L’extrême droite en Allemagne – Tous des néonazis ou une république pacifique ?

Pays : Allemagne

Tags : extreme droite, Aryen, Nazisme

Les statistiques portant sur l’extrême droite allemande et ses agissements sont à prendre avec des pincettes, car trop souvent, les actes criminels ne sont pas répertoriés comme étant motivés par la haine raciale ou politique. Trop longtemps, la sécurité s’est concentrée sur l’extrême gauche. Il ressort finalement que le nombre de militants d’extrême droite est en baisse en Allemagne, mais que les irréductibles sont de plus en plus radicalisés.

L’Allemagne a bien changé. En 1993, on comptait plus de 65 000 sympathisants d’extrême droite. Vingt ans plus tard, ils ne seraient plus que 22 000. D’après l’Office fédéral de la protection de la constitution, les partis d’extrême droite (NPD, die Republikaner, DIE RECHTE et pro NRW) comptent de moins en moins d’adhérents, au total près de 7 000. Il ne faut pas se réjouir trop vite : en 20 ans, l’extrême droite s’est radicalisée. En 2012, la moitié de ses sympathisants, soit près de 10 000 individus, admettent être prêts à recourir à la violence ou y avoir déjà recouru.

Les Länder de l’Est passent souvent pour le bastion des néonazis. Mais ce cliché mériterait d’être révisé. S’il est vrai que les partis d’extrême droite ont fait leur entrée dans les diètes régionales de Saxe et de Mecklembourg-Poméranie occidentale, il n’en reste pas moins que partout ailleurs, ces formations n’ont pas été en mesure de franchir le seuil des 5 % nécessaires à une représentation parlementaire. Par ailleurs, les actes commis par l’extrême droite ne se cantonnent pas à l’ancienne Allemagne de l’Est. 

 

Motivés par la haine

Les délits sont de natures diverses, de l’usage de symboles anticonstitutionnels à la violence verbale, et peuvent aller jusqu’au meurtre. En 2013, ce sont 850 délits commis par l’extrême droite qui ont été constatés en Allemagne. En tout, 38 personnes ont été victimes de violences. Mais le gouvernement fédéral rappelle que ces statistiques doivent être revues à la hausse du fait de dépositions ultérieures. Ces chiffres ne cessent d’alimenter les débats. 

Alors que l’Office fédéral de la protection de la constitution fait état de 60 assassinats imputables à l’extrême droite pour la période allant de 1990 à 2013, une étude sur le long terme des journaux DIE ZEIT, ZEIT-Online et Tagesspiegel évoque 152 victimes pour cette même période. Un graphique interactif permet de situer la date et le lieu de ces crimes. Toujours pour la même période, la fondation Amadou-Antonio avance quant à elle le chiffre de 184 victimes.

Après l’échec patent des autorités dans l’enquête sur le groupuscule néonazi NSU, lequel a abattu 9 personnes au motif qu’elles n’étaient pas d’origine allemande, force est de constater qu’en Allemagne la menace d’extrême droite a longtemps été sous-estimée. A l’heure actuelle, le ministère de l’intérieur procède à une étude à grande échelle visant à élucider les actes perpétrés ces 20 dernières années en lien avec cette mouvance. Jusque-là, plus de 700 cas ont été recensés dont la majorité n’avait pas été répertoriée comme violence à caractère politique.