|

L’homme du futur sera-t-il encore fertile ?

Pays : France

Tags : perturbateurs endocriniens, environnement, Reproduction

Et si demain, la procréation médicalement assistée devenait une nécessité ? Et si demain, nous n’avions pas d’autres choix que de recourir à des grossesses par mère porteuse et par donneur de sperme ? Ce scénario n’est pas si absurde qu’il n’y paraît. Au cours des quarante dernières années, la concentration de spermatozoïdes chez les hommes a chuté de plus de 50 %. Et rien qu’en France, entre 18 et 24 % des couples en France ne parviennent pas à avoir un enfant après douze mois sans contraception. Ce chiffre est en constante évolution. La raison ? La présence de substances toxiques dans l’air et dans l’alimentation qui perturbent notre santé. Notre environnement est toxique et pourrait -à terme- devenir une entrave à la reproduction humaine.

C’est tout le sujet du débat du forum de bioéthique "Et si notre environnement perturbait notre reproduction ?", à (re)voir ici :

Débat : environnement et reproduction
Débat : environnement et reproduction Notre environnement pourrait devenir une entrave à la reproduction. C’est tout le sujet de ce débat. Débat : environnement et reproduction

 

Pour comprendre les termes clés de ce débat, consultez notre glossaire :

L’homme du futur sera-t-il encore fertile ?
L’homme du futur sera-t-il encore fertile ? Notre environnement est toxique et pourrait -à terme- devenir une entrave à la reproduction humaine. L’homme du futur sera-t-il encore fertile ?

Les points de vue des invités de la table-ronde :

Le constat glaçant de l’impact de l’environnement sur la reproduction

Gabriel André

Gynécologue-obstétricien et membre du Conseil Scientifique du Forum Européen de Bioéthique, il anime la table ronde.

Gabriel André, gynécologue-obstétricien, dresse un constat sans appel : les effets conjugués des perturbateurs endocriniens, de la pollution de l’atmosphère et de l’alimentation causent une baisse de la fertilité chez l’homme, une hausse des "cancers notamment féminins."

Mais ce n’est pas tout. Il y a une "corrélation très nette entre la pollution au diesel et un volume cérébral diminué". En d’autres termes : cet environnement vicié a un impact avéré sur le développement du fœtus. En 2015, la revue Jama Psychiatry a publié les résultats d’une étude menée sur 40 enfants nés entre 1998 et 2006 à Harlem. Ces derniers ont été exposés à hautes doses aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui proviennent des carburants, du bois et du tabac. Ces derniers sont présents dans l'air, l'eau ou l'alimentation. 

Ce rapport a permis de prouver le rôle de l’exposition aux HAP sur le développement du cerveau du fœtus. Chez les individus les plus exposés, la substance blanche est réduite et est presque exclusivement confinée à l’hémisphère gauche du cerveau. Les chercheurs ont suivi ces enfants jusqu’à l’âge de sept ans. Voici les conséquences constatées de ce sous-développement de la matière blanche :

- À 3 ans : retard de développement

- À 5 ans : diminution du QI

- À 7 ans : anxiété, dépression, inattention et diminution de la vitesse de traitement 

Pour Gabriel André, il ne fait guère de doute que la pollution atmosphérique a un impact direct sur le développement du foetus. Mais cela, ajoute-t-il c'est "sans compter les perturbateurs endocriniens et la pollution de notre alimentation : des alertes récentes ont découvert chez les femmes corses, qui vivent en bord de mer et consomment du poisson, un taux anormal de mercure et d’arsenic".

 

Les perturbateurs endocriniens, ces particules qui tuent à petit feu

André Cicolella

Chimiste-toxicologue et fondateur du Réseau Environnement Santé, il est à l’origine de l’interdiction du Bisphénol A et auteur de nombreux ouvrages.

La concentration de spermatozoïdes chez les hommes a chuté de plus de 50 % au cours des quarante dernières années. Ce chiffre est le fruit d’une "méta étude", regroupant les données de 185 études et publiée dans la revue Human Reproduction Update. Dans son livre "Toxique Planète", André Cicolella fait aussi état de ce phénomène à partir d'une étude de l’Institut national de veille sanitaire (février 2012). Il s’agissait de compiler les données de 26 609 hommes qui ont fréquenté les centres français de PMA entre 1989 et 2005. Verdict : pour un homme de 35 ans, le nombre de spermatozoïdes a baissé de 32%, tandis que le nombre de spermatozoïdes malformés a augmenté. "Si le phénomène observé continue à ce rythme, cela signifierait une valeur nulle en 2040" : pour André Cicolella, cette affirmation est plus un avertissement, car rien ne permet de dire que ce phénomène ne va se réaliser. Mais une chose est déjà certaine : l’infertilité ne cesse de croître. 

Il l’explique comme beaucoup d’études par le rôle des perturbateurs endocriniens. Pesticides, cosmétiques et plastiques : notre quotidien est envahi par ces particules, que nous touchons, avalons et respirons. Exemple avec le bisphénol A utilisé dans tous les contenants alimentaires en France jusqu’en janvier 2015. C’est André Cicolella qui a mené la lutte pour son interdiction. Aujourd’hui, on le trouve encore dans les lunettes ou les CD.

Ces substances chimiques modifient le comportement normal des hormones comme la testostérone ou les œstrogènes. Et perturbent des fonctions physiologiques comme la croissance du fœtus, l’allaitement ou la reproduction. Les effets restent difficiles à évaluer mais il est avéré que ces substances sont associées à des troubles de la reproduction comme la puberté précoce, les malformations génitales, l’endométriose, le syndrome de ovaires polykystiques ou encore le cancer du sein.

Dernière màj le 5 février 2018