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L’Europe de plus en plus divisée avant le Conseil européen

Pays : Union européenne

Tags : Brexit, crise des migrants, conseil européen

Le Conseil européen, qui réunit pour deux jours les chefs d’Etat et de gouvernement de l'UE, s’ouvre ce jeudi 18 février dans un climat tendu, alors que l’unité du vieux continent semble plus friable que jamais.

Le Brexit et l'afflux migratoire sans précédent en Europe depuis 1945 seront au centre des débats. La question de la répartition des migrants par quotas divise l'Union. D'un côté, l'Allemagne, qui plaide pour un accueil des réfugiés réparti entre les pays de l'UE. Jusque-là soutenue par la France, Angela Merkel s'est retrouvée isolée ce week-end suite aux propos tenus par le Premier ministre français Manuel Valls. De l’autre, les pays d’Europe centrale, qui exigent la sécurisation voire la fermeture des frontières. Deux blocs, deux langages.

Lors du dernier Conseil européen de septembre 2015, les chefs d’Etats étaient parvenus à se mettre d’accord sur des lignes directrices visant à gérer l’afflux de réfugiés sur le continent. 160 000 demandeurs d’asile devaient être répartis entre les différents pays de l’UE selon des critères objectifs. L’UE devait également négocier avec la Turquie, afin qu’elle accueille la plupart des réfugiés de Syrie. Autres points de l'accord : améliorer l’efficacité des centres d’enregistrement en Grèce et en Italie, tout en assurant l’expulsion de ceux qui n’ont pas obtenu le statut de réfugié. Or trois mois après, les objectifs sont loin d’être atteints. Les quotas contraignants font l’objet d’âpres renégociations, quand ils ne sont pas tout simplement rejetés par les Etats. Les nouveaux arrivés, dont le chiffre explose, ne cessent de mettre la pression aux frontières. La Turquie a par ailleurs annoncé lundi qu’elle poursuivra ses frappes en Syrie, jetant sur les routes des milliers de civils bloqués à la frontière turque. Et sur les onze centres de tri des migrants prévus, seuls trois sont fonctionnels.

L'Europe ne peut pas accueillir plus de réfugiés.

Manuel Valls - 13/02/2016

Le camouflet français

La chancelière allemande Angela Merkel, favorable à l’accueil des réfugiés grâce à un mécanisme de répartition par quotas contraignants entre pays européens, est de plus en plus isolée en Europe. Son influence, qui repose sur un duo franco-allemand  soudé, pourrait voler en éclats. En effet, le premier ministre français Manuel Valls a désavoué samedi la politique d’immigration de la chancelière. Il s’est exprimé en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich en Allemagne. "L'Europe ne peut pas accueillir plus de réfugiés", a-t-il plaidé au micro de l'AFP.

Le Premier ministre a notamment mentionné le risque d’un retour aux frontières intérieures. "Le projet européen, pas seulement Schengen, sera confronté à une crise majeure", a-t-il également averti.

Les quotas ne vont qu'accroître les incitations à la migration.

Miroslav Lajčák, ministre slovaque des Affaires étrangères

La fronde venue de l'Est

Le groupe de Visegrád, qui réunit la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, n’entendent pas se laisser conduire par Bruxelles sur les questions touchant à l’immigration. En septembre 2015 déjà, le bloc avait clairement rejeté le mécanisme de répartition des réfugiés. En décembre, la Slovaquie était même passée à la vitesse supérieure en  portant plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne pour dénoncer l’accord sur les quotas. La Hongrie avait également saisi les instances judiciaires dans la foulée.

La discorde semble donner le ton quant aux positions que défendra le groupe de Visegrád au sommet européen. Il ne sera certainement pas question d’intégration, mais bien des moyens qui permettront de rendre hermétique la frontière grecque, depuis laquelle se déversent des milliers de migrants. Un thème que le groupe compte bien imposer à l’agenda du conseil européen, et qui trouvera comme premier détracteur l’Allemagne. Le ministre slovaque des Affaires étrangères Miroslav Lajčák avait notamment jugé dans les pages du journal Der Spiegel que les "quotas ne vont qu'accroître les incitations à la migration".

L'Union européenne devra faire face jeudi et vendredi à deux défis : conserver en son sein un Royaume-Uni de plus en plus eurosceptique, et contenter un bloc oriental qui n'entend pas se laisser mener par Bruxelles. Un exercice diplomatique qui sera d'autant plus difficile que la France et l'Allemagne s'opposent désormais sur la question des migrants.

Qu'est-ce que le Groupe de Visegrád ?
Né il y a 25 ans, le 15 février 1991, le groupe de Visegrád avait pour objectif d'oeuvrer collectivement pour l'intégration de ses membres dans l'OTAN (en 1999) et l'Union européenne (en 2004). Depuis, le Groupe oeuvre à la coopération entre les quatre pays dans les domaines de la culture, de l'éducation, des sciences et de la défense.
En se prononçant contre la mise en place des quotas de migrants en septembre 2015, le Groupe de Visegrád souhaite faire entendre davantage la voix d'une Europe de l'Est qui se veut plus indépendante de Bruxelles. Le calendrier de l'Union européenne lui est par ailleurs favorable : avec le Polonais Donald Tusk à la tête du Conseil européen et la Slovaquie à la présidence du Conseil de l'UE à partir de juillet, le Visegrád aura la main sur l'agenda politique de l'UE et pourrait bien parvenir à imposer ses vues.

Dernière màj le 13 février 2017