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"L’union nationale est dans l’intérêt de Netanyahou"

Pays : Israël

Tags : Avi Primor, élections législatives

Avi Primor a été l’ambassadeur d’Israël auprès de l’Union européenne entre 1987 et 1993 puis en poste en Allemagne entre 1993 et 1999. Il a ensuite occupé les fonctions de vice-président de l’université de Tel Aviv. Grand promoteur du dialogue entre Israël et l’Allemagne, il dirige le conseil israélien de politique étrangère, un cercle de réflexion consacré aux relations extérieures de l’Etat hébreu.

 

Avi Primor Interview 2

Avi Primor

Les derniers sondages placent la coalition de centre-gauche "Union sioniste" devant le camp du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Êtes-vous surpris ?

Avi Primor : Non, mais cela ne me réjouit pas non plus, même si je suis favorable à une victoire de la gauche. Car le problème, en Israël, ce n’est pas de savoir quel parti est le plus grand. Les partis que l’on appelle « populaires » sont de petits partis en Israël. Prenez l’exemple du Likoud qui est crédité de 21 sièges. Que représentent 21 sièges sur les 120 du parlement ? A peine 18% ou 19%. Et pourtant, le Likoud est le parti qui gouverne, ce qui signifie que c’est avant tout la coalition qui prime sur le parti. La question n’est donc pas de savoir quel est le parti qui dirige mais plutôt quelle coalition mène la danse. Par exemple, si le parti travailliste obtient la majorité relative mais n’a aucun partenaire pour former une coalition, ce seront les partis plus petits et avec moins de sièges, en l’occurrence le Likoud, qui formeront le gouvernement. Voilà pourquoi je ne suis pas très confiant.

 

Si le tandem Herzog/Livni, qui constitue l’Union sioniste, devient la force politique la plus puissante, y a-t-il une chance qu’ils puissent former une coalition de gouvernement et ainsi obtenir la majorité requise des 61 sièges ?

Isaac Herzog et Tzipi Livni n’ont finalement aucune chance de construire une coalition puisque la victoire du parti travailliste pourrait être néfaste à cette même formation."

Avi Primor

Avi Primor : La première question que je me pose, c’est de savoir ce qu’il en est du parti Meretz, qui est un parti situé à gauche du parti travailliste. Les sondages lui promettent six sièges mais de nombreux électeurs de Meretz ne veulent absolument pas voter pour Netanyahou. Voilà pourquoi le plus efficace pour eux serait de choisir Herzog et Livni. Mais cela pourrait entraîner la mort du parti Meretz s’il ne parvient pas à atteindre les 3,25% requis pour pouvoir entrer au parlement, en vertu du système de proportionnelle en vigueur en Israël. Isaac Herzog et Tzipi Livni n’ont finalement aucune chance de construire une coalition puisque la victoire du parti travailliste pourrait être néfaste à cette même formation. Voilà pour le premier point. 
Deuxièmement, il faut voir, également, comment se comportera le groupe des partis arabes unis. Participera-t-il à une coalition ? Si c’est le cas, le camp de la droite pourrait faire blocage. Et avant tout, il y a ces partis du centre. Quelle alliance vont-ils conclure ? Dans quelle direction vont-ils aller ? Aujourd’hui, rien n’est tranché. 

 

Pourquoi ne pourrait-on pas se diriger vers un gouvernement d’union nationale ?

Netanyahou y serait très favorable. Mais seulement lui."

Avi Primor

Avi Primor : Netanyahou y serait très favorable. Mais seulement lui. Imaginez que Netanyahou soit à nouveau Premier ministre et que le président lui demande de former un gouvernement. Il a tout intérêt à ne pas rester bloqué par l’extrême-droite parce que s’il forme une coalition avec les religieux, les ultra-orthodoxes et les partis favorables à la colonisation, il sera isolé sur la scène internationale et même les Américains le boycotteront. En revanche, s’il trouve un accord avec les travaillistes et fait une coalition avec l’Union sioniste, Herzog deviendra ministre des Affaires Etrangères, Tzipi Livni sera elle aussi partie prenante à cet accord, et il les enverra tous les deux à Washington pour gagner du temps et plaider la patience auprès des Américains pour réenclencher un processus de paix avec les Palestiniens. Voilà l’intérêt de Netanyahou : bénéficier de la protection des travaillistes tout en parvenant à appliquer sa propre politique en Cisjordanie.

 

Envisageons une autre hypothèse : le parti Meretz ne disparaît pas, le tandem Herzog/Livni devient la force politique la plus puissante et gouverne. N’y aurait-il pas alors un changement substantiel de la politique étrangère israélienne, par rapport à l’Iran et concernant une solution à deux Etats avec la Palestine ?

Aujourd’hui, la grande majorité des Israéliens souhaite une solution raisonnable, avec deux Etats."

Avi Primor

Avi Primor : Encore une fois, cela dépend de leur partenaire de coalition. Peut-être avec les religieux, peut-être aussi avec les ultra-orthodoxes. En tout cas, à l’intérieur-même de la coalition, il y aurait évidemment une grande tension concernant la politique de colonisation et une possible réorientation de cette politique. Le deuxième point concerne les Américains : quelle pression exerceraient-ils et, en retour, quelle aide apporteraient-ils à Israël ? Aujourd’hui, la grande majorité des Israéliens souhaite une solution raisonnable, avec deux Etats. Mais les gens ont également peur. Ils craignent qu’avec deux Etats, les islamistes ne reprennent le pouvoir à Gaza et en Cisjordanie et que le Hamas ne chasse Mahmoud Abbas comme il l’a déjà chassé de Gaza. C’est pourquoi l’aide internationale est nécessaire, et même vitale, pour calmer la population et montrer que la sécurité d’Israël est garantie. Donc si Herzog parvient à former une coalition, sans les extrémistes, et s’il reçoit l’aide internationale, il pourra se permettre de conduire la nouvelle politique à laquelle il aspire.

 

Pour former une coalition, plusieurs partenaires sont envisageables pour Isaac Herzog. Moshe Kahlon, transfuge du Likoud, semble bien placé.

Herzog peut donc, en quelque sorte, acheter Moshe Kahlon."

Source AFP - 13/03/2015

Avi Primor : Idéologiquement, Moshe Kahlon est un homme du Likoud, même s’il s’est brouillé avec Netanyahou. Mais il s’intéresse bien plus aux questions économiques et sociales qu’à la politique étrangère et au dossier palestinien. Cela veut dire que s’il forme une coalition avec Herzog, il n’ira pas à l’encontre d’un tournant qu’opérerait Herzog dans sa propre politique. Kahlon ne le dérangera pas. Mais une question se pose : Kahlon veut devenir ministre des Finances. Et si Herzog lui propose ce portefeuille, il ne subira aucune pression de son propre parti afin qu’il nomme quelqu’un en particulier à ce poste. Herzog peut donc, en quelque sorte, acheter Moshe Kahlon.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016