Looking for Europe

Pays : Belgique

Tags : Parlement européen

Pour les uns, c'est une institution essentielle et incontournable ; pour les autres un monstre bureaucratique et inefficace. Comment fonctionne notre Europe, dont les mécanismes apparaissent souvent bien opaques ? Entre Bruxelles et Strasbourg, une véritable immersion en cinéma direct dans les coulisses du Parlement européen. Voyage au cœur de l’Europe.

Mardi 20 mai

23:15

Looking for Europe

 

Pendant plusieurs semaines, Olivier Malvoisin (Fini de rire) a filmé le quotidien de ceux dont le Parlement européen est la vie même : des parlementaires, des conseillers, des fonctionnaires, des interprètes… En les suivant dans les couloirs, les ascenseurs, les salles de réunion, il nous invite à une saisissante plongée dans les coulisses de la politique européenne. Et apporte un certain nombre de réponses aux questions que nous, citoyens, nous posons sur ce monde "obscur" - ou en tout cas perçu comme tel.

À la veille des élections, sur fond de crises et de doutes, il réalise une comédie politique et humaine pleine d'enseignements, qui est aussi une ode au cinéma direct.

 

Entretien avec son auteur, le documentariste belge Olivier Malvoisin.

Aviez-vous une idée préconçue sur le Parlement européen avant d’y pénétrer ?

Olivier Malvoisin : J’avais une idée concrète de ce qui s’y joue puisque j’ai travaillé pendant quatre ans comme conseiller pour le gouvernement belge, avant de m’orienter vers le cinéma documentaire. Cette expérience m’a aidé tout au long du tournage et des négociations : je ne ressens aucune fascination pour le pouvoir et je maîtrise les codes politiques – comment se construisent les discours, comment on s’adresse à un parlementaire, où traquer les zones d’ombre, etc. J’ai simplement mis au service du cinéma direct ce que j’ai appris lorsque j’étais de l’autre côté de la barrière.

Avez-vous rencontré des obstacles pour accéder aux coulisses de l’institution ?
La négociation a été permanente. Avec les hommes politiques, qui décident librement s’ils souhaitent être filmés, et plus encore avec le personnel administratif, soumis à un devoir de réserve. De manière générale, le dispositif retenu - pas d’interviews ni de commentaires, uniquement des situations - renforçait la crainte des personnages d’être exposés, de ne pas contrôler leur image, leur discours. De plus, nous étions présents lors de réunions, de conversations dans les couloirs ou les bureaux, ce qui supposait d’expliquer de nouveau et inlassablement notre démarche à leurs interlocuteurs. Mais c’est grâce à cette patience que nous avons gagné leur confiance.

Quels ont été vos critères pour choisir les personnages ?
Je souhaitais qu’ils reflètent la diversité du travail parlementaire, en insistant sur la complémentarité des rôles. Un eurodéputé n’est rien sans son assistant. De même, un secrétaire général - comme Vula Tsetsi, du groupe des Verts - coordonne et rediffuse toute l’information, ce qui le place au cœur du pouvoir.

"Mon objectif était de montrer les rôles de l’ombre"

 

Mon objectif était de montrer les rôles de l’ombre, et ceux que l’on appellerait les seconds couteaux en politique. Par exemple, au lieu de chercher à suivre Nigel Farage, le leader du parti eurosceptique britannique UKIP, j’ai volontairement choisi un parlementaire plus jeune et moins sollicité, Paul Nuttal. Dernier point crucial : l’équilibre politique. J’ai fait en sorte qu’on ne puisse pas me reprocher de servir les intérêts électoraux d’un des protagonistes. La seule personne officiellement en campagne est Martin Schulz, mais il a un statut particulier puisqu’il est président du Parlement.

En quoi le cinéma direct sert-il votre projet ?
Le tournage, caméra à l’épaule, entre Strasbourg et Bruxelles, nous a mobilisés - un chef opérateur, un ingénieur du son et moi - pendant plus de trois mois. Le temps apporte beaucoup au film car c’est en étant sur place tous les jours que notre présence a fini par apparaître normale et que nous nous sommes presque fait oublier. On atteint ainsi un niveau de proximité et d’intimité élevé avec les personnages. Si la dimension pédagogique du projet est avérée dans le choix de ne suivre qu’un dossier – la commission d’enquête sur la troïka –, le but est bien de dévoiler comment ces hommes et ces femmes font le Parlement. On entre dans leur trouble, on explore la faille qui les humanise. La méthode du cinéma direct, dont on ne s’est jamais distanciés, nous a paradoxalement offert une grande liberté en nous permettant de nous approcher des possibilités de la fiction, notamment du point de vue de l’évolution des personnages dans l’histoire. Je suis convaincu que montrer les choses telles qu’elles sont, sans gommer les aspérités, est le seul moyen de susciter l’intérêt du public pour la politique.

Cette immersion a-t-elle modifié votre regard sur l’Europe ?
J’ai rencontré - et c’est l’une des belles surprises du film - des personnes qui se battent pour faire aboutir leurs dossiers et pour affirmer le rôle du Parlement face à la surpuissance du Conseil de l’Union européenne et de la Commission européenne. Ces trois entités travaillent souvent l’une contre l’autre, ce qui aboutit à de nombreuses décisions prises hors du cadre démocratique. Or, dans cette bataille institutionnelle, je pense qu’en tant que citoyens, nous avons plutôt intérêt à faire pencher la balance du côté du Parlement, qui est un magnifique instrument pour dépasser la crise du projet européen. Aujourd’hui, je n’ai pas peur de dire qu’il est nécessaire d’engager un grand saut en avant. L’Europe politique, avec un Parlement fort, étant la meilleure chose qui puisse nous arriver. D’où l’importance du scrutin à venir : c’est une élection à enjeux multiples et fondamentaux pour l’avenir de la démocratie européenne.

Propos recueillis par Manon Dampierre, ARTE Magazine

 

 

Ce mardi 20 mai, chat avec Olivier Malvoisin sur le site du quotidien belge Le Soir.

Dernière màj le 8 décembre 2016