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Macron au Parlement européen pour défendre ses réformes

Pays : Union européenne

Tags : Emmanuel Macron, Parlement européen, réforme, migrants

Le président français Emmanuel Macron est intervenu mardi pour la première fois devant le Parlement européen, à Strasbourg. C’est le quatrième discours que le chef de l’État consacrait à l’Europe depuis son arrivée au pouvoir, il y a près d’un an. Le dirigeant, qui défend "un projet nouveau", a détaillé ses ambitions de réforme de l’Union, avant d’en débattre avec les eurodéputés. Sans annoncer de grandes nouveautés, Emmanuel Macron a défendu ses propositions face à un Parlement attentif, mais critique. Cette intervention survient dans un contexte politique international difficile, avec le Brexit et la montée du populisme en Europe, l'enlisement de la guerre en Syrie et les velléités protectionnistes des États-Unis. Le résumé d'ARTE Info.

Les principales annonces et réformes d'Emmanuel Macron
  • Une critique des régimes populistes en Europe de l'Est et en Italie

"Je ne céderai à aucune fascination pour des régimes autoritaires." Emmanuel Macron a rappelé ses inquiétudes face à la fermeté et à la montée en puissance de dirigeants populistes et hostiles à toute forme d’accueil des migrants en Europe de l’Est - réunis au sein du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque) - et en Italie. "Je veux appartenir à une génération qui aura décidé de défendre fermement sa démocratie (...) Je ne veux pas faire partie d'une génération de somnambules", a-t-il ajouté. 

Dimanche, lors d’une interview à Mediapart et à BFMTV, il avait livré sa stratégie à ce sujet, expliquant la nécessité de promouvoir une "Europe souveraine" qui protège "des grands risques, des grandes transformations, du risque numérique comme fiscal", selon lui.

 

  • La réforme de la zone euro

UE : Macron retrousse ses manches

Emmanuel Macron est rapidement revenu sur son projet de réforme économique et monétaire. Depuis son arrivée à l'Élysée, le président a formulé plusieurs propositions pour la zone euro, avec notamment la création d'un budget propre pour aider les investissements et un ministre des Finances dédié. Le chef de l'État en discutera jeudi avec la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin, avec l'objectif de préparer une "feuille de route" sur la réforme de la zone euro pour le sommet européen de juin et d’évoquer les questions commerciales. La France veut doter la zone euro de son propre budget pour faire du groupe des 19 pays qui ont adopté la monnaie commune le fer de lance d'une relance globale de l'Europe et de politiques communes ambitieuses.

La partie s'annonce difficile pour Paris puisque que huit pays du nord de l'Union européenne (UE) ont déjà exprimé leurs réticences, réclamant avant tout davantage de discipline budgétaire pour tous, afin d'éviter de devoir renflouer des États membres trop dépensiers en cas de crise. 

Ce projet est également critiqué en Allemagne et Angela Merkel n’affiche qu’un soutien prudent au président français. Paris cherche d'autres alliés pour sa réforme. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a ainsi invité début avril l'Espagne et l'Italie à se joindre à la mise au point de la feuille de route franco-allemande.

 

  • Augmenter les contributions au budget européen

La France "est prête à augmenter sa contribution" au budget européen dans le cadre du prochain budget pluriannuel de l'UE après 2020, a affirmé Emmanuel Macron. 

"Mais pour cela, c'est une refondation du budget lui-même qu'il faut envisager", a-t-il ajouté, plaidant notamment pour que l'UE crée "de nouvelles ressources propres (...) sur le numérique comme sur certaines ressources énergétiques". Le président français a également rappelé que l'UE doit financer de nouvelles politiques dans le domaine de la migration et de la défense.


Les pays européens sont déjà en train de préparer le budget pluriannuel de l'UE pour la période qui s'ouvrira après le Brexit et la période de transition qui devrait suivre le retrait du Royaume-Uni de l'Union. Ce départ britannique crée un casse-tête pour les 27, en laissant un "trou" dans les finances européennes, évalué entre 12 à 15 milliards par an par la Commission européenne. Face à ce double défi, la Commission propose aux États membres un cocktail d'économies à réaliser et de nouvelles ressources à trouver. Elle leur demande aussi d'accepter une hausse de leurs contributions au budget européen, qui représente quelque 1 000 milliards d'euros pour la période 2014-2020.

 

  • Un pacte européen pour les réfugiés

"Je propose de créer un programme européen qui soutienne directement financièrement les collectivités locales qui accueillent et intègrent les réfugiés", a annoncé Emmanuel Macron. Le chef de l’État en a également appelé à avancer sur la réforme du « règlement Dublin », qui désigne quel pays a la responsabilité de traiter une demande d'asile faite en Europe. Ce dispositif décrié la confie presque toujours à ceux de première entrée dans l'UE, faisant peser une charge démesurée sur des pays comme la Grèce et l'Italie. Les États membres de l'UE se sont donné jusqu'en juin pour s'accorder sur ce point.

Mais l’Union est profondément divisée sur ce sujet. La Commission européenne, soutenue notamment par l’Allemagne, propose de partager l'accueil par des quotas de "relocalisation", qui ne seraient toutefois déclenchés qu'en cas de crises comparables à celle de 2015, quand 1,26 million de personnes ont demandé l'asile dans l'UE. Mais plusieurs pays, la Pologne et la Hongrie en tête, refusent catégoriquement toute idée de répartition obligatoire. L'UE avait malgré tout adopté en 2015 un plan exceptionnel de "relocalisations" depuis l'Italie et la Grèce, incluant des quotas obligatoires d'accueil et qui n’avait pas été appliqué par tous ses membres.

En France, le projet de loi Asile et immigration, fortement décrié, est en ce moment débattu à l’Assemblée nationale.

 

Les critiques des eurodéputés

L'ancrage pro-européen d'Emmanuel Macron a été globalement salué, mais le détail de ses propositions ainsi que sa participation samedi aux frappes en Syrie ont été fortement critiquées.

  • Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré que "la vraie France est de retour. Je salue le retour de la France parmi nous". Mais, a-t-il ajouté, "n'oublions pas que l'Europe n'est pas seulement franco-allemande".

  • Manfred Weber, le patron des députés du Parti populaire européen (PPE, droite), la principale force politique au Parlement, a plaidé pour "une démocratie parlementaire forte" car "si nous ignorions les souhaits des citoyens, les citoyens nous ignorerons". Mardi, dans une interview à l'AFP, il avait également souligné le fait que le chef de l'État n'est affilié à aucune famille politique européenne "est un handicap dans le processus de décision". Et de tacler : "La meilleure chose que M. Macron puisse faire pour le moment est de mener les réformes nécessaires en France".

  • Sur un ton plus virulent, l'eurodéputé belge Philippe Lamberts (Verts) a vivement critiqué "l'action en France" d'Emmanuel Macron, qui "met à mal la devise 'Liberté, Egalité, Fraternité'", critiquant les ventes d'armes, le nucléaire, l'expulsion de Notre-Dame-des-Landes ou des camps de migrants. "Dans votre France, l'État de droit s'éloigne de jour en jour", a-t-il résumé.

  • Face aux multiples critiques mettant en cause la légitimité de son intervention en Syrie, Emmanuel Macron s'est enflammé : "Regardons nos principes en face et demandons-nous où nous voulons aller : ces frappes ne règlent rien mais elles mettent fin à un système auquel où nous nous étions habitués qui est que, en quelque sorte, le camp du droit serait devenu le camp du faible"

 

Les prochaines étapes
  • En marche prépare les élections européennes

    Emmanuel Macron sera en déplacement mardi après-midi à Épinal pour lancer son projet de consultations citoyennes sur l'avenir de l'UE.

  • Il rencontrera jeudi la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin pour établir une feuille de route sur la réforme de la zone euro.

  • Le prochain Conseil européen aura lieu les 28 et 29 juin.

  • Les prochaines élections européennes auront lieu en France au printemps 2019.

Dernière màj le 18 avril 2018