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L'impossible réconciliation

Pays : Kosovo

Tags : Kosovo, Balkans, Serbie, Ex-Yougoslavie, Crise économique, conflit ethnique, crise politique

On le surnomme "le trou noir des Balkans". Le Kosovo, dernier État né en Europe, est aussi l'un des plus pauvres et des plus instables. Bien qu'il célèbre samedi 17 février 2018 les dix ans de son indépendance, les stigmates du passé l’empêchent toujours d’aller de l'avant. Entre les communautés serbe et albanaise du pays, l’ombre du conflit ethnique qui a fait treize mille victimes entre 1998 et 2000 plane encore. La province serbe du nord du Kosovo demande sempiternellement son rattachement à la Serbie et refuse l’autorité de l’État kosovar. Un État toujours gouverné par d’anciens pontes de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), sur le point d’être jugés par une Cour spéciale pour les crimes de guerre commis contre les civils serbes pendant la guerre. Explications. 

 

 

La nouvelle a fait trembler la communauté serbe du Kosovo : le 26 janvier 2018, l’opposant Oliver Ivanovic est tué par balles dans les rues de Mitrovica, dans la province serbe du nord du pays. Son assassinat, décrit par Belgrade comme un "acte terroriste", a ravivé les tensions entre la Serbie et le Kosovo. Alors qu’une réunion devait avoir lieu le jour-même à Bruxelles entre les dirigeants serbes et kosovars, celle-ci est suspendue. 

Autre point de crispation majeur entre les deux États : la question des crimes de guerres commis par l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) entre 1998 et 2000 contre la minorité serbe. Un tribunal spécial mis en place à La Haye en 2016 doit bientôt prononcer ses premières inculpations. D’anciens membres de l’UÇK actuellement au pouvoir au Kosovo ont d’ailleurs tenté d’empêcher l’entrée en fonction de ce tribunal spécial. Les réticences kosovares à juger les exactions commises pendant la guerre freinent le processus de réconciliation. C'est dans ce contexte particulièrement tendu que le petit État des Balkans s'apprête à célébrer les dix ans de son indépendance, toujours pas reconnue par Belgrade. 

 

Vers une adhésion à l’Union européenne ?

L’Albanie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, la Serbie, le Kosovo figurent tous les six sur la liste des États que l’UE envisage d’accueillir, dans le cadre d’un processus d’élargissement lancé en 2003. Mais depuis quinze ans, il n’y a eu que très peu d’avancées en ce sens. Début février 2018, l’Union a exprimé sa volonté de relancer la discussion, notamment avec le Monténégro et la Serbie. Mais pour le Kosovo, une adhésion reste extrêmement hypothétique : il n'est d'ailleurs pas un candidat officiel.
 
Malgré l'action de la KFOR, force de maintien de la paix de l’Otan au Kosovo, et d’Eulex, la mission civile de l’Union européenne visant à promouvoir l’État de droit dans le pays, ce dernier reste très fragile. La province serbe du nord du pays, qui échappe toujours au contrôle de l'État, est le terrain de jeu du crime organisé. Au Kosovo, les assassinats politiques non-élucidés sont encore aujourd'hui très nombreux.

Quant à la justice, elle est fragilisée par la Serbie qui soutient un système judiciaire parallèle dans la province du nord, où vit la minorité serbe. Récemment, des juges de cette région ont prêté serment au Kosovo pour la première fois : un signe encourageant pour le gouvernement kosovar. Dans l'ensemble, cependant, l'instabilité qui règne au Kosovo compromet la perspective d'une adhésion prochaine à l'UE. 

Dernière màj le 17 février 2018