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Ma chambre syrienne

Ma chambre syrienne - mardi, 3 février, 2015 - 00:50 Revoir

Pays : Syrie

Tags : Syrie, Politique, caricatures

Mardi 05 janvier

01:05

Ma chambre syrienne

Né en 1980, le réalisateur et peintre syrien Hazem Alhamwi se souvient de sa vie en Syrie, de son enfance à la révolution née du printemps arabe, en 2011. 

Pendant 10 ans l’artiste et vidéaste syrien Hazem Alhamwi a filmé dans le plus grand secret le quotidien et la vie culturelle de ses compatriotes. Il s’est entretenu avec des compagnons de route et des proches, des artistes et des créateurs comme lui, dont beaucoup ont passé des années en prison et s’expriment librement devant la caméra, dévoilant les horreurs du système.

 

"Ma chambre syrienne" est un film très personnel qui éclaire les origines de la guerre civile et ses conséquences dans le quotidien des Syriens. Hazem Alhamwi brosse le portrait d’un pays qui s’accroche malgré tout à ses rêves de liberté. Son film est illustré de nombreux dessins et caricatures de l’auteur.

 

Hazem Alhamwi

Hazem Alhamwi est né à Damas en 1980. Il étudie les beaux-arts à la Faculté des Beaux-Arts de l’Université de Damas et le théâtre à l’Institut supérieur des Arts dramatiques. Par la suite, il étudie le cinéma à l’Institut Arabe du Film d’Amman (Jordanie) sous la direction du réalisateur Omar Amiralay. En août 2013, Hazem Alhamwi quitte la Syrie pour la France où il monte son film "Ma chambre syrienne" puis se rend à Berlin où il dépose une demande d’asile acceptée par les autorités allemandes. Il vit depuis à Berlin.

"On ne fait pas le ménage les mains sales"

À l’occasion du temps fort "Attentats de Paris", un an après l’attaque contre Charlie Hebdo, le documentaire de Hazem Alhamwi sera diffusé le 4 janvier 2016 à 01h05. Nous avons interrogé l’artiste, qui vit aujourd'hui en exil à Berlin, sur la genèse de son film et la situation actuelle.

 

ARTE Info : Votre film a pour sujet la guerre en Syrie et ses conséquences pour les gens qui y vivent – et notamment pour l’artiste que vous êtes. Mais comment vit-on la présence permanente de la répression, de la violence et de la peur ? L’art peut-il servir de soupape ? 

Hazem Alhamwi : Au niveau personnel, l’art est le principal voire le seul moyen de conserver un équilibre, de continuer à réfléchir et à s’épanouir. Au niveau collectif, il est évidemment un agent de changement. Quant au rapport entre la peinture ou le dessin et le cinéma, les premiers vous laissent le temps et l’espace nécessaires à la réflexion et à l’introspection, seul ou avec la personne que vous aimez, tandis que le cinéma est un travail de groupe, une aventure qui présente d’autres difficultés. J’ai besoin des deux comme on a besoin d’inspirer et d’expirer. 

Un sujet est récurrent dans votre film : l’opposition non-violente au régime et aux extrémistes, en Syrie comme à l’étranger. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? 

Hazem Alhamwi : Le "cancer" de tout régime totalitaire est l’idée que la force seule résout les problèmes alors qu’en réalité elle ne conduit qu’à un engrenage de violences. Comment changer un tel régime par la violence ? L’arme serait de même nature que sa cible... Je ne crois pas qu’on puisse "se battre pour la paix". On se bat pour le pouvoir. Pour la paix, c’est de dialogue qu’on a besoin. Hélas, la Syrie est en guerre et il est trop tard. Les grandes puissances contribuent à perpétuer cet état de guerre : elles n’ont pas encore vendu assez d’armes !!! Les Syriens sont pris au piège du vieil affrontement entre la Russie et les États-Unis. Nous devons expliquer à la nouvelle génération que la violence est une impasse, à long terme. Il nous faut dialoguer, apprendre, étudier et travailler. Et mon message aux grandes puissances est le suivant : "l’opulence d’une minuscule caste, au sein de vos pays, se nourrit du sang syrien". Les guerres restent nécessaires au fonctionnement de l’économie mondiale – et c’est cela qui doit changer. 

 

Un tel tournage requiert de la persévérance et du courage.

Hazem Alhamwi : Oui, car la responsabilité et le courage vont de pair, que l’on soit en Syrie ou à l’étranger. Je ne crois pas qu’on puisse faire le ménage les mains sales. La violence du régime et celle de l’opposition armée se répondent et sont toutes deux vouées à l’échec. Il faut faire émerger une nouvelle génération de Syriens pour qui la violence n’est ni une solution, ni un outil de contrôle social.   

 

 

Charlie

Où étiez-vous lors des attentats de Charlie Hebdo et qu’est-ce qui vous a traversé l’esprit quand vous avez appris la nouvelle ?

Hazem Alhamwi : J’étais à Berlin. Ce fut une journée très triste. Au bout de quelques heures, une foule de Berlinois s’est réunie à la porte de Brandebourg pour dire son rejet du terrorisme. Je m’y suis rendu et j’ai distribué des tas de dessins aux gens qui étaient présents. C’était, comment dire… fabuleux ! Le message était clair : la culture gagne toujours, la violence est l’arme de ceux qui ne le savent pas encore. Les gens portaient des pancartes disant "Nous n’avons pas peur"… Mais bien sûr que non ! La peur ne naît pas du danger, elle est une attitude face à la vie. Être vraiment vivant c’est affronter la peur sans se laisser déborder par elle. Les dessinateurs tués ce jour-là sont des icônes de la liberté d’expression. Au-delà de leur art, ils incarnent une vision du monde qui ne meurt pas avec eux.      

 

En tant qu’artiste, quelle serait aujourd’hui votre priorité ?

Hazem Alhamwi : De plus en plus, je prends conscience que notre monde est fait pour les hommes, pas pour les femmes. La violence se répand dans le monde à cause des valeurs masculines qui exigent des ennemis à affronter. Si l’on veut un monde moins violent, plus de respect de la nature, il nous faut donner davantage d’espace et de pouvoir aux femmes. Souvenons-nous qu’éduquer un homme revient à éduquer une personne, mais qu’éduquer une femme c’est éduquer toute une famille.    

 

La révolution a montré que chaque individu fait partie du tout, elle crée un sentiment d’appartenance. J’ai appris que chacun est important pour la cohésion d’ensemble ». 

Hazem Alhamwi ; citation tirée du film - 29/12/2015

Quel est votre prochain projet ?

Hazem Alhamwi : Un documentaire long-métrage, Childhood of the place. Je l’ai commencé en 2003 et j’en ai fait un court-métrage présenté au Festival International du film d’Aubagne en 2008. Dans ce film, je présente une réflexion sur le phénomène de la poésie à Salamieh, une ville du centre de la Syrie. J’y montrerai que la radicalisation est liée à une représentation mentale de Dieu en tant qu’amant ou bourreau. Je continuerai ce voyage avec la productrice Zeina Zahreddine qui vit à Vancouver. Par ailleurs, mon séjour à Berlin m’a ouvert d’autres horizons créatifs. J’ai envie de parler de l’admiration de Goethe pour la poésie de l’islam soufi, dans laquelle la relation à Dieu est vécue sur le mode amoureux. Ma prochaine coopération avec Salma Arzouni, écrivain et poétesse allemande d’origine libanaise, s’inscrit dans la continuité de cette histoire.  

 

Qu’attendez-vous de l’avenir ? 

Hazem Alhamwi : J’aimerais principalement réaliser deux projets : d’abord contribuer à former de nouvelles générations attachées à la culture de la non-violence – j’adorerais d’ailleurs écrire des livres pour enfants. Et en second lieu, j’aimerais aider les nouveaux arrivants, auxquels le gouvernement allemand accorde l’asile, à s’intégrer et à découvrir la richesse de la science et de la culture allemandes et européennes. Joyeux Noël et bonne année !   

Interview menée par Sabine Lange en décembre 2015.

Dernière màj le 8 décembre 2016