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L'Europe, la nouvelle cible de l'Etat Islamique

Pays : France

Tags : intégration, Islam

Günter Meyer est directeur de l'Institut de recherche sur le monde arabe Mayence. Il analyse pour ARTE Info l'influence de l'Arabie Saoudite dans le développement d'un islam fondamentaliste, sur la situation financière de l'Etat Islamique et sur la menace que représente ce mouvement.

Qu’en est-il de l’intégration des musulmans en Europe ?

 

Prof. Günter Meyer : Prenons l’exemple de la France. Depuis la fin des années 70, le gouvernement a laissé toute latitude aux Saoudiens pour le développement de l’islam wahhabite ou salafiste. Aujourd’hui, l’islam est ancré en France à travers des mosquées financées par l’Arabie Saoudite, dans lesquelles des imams, formés et payés par l’Arabie Saoudite, enseignent aux enfants dans les écoles coraniques. Leur interprétation salafiste du coran implique la transmission d’une idéologie dogmatique et fondamentaliste. Seule la parole de dieu telle qu’elle est écrite dans le coran fait foi. Les droits de l’homme, les règles démocratiques, la Constitution et autres ne comptent pas. En France, on compte six à sept millions de musulmans – c’est plus que dans chaque autre pays européen. Aujourd’hui, la situation est explosive : le salafisme, le racisme du Front National, la discrimination, le désavantage économique des musulmans lors de la crise économique, associé à un taux de chômage élevé des jeunes, sont autant de déclencheurs possibles du terrorisme.    

 

L’Arabie Saoudite est devenue le principal vecteur d’un islam fondamentaliste.

Prof. Günter Meyer - 14/01/2015

Quel rôle joue l’Arabie Saoudite ?

 

Prof. Günter Meyer : L’un des problèmes essentiels est en effet le financement du développement de l’islam salafiste par l’Arabie Saoudite, et pas seulement en France, mais parmi les musulmans sunnites dans le monde entier. L’Arabie Saoudite est devenue le principal vecteur d’un islam fondamentaliste qui est à l’origine, également dans les pays européens, de l’adhésion des jeunes musulmans à l’islam et de la participation active au djihad.     

 

Quelle est la situation financière de l’Etat islamique ?

 

Prof. Günter Meyer : A l’origine, c’était des sponsors privés venant des riches pays arabes du Golfe, notamment de l’Arabie Saoudite et du Koweït, qui contribuaient au financement des insurrections sunnites en Irak puis en Syrie. Mais les souverains de la région du Golfe ont reconnu que l’Etat islamique représente aussi une importante menace pour leurs régimes. Ainsi, ils ont nettement diminué le flux de capitaux émanant de leurs pays. De plus, les sources de revenus principales (de l’Etat islamique), provenant de l’export du pétrole, ont fortement baissé en raison de la décroissance des cours mondiaux et des attaques contre les voies de transport.   

 

La plus grande réussite de l'Etat Islamique a été la conquête de Mossoul.

Prof. Günter Meyer - 14/01/2015

Avez-vous été surpris par la conquête de la Syrie et de l’Irak par l’Etat islamique ?

 

Prof. Günter Meyer : L’expansion de l’Etat islamique en Syrie avait déjà débuté en 2011, quelques mois après le début du soulèvement contre Bachar al-Assad. L’Etat islamique s’était déjà établi auparavant, sous un autre nom, dans les territoires sunnites d’Irak. Il a ensuite continué son expansion vers l’ouest et a pu conquérir de larges zones de la Syrie du Nord. Son plus grand succès jusqu’à présent a, en effet, été une surprise. Il s’agit de la conquête de Mossoul et de l’offensive, digne d’une guerre éclair, qui a suivie. Cela a été rendu possible par le retrait des troupes irakiennes à dominante chiite. Paniqués par les récits quant à la brutalité de l’Etat islamique, les soldats ont pris la fuite, abandonnant aux mains de l’Etat islamique l’armement moderne livré par les Etats-Unis à l’armée irakienne.

 

Quelle menace représente aujourd’hui l’Etat islamique ?

 

Prof. Günter Meyer : A l’ origine, l’Etat islamique avait pour but la création d’un Etat en Irak et au Levant, ainsi que la reconquête de Jérusalem. Cependant, les bombardements des États-Unis avaient mis un terme à son expansion. Ainsi, dépendant de nouveaux succès et de nouveaux soutiens, l’Etat islamique mise désormais sur des réussites à l’étranger. L’on assiste donc, sur internet, à une multiplication des incitations à commettre des attentats contre "les impies" de l’Occident, comme cela a été le cas en France. C’est de cette manière que l’Etat islamique veut compenser l’arrêt de ses succès en Syrie et en Irak, et qu’il veut enrôler de nouveaux combattants étrangers.  

 

L’Etat islamique est que l’Etat islamique est nettement plus violent qu'Al-Qaïda.

Prof. Günter Meyer - 14/01/2015

Auparavant, c’est Al-Qaïda qui semait la terreur. Quelles différences y a-t-il entre Al-Qaïda et l’Etat islamique ?

 

Prof. Günter Meyer : La différence fondamentale entre Al-Qaïda et l’Etat islamique est que l’Etat islamique est nettement plus violent. En règle générale, Al-Qaïda fait la différence entre ses adversaires armés et la population civile qui doit, dans la mesure du possible, ne pas être touchée. Comparé à la brutalité qui s’était déjà développée en Irak, depuis les années 1980, l’Etat islamique fait preuve d’une violence inouïe envers la population civile qui ne suit pas ses règles islamiques.

 

Et que dire des "bouchers" de Boko Haram ?

 

Prof. Günter Meyer : L’organisation Boko Haram qui agit au Nigéria est un cas particulier. Cette secte musulmane est considérée comme étant "par-delà le bien et le mal", même par d’autres groupes islamistes. Souvent, des bandes criminelles perpètrent des attentats, commettent des meurtres, des viols ou des pillages et rançonnent, puis se revendiquent de Boko Haram. On présume aussi que les enlèvements de masse d’écolières qui ont tant choqués l’opinion mondiale, ont été commis dans le but de faire libérer des proches de certains membres de Boko Haram qui sont retenus prisonniers par le gouvernement nigérian.

Dernière màj le 8 décembre 2016