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L’Irlande mène sa guerre de l’eau

Pays : Irlande

Tags : Eau, taxes

Depuis le 1er janvier 2016, les Irlandais reçoivent des factures d’eau. Une nouveauté que la population a du mal à accepter

 

« It’s our water ! We own it ! » - « C’est notre eau ! Elle est à nous ! ». Pendant des mois, de Cork à Dublin, le slogan a été clamé dans les rues, inscrit sur des pancartes. Les Irlandais ne veulent pas voir un de leurs privilèges aboli sans se battre : dans le pays, jusqu’au 1er janvier 2015, l’eau domestique était gratuite. Une exception en Europe. Alors, les premières factures qui sont apparues dans les boîtes aux lettres n’ont pas été les bienvenues. 70 % des Irlandais refusent de payer. En guise de protestation, certains brûlent la douloureuse, d’autres retirent même de leurs appartements les compteurs d’eau aménagés récemment. En 2014, des échauffourées avaient opposé des activistes aux forces de l’ordre escortant les employés de l’Irish Water (la société semi-publique créée en 2013 pour mettre en place la réforme) en pleine  installation de ces derniers.

Avec ce système, explique Courrier International, reprenant The Irish Times, un foyer constitué de deux adultes et de deux enfants paye désormais en moyenne 278, 16 euros par an. Les 30 000 premiers litres d’eau consommés seront gratuits, avec un supplément de 21 000 litres gratuits par enfant de moins de 18 ans. Au delà, le millier de litres sera facturé 4,88 euros, soit un peu moins d’un demi centime le litre. D’après Irish Water, un Irlandais consomme en moyenne 54 750 litres d’eau par an. Une douche représente en moyenne 80 litres d’eau, ce qui revient à 38 centimes par jour, soit 139 euros par an.

« Mesures abusives »

Cette mesure est la dernière en date du plan de rigueur décidé depuis quatre ans par le gouvernement local. Une des promesses faites à la Troïka (Union européenne, Fonds Monétaire International, Banque Centrale européenne) en échange d’un prêt, et derrière laquelle certains Irlandais croient voir la menace d’une privatisation future. Crainte rejetée par le gouvernement, qui met en avant pour justifier cette nouvelle taxe la vétusté du réseau d’eau en Irlande. « Notre réseau de distribution est particulièrement vieux et dysfonctionnel, analyse le député travailliste Pat Rabitte. Et il y aurait beaucoup d’emplois à créer si on remplaçait le vieux réseau de distribution d’eau par un nouveau. Un système qui correspondrait aux besoins de l’industrie moderne et qui répondrait aux normes de santé publique. »

Face à la colère des Irlandais, le gouvernement a annoncé des compensations financières pour les personnes à faibles revenus. Un geste critiqué pour son manque de clarté et parce qu’il exclut certaines catégories de la population. Ainsi, « quelque 190 000 chômeurs de courte durée [moins de 15 mois] n’auront pas droit à une aide financière », précise The Independent, repris par Courrier International. L’exclusion des chômeurs de courte durée de la compensation financière est « très inquiétante », avait estimé le porte-parole de l’Organisation nationale pour les sans-emplois, certains activistes assurant même qu’elle serait une motivation de plus dans la lutte contre la facturation de l’eau.

Dans une vidéo adressée aux citoyens irlandais, et mentionnée par Courrier International, le collectif Anonymous s’en prend lui aussi à cette réforme de l’eau, et dénonce un « gouvernement malhonnête » qui « tente une nouvelle fois de vous voler en vous facturant l’eau ». Les hackers condamnent « les mesures abusives » du gouvernement et d’Irish Water qui, « pour vous forcer à payer les factures d’eau, vous menacent de vous infliger une amende ou de vous couper l’eau ».

 

Dernière màj le 13 janvier 2017