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#Metoo : après la tempête des réseaux, le retour au calme ?

Pays : Monde

Tags : Facebook, Twitter, Sexismus, Debatte

Une campagne internet bien menée touche des millions de personnes, provoque des débats publics
et suscite une avalanche d’articles de presse. Durant l’été 2014, le « Ice Bucket Challenge » a ainsi
médiatisé la lutte contre la maladie neurodégénérative SLA. En 2015, le slogan « Je suis Charlie » est
apparu en soutien aux victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo. Actuellement, c'est le
hashtag #meetoo qui enflamme les réseaux sociaux pour dénoncer le harcèlement dont de nombreuses
femmes sont victimes au quotidien. ARTE Info résume les enjeux de ce nouveau phénomène internet
et pose la question de l’utilité de ces manifestations éphémères sur les réseaux sociaux.

1. Comment est né #metoo ?

Le 16 octobre, l’actrice américaine Alyssa Milano publie sur son compte Twitter le message « me too – moi aussi » et invite toutes les femmes victimes de harcèlement sexuel à utiliser ce même hashtag pour « sensibiliser le grand public à l’ampleur du problème ».
Point de départ de la campagne Twitter : le scandale autour du producteur hollywoodien Harvey Weinstein, accusé par Alyssa Milano et d’autres comédiennes d’avoir profité de son statut de producteur pour harceler et violer plusieurs femmes. Via le hashtag #metoo, de nombreuses actrices soulignent l’importance de Weinstein pour leur carrière, expliquant ainsi leur situation de dépendance et leur vulnérabilité face à leur agresseur. Depuis, le phénomène #metoo fait boule de neige.
Sur Facebook, le hashtag #metoo a également été repris par plusieurs millions de femmes. Dans de nombreux pays, d’autres mots-dièse similaires sont apparus. En France, #balancetonporc est utilisé pour dénoncer publiquement des agresseurs sexuels présumés. En Allemagne, #keineKleinigkeit (pas une broutille) sert à sensibiliser l’opinion sur le sexisme en général.

2. Quelle est l’influence du hashtag ?

Source : TalkwalkerDE, 17 octobre 2017

Dans les jours suivants, des femmes du monde entier ont eu recours à des hashtags pour dénoncer les violences sexuelles dont elles sont victimes. Mais les réactions à ces publications diffèrent selon les pays, et aussi selon la manière dont le harcèlement est traité ou refoulé dans telle ou telle culture.
Si en Europe et aux Etats-Unis, les femmes qui subissent du harcèlement sexuel sont considérées comme des victimes, aux Emirats arabes unis, une victime de violences sexuelles est passible de poursuites judiciaires. C’est ce qu’a vécu l’Australienne Alicia Gali, violée durant ses vacances aux Emirats arabes unis et arrêtée au moment de son dépôt de plainte. En Inde, le hashtag #metoo est très largement repris, mais, dans ce pays, les considérations liées à l’honneur de la famille entravent souvent un traitement objectif des cas d’agression sexuelle.

Un hashtag permet-il de lutter efficacement contre le harcèlement et de provoquer un changement dans les mentalités ? Stefan Münker, professeur en sciences des médias à Berlin, en doute.
En 2013, l’Allemagne connaît un premier débat sur le sexisme, médiatisé par le hashtag #aufschrei (levée de boucliers) de la féministe Anne Wizorek, et déclenché par un éditorial de la journaliste Laura Himmelreich dénonçant le harcèlement sexuel en politique et dans la presse. La même année, le hashtag #aufschrei obtient le Grimme Online Award, qui récompense la meilleure publication sur Internet. Pour motiver sa décision, le jury fait valoir que #aufschrei est « le premier hashtag de langue allemande à dépasser les limites des réseaux sociaux pour susciter un débat dans la presse et dans le monde politique ».

Mais quatre ans plus tard, peu de choses ont changé. Selon Stefan Münker, les débats suscités par le hashtag n’ont pas endigué le sexisme. Pour lui, les discussions sur les réseaux sociaux ne sont que le reflet de l’état d’esprit

 Un hashtag ne convainc personne, sinon celles et ceux qui étaient déjà convaincus par l’idée qu’il véhicule.

Stefan Münker - Professeur en sciences des médias (Berlin)

collectif à un moment donné. « Un hashtag ne convainc personne, sinon celles et ceux qui étaient déjà convaincus par l’idée qu’il véhicule ». Pour Münker, le hashtag relaie la sensibilité d’une frange de la société qui est ponctuellement parvenue à se faire entendre. Par ailleurs, la prise de conscience collective d’un problème donné ne signifie pas forcément que des solutions ou des réactions seront été proposées.

Selon Stefan Münker, les campagnes dans les réseaux sociaux constituent certes un premier pas, mais une transposition au niveau politique reste nécessaire. Face à une actualité marquée par le problème des migrants et les turbulences que traverse l’Union européenne, le hashtag #metoo suscitera-t-il une attention durable ? Münker souligne tout de même que les initiateurs de ce hashtag sont parvenus à faire entendre leur voix dans le monde entier. Pour lui, la campagne anti-sexiste sur Internet sera peut-être un « un premier pas significatif vers une évolution des mentalités », en Allemagne et dans le reste du monde. En attendant la campagne suivante.

 

Dernière màj le 24 octobre 2017