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L'Europe et la crise des migrants : on a besoin d'idées neuves !

Pays : Union européenne

Tags : migrants, Réfugiés, crise

Lorsqu'à Idomeni, des policiers macédoniens ont tiré des grenades lacrymogènes sur des migrants, l'Europe est vraiment tombée très bas. La politique migratoire européenne est en échec. Il est temps de trouver de nouvelles idées. Mais lesquelles ? 

La traversée qu'entreprennent les migrants pour atteindre les côtes européennes, dans l'illégalité et au péril de leur vie, leur coûte entre 3000 et 4000 euros par personne. Cette somme suffirait à payer un billet d'avion en classe business pour n'importe quelle ville européenne. Sauf que les voies légales leur sont interdites. Dans le monde actuel, la libre circulation des personnes est loin d'être assurée à tous sur un pied d'égalité. Au contraire, la détresse des populations qui fuient leur pays en guerre est l'occasion d'un trafic illégal. L'OTAN s'apprête à lancer une mission navale pour surveiller les bateaux des passeurs en mer Égée. L'Europe ferme aujourd'hui ses frontières aux réfugiés, s'attaquant aux symptômes plutôt qu'aux causes de la crise. 

 

Les flux des migrants ne diminue pas

En janvier dernier, l'Autriche a instauré un quota journalier de demandeurs d'asile autorisés à entrer sur son territoire. Cette décision a provoqué un effet domino : son exemple a été suivi par la Macédoine, la Serbie et les États membres de l'UE que sont la Croatie et la Slovénie. Lorsqu'il a été décidé, lors du forum des Balkans occidentaux, d'ériger un mur de barbelés le long de la frontière entre la Grèce et la Macédoine, la Grèce n'a pas été conviée à la table des négociations.

Or c'est justement dans ce pays que les réfugiés restent bloqués. Selon les chiffres du gouvernement grec, il s'agirait de 22 000 personnes. D'ici la fin mars, leur nombre pourrait s'élever à 70 000. L'ONU met en garde contre une possible catastrophe humanitaire.

A Idomeni, dans le nord de la Grèce, la frustration et le désespoir des migrants se sont transformés en colère. Les policier macédoniens ont lancé des grenades lacrymogènes contre une foule de migrants qui tentait de franchir en force la frontière. Mais la multiplication des obstacles ne dissuade pas les réfugiés.

En février 2016, 59 000 personnes sont arrivées en Europe par la voie maritime. À titre de comparaison, ils n'étaient que 7200 en février 2015 (source : Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés). On ne réglera pas la crise des migrants en dressant des barrières. 

 

Dernier espoir : une solution paneuropéenne sous l'égide de la chancelière Merkel

Pour contenir la crise, la chancelière Angela Merkel mise à présent sur une alliance entre les États de l'UE volontaires et sur une coopération étroite avec la Turquie. Ce pays est censé endiguer l'afflux des réfugiés et coopérer au rapatriement des requérants d'asile déboutés. En échange, on promet à la Turquie trois millions et demi d'euros et un allègement des visas pour les ressortissants turcs dans l'espace Schengen. En outre, l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne fera à nouveau l'objet de discussions le 7 mars prochain, lors du sommet européen sur les réfugiés. 

Une chose est claire cependant :  la politique européenne en matière de réfugiés est en échec, et ce bien avant que le dérapage d'Idomeni. La recherche d'une solution paneuropéenne dépend maintenant de la Turquie, un pays en situation de quasi guerre civile qui fait donc un partenaire bien discutable. En Europe, ce sont les intérêts individuels des États membres qui priment, de même que leur conviction qu'ils pourront résoudre la crise à l'intérieur de leurs propres frontières. 

 

On a besoin d'idées nouvelles, au niveau international. Mais lesquelles ? Trois approches différentes étaient en discussion le mois dernier :

 

Picto Refugee Transfer
La légalisation des voies d'accès

L'idée, c'est que la légalisation des voies de migration épargnerait des vies (3 771 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée en 2015, selon le  Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), tout en coupant l'herbe sous les pieds des passeurs.

Le philosophe français Etienne Balibar considère la légalisation des voies de migration comme la mesure la plus évidente. Dans le quotidien Libération, il suggère de procéder au transfert des personnes en bateau ou par avion, avec la participation active de toutes les instances civiles et militaires disponibles. 

Le gouvernement canadien a d'ores et déjà mis cette idée à exécution. Au cours des derniers mois, il a fait venir venir au Canada, par avion, 25 000 Syriens issus de camps de réfugiés du Liban, de Turquie et de Jordanie. 

Même en Europe, on évoque actuellement la mise en place de voies d'immigration légales. Mais ces discussions achoppent sur la nécessité d'établir des quotas de migrants, répartis de façon durable dans les pays européens. 

Picto Refugee No Border
La mobilité transfrontalière comme Droit de l'Homme

L'idée, c'est de régler les problèmes en érigeant la mobilité transfrontalière en Droit de l'Homme. Pour cela, il faut légaliser l'immigration, arrêter de répartir les migrants en catégories et rouvrir les frontières de l'Europe. C'est la solution préconisée par Leoluca Orlando, maire de Palerme, professeur de droit et opposant de la mafia. Il s'appuie sur son expérience, celle de l'arrivée quotidienne de migrants, pour affirmer que l'on ne pourra lutter efficacement contre les passeurs qu'en appliquant les mesure rassemblées dans la "Charte de Palerme". Cette prise de position lui a valu de se faire traiter de fou par l'establishment politique. Selon ses propres dires, il a cependant reçu certains soutiens, notamment celui des maires de Paris et de Madrid, Anne Hidalgo et Manuela Carmena.

Picto Refugee Tent
Des centre d'accueil sur place

L'idée, c'est d'établir des hotspots financés par l'EU, directement dans les zone de transition (comme par exemple l'Afrique du Nord et la Turquie), afin d'épargner aux demandeurs d'asile déboutés le dangereux voyage vers l'Europe, et d'assurer aux bénéficiaires du droit d'asile un transfert en toute sécurité vers le pays d'accueil. Ces centres seraient financés par les 28 États membres de l'UE et gérés par le commissaire aux réfugiés des Nations Unies. Cette idée est soutenue par les ministres de l'Intérieur français et allemand, Bernard Cazeneuve et Thomas de Maizière.

Les sceptiques doutent de l'efficacité de cette mesure. Ils craignent que l'existence de tels centres ne fasse que renforcer la tendance à l'isolationnisme.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016