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L'Ukraine se déchire

Pays : Ukraine

Tags : Armée, Conflit, Rebelles

Tôt ce vendredi matin, des détonations ont résonné au nord de la ville de Slaviansk, l'un des bastions séparatistes de l'est de l'Ukraine. Deux militaires ont été tués alors qu’ils effectuaient une opération lancée par l’armée. A Odessa, des échauffourées ont éclaté entre citoyens favorables à l'unité du pays et citoyens pro-russes causant la mort de trois hommes. Les autorités ukrainiennes semblent décidées à multiplier les offensives et souhaitent réinstaurer le service militaire obligatoire. Sur le plan diplomatique, les tractations se poursuivent pour faire libérer les onze otages enlevés vendredi 25 avril par des miliciens pro-russes. Les Etats-Unis et les pays européens menacent la Russie encore et toujours.

Aux premières lueurs du jour ce vendredi matin, l’armée ukrainienne a lancé une nouvelle offensive dans la région séparatiste de Slaviansk pour tenter de reprendre le contrôle sur la région est du pays. Plusieurs tirs ont été échangés entre militaires et miliciens au nord de la ville. Dans une déclaration à l'agence de presse Reuters, le maire pro-russe, a indiqué que deux hélicoptères avaient été abattus par des lance-roquettes portables, deux militaires auraient été tués et plusieurs autres blessés. Selon le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov qui s’est exprimé sur Facebook, neuf points de contrôle entourant la ville ont été pris d’assaut par les militaires. Malgré ce déploiement de force, les partisans de la rebellion gardent la main sur la ville.

 

Au cours de la journée du 1er mai, une manifestation pro-russe a dégénéré à Donetsk. Dans cette ville de l'est qui compte plus d'un million d'habitants, environ 10.000 personnes sont descendues dans les rues. Parmi elles, 300 manifestants pro-russes ont pris d’assaut le siège du parquet national. Jets de pierre contre grenades et gaz lacrymogène des policiers anti-émeutes ; ceux-ci ont fini par fuir désarmés et certains en larmes selon l’AFP, sous les cris de la foule les traitant de « fascistes ».

 

Pour le pouvoir central ukrainien, la situation est critique. Le Fonds monétaire international a accordé un plan d’aide de 17 milliards d’euros à l’Ukraine à condition que Kiev reprenne le contrôle dans la région indépendantiste. Mais les rebelles, très hostiles aux successeurs de l'ex-président Viktor Ianoukovitch, entendent étendre leur emprise dans la région et se rapprocher le plus possible de la Russie. Ils contrôlent déjà les sites stratégiques et administratifs de plus d’une douzaine de villes.

 

Le Président par intérim  Olexandre Tourtchinov a réagi en prenant de nouvelles mesures : il a placé les armées ukrainiennes en « état d’alerte totale » et réinstauré la conscription, supprimée il y a plus d’un an. Signé hier, le décret est immédiatement entré en vigueur « compte-tenu de la dégradation de la situation dans l’est ». Moscou a mis en garde son voisin, exigeant de lui d’arrêter « immédiatement la rhétorique belliqueuse qui vise à intimider sa propre population ».

 

Angela Merkel, la chancelière allemande, en visite officielle aux Etats-Unis, et le président américain ont, d'une même voix, promis de nouvelles sanctions contre la Russie qu'ils accusent encore et toujours de jouer les fauteurs de trouble en Ukraine. Accusation dont Vladimir Poutine, apparemment insensible aux menaces, se défend encore et toujours.

 

Les sept observateurs de l’OSCE toujours détenus

A Slaviansk, les rebelles pro-russes retiennent toujours en otage une équipe d'observateurs de l’OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Capturés le 25 avril alors qu’ils circulaient dans un bus, les onze hommes n’ont toujours pas été relâchés malgré les négociations entreprises par l’OSCE. « Nous espérons les échanger contre nos camarades qui ont été capturés par Kiev » indique le chef des séparatistes Viatcheslav Ponomarev qui les soupçonne d’être des espions de l’OTAN et les considère donc comme des prisonniers de guerre.

Par ailleurs, plusieurs journalistes de différents médias étrangers ont été enlevés par les milices rebelles. Tous ont été relâchés mais certains témoignent avoir été malmenés.

 

Au 1er mai, les tensions politiques s’emparent du défilé

Dans ce contexte général de crise, les défilés du 1er mai ont pris une tournure très politique. Ainsi, dans la capitale ukrainienne, entre 2.000 et 3.000 personnes se sont rassemblées dans le calme pour soutenir le retour à l’unité du pays. Plus massive, la mobilisation à Moscou a regroupé plus de 100.000 personnes arborant des banderoles « je suis fier de mon pays ». A Simferopol, la capitale de la péninsule de Crimée, récemment annexée par la Russie, les habitants affichaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Poutine est notre Président ».

Dernière màj le 8 décembre 2016