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Mexique : élections législatives sous haute tension

Pays : Mexique

Tags : élections législatives, violence, drogue

Au Mexique, violences et manifestations sont à l'ordre du jour des élections législatives. Les partis politiques en lice semblent loin de pouvoir résoudre le problème.

Ce dimanche, plus de 85 millions d’électeurs mexicains sont convoqués aux urnes. Mais à moins de trois jours des élections législatives, le Mexique est en train de vivre la campagne électorale la plus violente de son histoire. Six candidats à des fonctions politiques ont été assassinés, une douzaine de personnes enlevées et plus de soixante-dix bureaux de votes attaqués, voire brûlés, ces dernières semaines.

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"Ya me canse" - "Je n’en peux plus" en espagnol. C’est devenu le cri de ralliement de la société mexicaine face à l’ultra-violence qui déchire le pays depuis presque huit ans maintenant. Voir le reportage d'ARTE Reportage.

La stratégie de l’actuel président Enrique Peña Nieto (Parti révolutionnaire institutionnel - PRI), au pouvoir depuis 2012, a échoué. Il voulait détourner le regard de la société face à la violence liée au trafic de drogue. Après la disparition des quarante-trois étudiants à Iguala dans l’Etat de Guerrero, de violentes manifestations ont éclaté il y a quelques semaines et se sont élargies à tout le pays.

Des appels à boycotter les élections

Les manifestants dénoncent l'inaction du gouvernement ainsi que l’insécurité dans le pays et entendent boycotter les élections de dimanche, où cinq cents députés, neuf gouverneurs et des centaines d’élus locaux doivent être désignés.

S'y ajoutent les mouvements sociaux du syndicat des enseignants. Eux aussi réclament des explications concernant les enlèvements à Iguala et s’opposent, en outre, à la nouvelle réforme d’éducation qui désavantage fortement les régions les plus pauvres du pays. Des bureaux de vote ont été brulés dans les Etats de Guerrero et d’Oaxaca, mais l’Institut national électoral refuse d’annuler les élections.

Les programmes des partis, entre prévention et dissuasion

Pour prévenir la violence, le parti gouvernemental PRI mise sur l’investissement dans l'éducation. Alors que le PRI est connu pour ses liens troubles avec les géants de l’économie et de la criminalité organisée, il promet une nouvelle réforme de la police. Les sondages les donnent à 30% des intentions de vote.

Le parti de l’opposition conservatrice, le Parti d’action nationale (Pan), continue de prôner le renforcement des interventions policières pour combattre les narcotrafiquants, dans la lignée de la politique de tolérance zéro à l’égard des cartels qu'avait menée l’ancien président Felipe Calderón, de 2006 à 2012. En parallèle, le Pan souhaite améliorer le système judiciaire. Les sondages attribuent à ses candidats 25% des voix.

Les libéraux de gauche, du Parti de la révolution démocratique (PRD), souhaitent collaborer de façon plus étroite avec les structures locales, afin de renforcer la sécurité. Cette formation suggère également de moins criminaliser le commerce de drogue afin de faire chuter les prix. Les sondages ne leur prédisent que 15% des intentions de vote car, depuis l’an dernier, ce parti de gauche historique se voit concurrencer par le nouveau Mouvement de régénération nationale (Morena), fondé par Manuel Lopez Obrador, qui poursuit les mêmes objectifs que le PRD. Selon les prévisions, le Morena obtiendrait 10% des voix.

Le Mexique après les élections

Peu importe les résultats des élections : la gestion de la violence continuera d'être l’un des enjeux majeurs du pays. Si le parti du président Enrique Peña Nieto ne parvenait pas à former une coalition à la Chambre des députés, les relations entre le parlement et l'exécutif se trouveraient dans une impasse. La réalisation des réformes serait alors rendue encore plus difficile.

Les électeurs mexicains sont pour la plupart déçus de la classe politique actuelle, discréditée par les scandales de corruption. Dans le désespoir, certains se tournent de plus en plus vers des candidats indépendants, qui pourront participer aux élections pour la première fois. D’autres se joignent à des manifestations violentes contre la criminalité, dans l’espoir de faire changer les choses.

 

Dernière màj le 29 juin 2018