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Manifs : que fait la police ?

Pays : France

Tags : violence, Loi travail

Des syndicats de police ont appelé, ce mercredi, à des rassemblements devant les commissariats de plusieurs villes de France et sur la place de la République à Paris. Dans le viseur des forces de l’ordre : "la haine anti-flics" qui s’est installée suite aux manifestations contre la loi travail. Il y a quelques mois, les policiers étaient perçus comme des "héros", remerciés et applaudis par la population. Comment expliquer un tel renversement ? 

Voir aussi : le reportage d'ARTE Journal sur la manifestation des policiers (18/05/2016)

Que signifie l’appel à manifester contre "la haine anti-flics" ?

Pour François Marchand, co-président de l’association Non-violence XXI, les policiers se sentent "eux-mêmes remis en cause […] par une accusation qui est faite". Quelques mois après des scènes d’embrassades, d’applaudissements, de glorification des policiers, "les conditions ont changé […] Tout le monde pensait que les policiers nous protégeaient face au terrorisme. Aujourd’hui, on a de nouvelles manifestations avec des revendications différentes […] et là, les policiers ont une tout autre attitude." Pourtant, selon une étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) publiée en janvier 2016 par le JDD, 75% des Français disent avoir confiance en la police. Une hausse de six points par rapport à décembre 2014.

Assiste-t-on à une escalade de la violence lors des manifestations ?

Selon le sociologue Fabien Jobard, interrogé par le JDD, la stratégie employée par les policiers au cours de ces derniers mois de manifestations n’est aujourd’hui plus utilisée dans la plupart des démocraties. Lors des altercations, les policiers doivent ainsi "informer et rassurer les manifestants des opérations en cours". Ce n’est pas le cas aujourd’hui, ce qui crée une incompréhension de la part des manifestants et une désolidarisation. François Marchand explique que la stratégie des forces de l’ordre reste incomprise par les manifestants. Il s’interroge ainsi sur la répression systématique des manifestations mais également sur le fait que les actions policières sont "très violentes" et ne tiennent "pas compte des personnes qu’il y a en face [des familles, des enfants…]". Les nombreuses vidéos montrant les violences policières alimentent la peur et la haine envers les forces de l’ordre.

Depuis deux mois, près de 300 policiers ont été blessés selon les chiffres du Ministère de la défense. Pour ces "casseurs" violents envers les forces de l’ordre, difficile de définir un "portrait-robot" même si quelques caractéristiques émanent. Certains viennent pour se défouler. D’autres attaquent les symboles de pouvoirs (voitures de luxe, banques, permanences parlementaires…). Il y également ceux qui ont une vraie stratégie issue du mouvement "Black Blocs" explique François Marchand. Ces groupes d’individus se "fondent dans la foule qui, elle, n’est pas violente à priori" et veulent provoquer la police. Aujourd’hui, le gouvernement, les syndicats de la police mais également des manifestants et des associations dénoncent chacun, la violence de l’autre.

 
Est-on dans un dialogue de sourds ?

"Il n’y a pas de dialogue pour l’instant. Le dialogue c’est justement l’une des stratégie de non-violence." Un pas vers la fin du conflit, serait de l’instaurer. "Il faudrait arriver à ce que des manifestants, les leaders reconnus, rencontrent des officiers de polices. Mais dans le cadre des manifestations c’est difficile." Dès l’annonce du recours au 49-3, des personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale. Manifestants et forces de l’ordre se sont fait face à presque un mètre de distance. Un "moment fort" pour François Marchand qui explique qu’il "y a eu là une occasion ratée" de renouer le dialogue.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016