L’exode kosovar

Pays : Koweït

Tags : Kosovo, exode, Migrant

Indépendant depuis 2008, le Kosovo est toujours en proie au clientélisme, à la corruption et au crime organisé. Une situation qui, associée à la pauvreté croissante de la population, provoque un exode massif.

Des pots de vins pour classer des dossiers liés au crime organisé et acquitter des personnes soupçonnées de délits graves. Voilà l’accord qu’aurait passé avec le « milieu » kosovar, entre 2012 et 2013, Francesco Florit, un juge italien d’Eulex, la mission de l’Union européenne (UE) au Kosovo. Mise en place en 2008, au lendemain de l’indépendance du pays, afin d’y promouvoir l’état de droit en vue de son éventuelle intégration à l’UE, l’organisation a plongé la Commission européenne dans l’un des plus grands scandales de corruption de son histoire.

Révélée en 2014, l’affaire illustre les difficultés d’une jeune république des Balkans en proie au clientélisme et à la criminalité. Associée au chômage et aux inégalités sociales, la situation locale provoque d’ailleurs un exode massif de la population, qui tente de rejoindre la Hongrie via la Serbie. Des estimations recensent plusieurs centaines de départs quotidiens depuis le début du mois de février 2015. Selon les forces de l’ordre, plus de 50 000 personnes auraient quitté le pays aux mois de janvier et février. Depuis août 2014, ce nombre s’élèverait à 100 000, pour une population de 1,8 million d’habitants.

Les candidats à l’exil partent en autocars de Pristina, la capitale du Kosovo. Puis traversent la Serbie pour gagner la ville de Subotica, proche de la frontière hongroise. Là, des passeurs, qui encaissent 250 euros par migrant, guident les groupes dans la forêt jusqu’en Hongrie, où les autorités auraient reçu depuis début 2015 plus de 13 000 demandes d’asile, dont 10 000 auraient été déposées par des Kosovars. D’autres ressortissants du pays préfèrent eux poursuivre leur route vers l’Allemagne ou l’Autriche.

« Hystérie collective »

Des experts évoquent le plus grand exode de la population civile depuis le printemps 1999 et la campagne aérienne de bombardement de l’Otan. D’autres parlent d’un « tremblement de terre démographique », aux conséquences encore imprévisibles. Dans Libération, le journaliste Mustafa Balje, qui travaille aux programmes en langue bosniaque de la radio-télévision du Kosovo (RTK), n’hésite pas à parler d’une « hystérie collective ». Cette migration est facilitée par l’élargissement, en septembre 2014, de l’accord sur la liberté de circulation entre la capitale serbe Belgrade et Pristina. Le Kosovo est aujourd’hui en effet le seul pays des Balkans où les habitants ont besoin d’un visa pour se rendre dans l’un des Etats membres.  

Ces départs s’expliquent surtout par les conditions de vie qui règnent au Kosovo. Selon l’association Mère-Teresa, 18% de la population vit dans l’extrême pauvreté avec moins de 0,90 euro par jour, et 27% dans la pauvreté avec 1,40 euro par jour. Quant au chômage, officiellement, 30% de la population active locale se trouve sans emploi. En réalité, le taux de chômage grimpe jusqu’à 50%, voire 80% chez les jeunes.

40 millions d’euros pour créer des emplois

«Ce nouvel exode est le résultat de la politique mise en œuvre depuis la fin de la guerre par l’Union européenne, les Etats-Unis et leurs partenaires locaux, analyse pour Libération le politologue Belgzim Kamberi. En quinze ans, le chômage et les inégalités sociales n’ont fait que s’aggraver, tout comme le clientélisme, la corruption et le crime organisé. Enfin, la longue crise politique qu’a connue le pays ces derniers mois n’a fait que rabattre les derniers espoirs de changement.»

Alors que le 11 février, la Commission européenne avait appelé le Kosovo à agir face au départ soudain et massif de ces migrants vers l’Union en surveillant les frontières, l’Assemblée locale a adopté une résolution spéciale, décidant de débloquer plus de 40 millions d’euros pour créer de nouveaux emplois. Dans le même temps, la présidente du pays, Atifete Jahjaga, a entamé une tournée des municipalités d'où partent le plus grand nombre des migrants pour parler du problème avec les personnes qu'elle rencontre dans la rue et les commerces.

Franck Berteau

 

Dernière màj le 11 janvier 2017