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Migration : la France durcit (encore) le ton

Pays : France

Tags : accueil des migrants, Frontières, Demandeurs d'asile

En cette journée internationale des migrants, les associations dressent un constat alarmant . Alors que l'hiver pousse à présent les réfugiés à braver le froid pour rejoindre l’Europe, la France multiplie les mesures de dissuasion à leur égard. Depuis un an, de nouvelles routes migratoires s’ouvrent entre la France et l’Italie : environ mille neuf cents migrants sont entrés sur le territoire par le col de l'Echelle près de Turin. Les habitants se mobilisent pour leur venir en aide. Ils doivent pour cela parvenir à les localiser plus rapidement que la gendarmerie, qui arpente la montagne pendant la nuit pour faire appliquer la loi. Car l'aide au transit et au séjour de personnes en situation irrégulière est interdite en France et depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, les contrôles sont renforcés.

Anne et Pierre sont membres de l'association Tous migrants. Quand la météo est mauvaise, ses membres se relaient sur le col de l'Echelle pour distribuer de la nourriture et les guider dans la montagne. Leur plus grande crainte : devoir un jour ramener un corps sans vie enfoui dans la neige. Qu’ils soient mineurs ou adultes, demandeurs d’asile ou non, les forces de l’ordre ont pour consigne de reconduire tous les migrants à la frontière.

La vallée des migrants
La vallée des migrants Depuis un an, de nombreux migrants entrent en France depuis l'Italie par le col de l'Echelle. La vallée des migrants

 

 

La France resserre la vis

C’est le grand absent des thèmes balayés par Emmanuel Macron sur France 2 le 17 décembre : l’accueil des réfugiés. Lundi matin, plusieurs associations ont manifesté place de la République à Paris, à l'occasion de la journée internationale des migrants. Elles dénoncent le virage sécuritaire que prend le gouvernement en matière de politique migratoire. Car depuis son arrivée à la tête du ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb resserre la vis.

Ces deux derniers mois, il a signé deux circulaires sur l’accueil des réfugiés. La première exige des préfets qu’ils multiplient les renvois de personnes déboutées ou "dublinées", c’est-à-dire les migrants arrivés en Europe par l'intermédiaire d’un autre pays que la France. La deuxième autorise des équipes mobiles d’agents des préfectures à venir contrôler les réfugiés directement dans les centres d’hébergement d’urgence. C’est la première fois que le gouvernement va aussi loin. Dénonçant une "atteinte aux droits fondamentaux des personnes étrangères", plusieurs associations ont saisi le Défenseur des droits.

 

Un projet de loi polémique

Ces textes offrent un avant-goût de ce que le ministère de l’Intérieur prévoit pour 2018. En mars, il devrait valider un projet de loi asile et immigration, sans avoir concerté au préalable les associations. Il prévoit notamment de réduire les délais de recours et ceux de l’examen des demandes d’asiles de quatorze à six mois, de doubler la durée maximale de rétention étendue à 90 jours ou encore d’intégrer dans la loi la notion de "pays tiers sûr". Avec cette notion, la France pourra alors renvoyer un réfugié syrien vers la Tunisie qu’il aura traversée, sans étudier sa demande. Pour les associations comme Réfugiés bienvenue, ce projet de loi est un non-sens.

 
Objectif : dissuader les migrants de rester

Pour accélérer les expulsions, déjà en hausse de 8 % en 2017, Beauvau a donné des consignes claires aux préfets et forces de l’ordre impliqués sur le terrain. A Paris la semaine dernière, huit cents tentes de migrants vivant dans la rue ont été lacérées par les forces de l’ordre pour dissuader toute reconstitution des abris. A Calais en juin, le Tribunal administratif de Lille a dû intervenir pour ordonner la mise à disposition de points d’eau et de WC, ce que la municipalité refusait d'accorder.

 

Demander l'asile : mission impossible ?

 

Dans la vallée de la Roya, les migrants sont fréquemment reconduits à la frontière avant même de pouvoir déposer leur demande d’asile à la préfecture. Et les consignes venant du ministère ne cessent de se durcir. A Briançon, les policiers ne distinguent maintenant plus les mineurs des autres migrants : “Il y a quelques mois, on les gardait mais maintenant on les renvoie à la Police de l’air et des frontières. On ne peut plus les garder.

 

 
Le double langage d’Emmanuel Macron

Devant le Conseil de l’Europe le 23 juin, Emmanuel Macron rappelait les grands principes de l’UE : “Nous devons accueillir des réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur", proclamait-il, avant de détailler ce qu’il entend par réfugiés : “Ce ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques.” En septembre, alors que les expulsions ont augmenté de 6,5%, le Président affirme que la France “reconduit trop peu” et détaille son plan. Pour 2018, il annonce la création de douze mille places d’hébergement supplémentaires et augmente le budget de la mission Immigration, asile et intégration de 25%. Objectifs : trier les arrivées, accélérer les retours et dissuader ceux qui continuent d’espérer.   

 

Dernière màj le 19 décembre 2017