres de sa famille mais aussi de nombreux amis et collègues emportés par le virus. "S’il vous plaît, envoyez-nous des hélicoptères, des centres de de soins, des lits d’hôpitaux et du personnel qualifié. Nous avons besoin de votre aide et nous en avons besoin maintenant", a-t-il lancé devant les diplomates. 

 

L’ONU veut lever un milliard de dollars

Selon les derniers bilans fournis par l’Organisation mondiale de la Santé, OMS, 2.630 personnes ont été tuées par la fièvre hémorragique qui a déjà fait 5.357 malades en Afrique de l’Ouest. Les pays les plus touchés sont le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. La nouvelle mission onusienne doit installer des antennes dans ces trois pays même si son centre de commandement sera basé autre part en Afrique. Pour juguler l’épidémie, les Nations unies vont créer un fonds pour recueillir les contributions des pays donateurs car selon leurs experts, il faudrait près d’un milliard de dollars sur six mois.

 

Le coût d’Ebola

Dans les pays concernés, "les systèmes de santé sont détruits" par l’épidémie selon Ban Ki-Moon. Les transports, les services essentiels, le prix des denrées, toute l’économie des zones touchées est impactée. Selon un rapport dévoilé le 17 septembre par la Banque Mondiale, le coût des conséquences pourrait s’élever à 809 millions de dollars pour la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone d’ici 2015. 

 

Trois jours de confinement

En Sierra Leone justement, le gouvernement a décidé d’employer les grands moyens en imposant un confinement de trois jours à l’ensemble de sa population soit 6 millions d’habitants. Le président Ernest Koroma a justifié cette décision en déclarant le 18 septembre à la télévision et à la radio : "les périodes exceptionnelles exigent des mesures exceptionnelles". 30.000 personnes réparties en équipe de 4 ont commencé à rendre visite dans la nuit du 18 au 19 septembre à près d’1,5 millions d’habitants. Elles distribuent du savon et de la documentation sur Ebola et mettent en place des comités de veille sanitaire dans les quartiers. La population n’est autorisée à quitter son domicile que pour les besoins essentiels comme l’approvisionnement en eau ou encore pour aller prier. L’efficacité de cette initiative laisse toutefois les spécialistes de santé publique assez sceptiques.

 

Huit morts lors d’une mission de sensibilisation 

Elle démontre un peu plus la difficulté à lutter efficacement contre la propagation de l’épidémie en l’absence de tout traitement reconnu. La prévention joue donc un rôle clé mais la population confrontée à ce fléau qui affiche un fort taux de mortalité vit dans la peur et se réfugie parfois dans le déni. Cela peut même tourner à la violence comme en Guinée où 8 personnes ont été tuées le 16 septembre par les habitants du village de Womé dans le sud du pays. Elles participaient à une mission de sensibilisation mais ont été accueillies à coups de bâton et de pierres. Parmi les victimes, on trouve un sous-préfet, des responsables sanitaires locaux mais aussi des journalistes. Selon un gendarme survivant de la délégation, les manifestants soupçonnaient cette mission d’être "venue les tuer parce que, pour eux, Ebola n’est qu’une invention des Blancs pour tuer les Noirs". Là encore les croyances, mais aussi la difficulté d’accès à certaines populations compliquent la prévention. La mobilisation de tous est donc indispensable.

Dernière màj le 3 avril 2017