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Migrants : la délicate mission d'Angela Merkel à Ankara

Pays : Turquie

Tags : Angela Merkel, Recep Tayyip Erdogan, Réfugiés

En visite en Turquie le 8 février, la chancelière allemande Angela Merkel a rencontré le président Erdogan et le premier ministre Ahmet Davutoglu. Son objectif : encourager le pays voisin à renforcer les contrôles à ses frontières et stopper le flux de migrants qui continuent de rallier la Grèce depuis ses côtes. Berlin et Ankara envisagent pour cela de faire appel à l'Otan. La Turquie, qui a déjà accueilli 2,7 millions de réfugiés depuis le début du conflit, “a atteint les limites de ses capacités”.  Alors qu'un naufrage a causé la mort d'au moins vingt-sept personnes au large des côtes turques, des dizaines de milliers de Syriens fuyant les conflits continuent de se presser à ses frontières dans des conditions sanitaires catastrophiques.

C’est une mission périlleuse qu’a entreprise la chancelière allemande : en effectuant une visite éclair en Turquie lundi, elle espérait relancer le plan d’action adopté conjointement par Bruxelles et Ankara le 15 octobre dernier pour ralentir le flux constant de réfugiés fuyant la Syrie.

 

Un plan d’action, soumis à des contreparties

Depuis le début du conflit syrien, la Turquie est le principal pays où transite l’essentiel des réfugiés venus du Moyen-Orient. Pour lutter contre l’immigration illégale et la prolifération de passeurs en mer Méditerranée, les pays de l’Union européenne ont adopté un plan d’action avec Ankara. Celui-ci prévoit une aide de trois milliards d’euros, en échange d’un durcissement du contrôle aux frontières. Le document officiel est à lire en anglais sur le site Europa.eu.

 

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La Turquie ne supportera pas seule tout "le fardeau" de l'accueil des réfugiés syriens."

Ahmet Davutoglu - 08/02/2016

Une aide jugée insuffisante par la Turquie

Ankara fait de la réouverture du processus d’adhésion à l’UE la condition sine qua non à toute coopération. En position de force depuis la crise des réfugiés, le gouvernement a prévenu que la somme accordée ne serait pas suffisante pour enrayer la crise. La Turquie ne supportera pas seule tout le fardeau de l'accueil des réfugiés syriens, a ainsi annoncé le premier ministre Ahmet Davutoglu lors de sa rencontre avec Angela Merkel. Le pays, qui a déjà accueilli 2,7 millions de réfugiés en majorité syriens depuis le début du conflit, aurait déboursé plus de 7 milliards d’euros, selon le gouvernement turc, pour les prendre en charge. 

 

Angela Merkel, critiquée en Allemagne

Plus d'un million de demandes d'asile ont été déposées en Allemagne en 2015. Pressée de trouver une solution, la chancelière allemande a entrepris une visite accueillie avec scepticisme par l’opposition : “Les voyages répétés en Turquie ne peuvent pas compenser la mise en place d’une propre politique vis-à-vis des réfugiés en Allemagne. Or, cette politique est toujours absente", s’est alarmé Alexander-Graf Lambsdorff, député européen allemand.

 

De son côté, la communauté turque d’Allemagne a rappelé à la chancelière la nécessité d’aborder la douloureuse question des droits de l’Homme à Ankara : "Angela Merkel et l'UE ne doivent pas oublier les atteintes commises par la Turquie contre la minorité kurde et la liberté de la presse”, a mis en garde son président Gökay Sofuoglu.

 

L’urgence humanitaire en Syrie

Démarré il y a cinq ans, le conflit syrien s'enlise. Début février, les pourparlers de paix réunissant le régime de Damas et les rebelles syriens à Genève n’ont pas abouti. Ils ont été suspendus le 3 février, bloqués par la multiplication des frappes menées par le régime de Bachar al-Assad. Les discutions ne devraient reprendre que le 25 février. En attendant, l’offensive de Bachar al-Assad se poursuit. Soutenues par les raids de l’armée russe, ses troupes combattent l’Etat islamique mais aussi les forces rebelles opposées au régime.

Les affrontements obligent la population syrienne à fuir vers le nord du pays. Depuis des semaines, des dizaines de milliers de Syriens se massent aux abords de la frontière turque, pour tenter de migrer vers l’Europe. La situation humanitaire devient préoccupante selon Médecins sans frontières. Entre trente et soixante-dix mille personnes ont fui Alep en direction de la province d’Alaz. Parmi elles, beaucoup de femmes et d’enfants, accueillis dans des camps de réfugiés construits à la hâte et dans lesquels l’eau, les hébergements et les équipements sanitaires sont insuffisants. 

A voir sur ARTE Reportage :

Certains habitants ont décidé de rester à Alep et de se battre

De leurs côtés, les troupes du régime de Damas progressent au nord d’Alep, après avoir réussi pour la première fois à encercler la ville, dans le but de parvenir à la frontière turque et d'empêcher les rebelles de gagner le pays voisin.

Nouveau naufrage près de la Turquie

Les migrants attendent à présent l’autorisation du gouvernement turc d’ouvrir le poste-frontière d’Oncupinar, seul point de passage possible au nord de la Syrie. Ankara s’est dit prête à le faire, même si la pression exercée par l'UE pour leur venir en aide, irrite le gouvernement : "vous demandez à la Turquie de contenir le flux de réfugiés vers vos pays puis de leur ouvrir grand notre frontière", s'est plaint le vice-premier ministre Yalçin Akdogan lundi à l'AFP.  Selon le haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), près de soixante-huit mille migrants ont rejoint la Grèce depuis début 2016 en passant par la Turquie. Lundi, un nouveau naufrage a causé la mort d'au moins vingt-sept migrants au large des côtes turques. Pour renforcer la surveillance en mer, Ankara et Berlin envisagent de demander l'aide de l'Otan. 

 
Dernière màj le 9 février 2017