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L’Eurogroupe va-t-il donner de l’air à une Grèce exsangue ?

Pays : Grèce

Tags : Alexis Tsipras, Austérité, crise

Les ministres des Finances de la zone euro se rencontrent aujourd’hui à Bruxelles. Le but : boucler un accord pour éviter une nouvelle crise grecque et, surtout, discuter pour la première fois de la question de l'allègement de l'abyssale dette du pays - environ 180% du PIB. Cette réunion de l’Eurogroupe intervient quelques heures à peine après que le Parlement grec a adopté des réformes controversées et exigées par les créanciers.

La loi votée dans la nuit de dimanche  à lundi s’intitule "un système unifié de sécurité sociale, réforme du système des retraites et règlement de l’impôt sur le revenu". Son adoption est loin d’avoir fait l’unanimité dans l’hémicyle. Au bout de deux jours d’âpres débats, elle a été approuvée par les cent cinquante-trois députés de la majorité - composée de la gauche Syriza et du parti des Grecs indépendants. L’opposition a fait bloc et les cent quarante-trois autres députés ont tous voté contre. Ce texte prévoit :

- La réduction du plafond des retraites les plus élevées, 

- La fusion des caisses d’assurance, 

- L’augmentation des cotisations, des taxes et de l’imposition pour les moyens et hauts revenus.

 

Le gouvernement et le Parlement essaient de prouver à l’Eurogroupe qu’ils sont de bons élèves.

Un dirigeant du GSEE - 08/05/2016

Le triste record de la Grèce 

40% des Grecs vivent sous le seuil de pauvreté et 14% dans l'extrême pauvreté : voici le triste record que détient le pays dans la zone euro. Ces nouvelles réformes ne risquent pas d’améliorer cette tendance qui fait rimer austérité avec pauvreté. Si les hautes pensions sont plafonnées à trois mille euros maximum, la réforme des retraites taille aussi les petites pensions : le minimum retraite passe de quatre cent cinquante à 382 euros. Une baisse de 18%. C’est pour cette raison que le pays s’est arrêté pendant quarante-huit heure, le temps d'une grève et d'une mobilisation populaire - vingt-six mille personnes le 8 mai dans les rues d'Athènes et Thessalonique - qui n’ont pas pu empêcher l’adoption de ces lois. "Le gouvernement et le Parlement essaient de prouver à l’Eurogroupe qu’ils sont de bons élèves, mais ils détruisent le système de sécurité sociale de la Grèce", a déclaré un dirigeant du GSEE - le principal syndicat du secteur privé de Grèce. 

Cette réforme était une condition sine qua non pour débloquer la suite des versements des prêts internationaux, négociés en juillet 2015. C’était aussi la seule façon pour le gouvernement de pouvoir s’aligner sur les exigences des créanciers : des économies de 5,4 milliards d'euros d'ici 2018.

 

La Grèce, en six ans d'austérité

Depuis que la communauté internationale a volé à son secours en 2010 pour renflouer sa dette, la Grèce a reçu 246 milliards d'euros, répartis en trois paquets d'aide. En contrepartie, l'Union européenne, la Banque centrale et le FMI ont exigé d'Athènes un arsenal de réformes douloureuses pour tailler dans les dépenses. Quels sont les efforts faits par la Grèce en six ans d'austérité ? Le point de Meline Freda :

 

La Grèce, en six ans d'austérité

 

Demain est un jour très important. Après six ans (de crise) l'Eurogroupe va se réunir pour aborder l'allègement de la dette.

Alexis Tsipras - 08/05/2016

Jusqu’où cette cure d’austérité va-t-elle aller ?

Selon le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, la Grèce a "pratiquement atteint" les objectifs de réformes exigés par ses créanciers. L'Eurogroupe va donc mener de "premières discussions" sur un aménagement possible de la dette du pays. Cette hypothèse apparaît bien dans l’ordre du jour de l’Eurogroupe, incitant Alexis Tsipras à affirmer, juste avant le début du vote de dimanche soir que "demain est un jour très important. Après six ans (de crise) l'Eurogroupe va se réunir pour aborder l'allègement de la dette".

Attention, par "allégement", il ne faut pas comprendre réduction du montant de la dette ou "haircut" : les créanciers sont d’accord pour envisager toutes les autres solutions comme l’allongement des échéances ou la baisse des taux d’intérêt. 

Le 7 mai, le ministre des Finances Euclide Tsakalatos a exhorté l'Eurogroupe à donner son feu vert aux réformes engagées, "ce qui aiderait le pays (à retrouver) la confiance des investisseurs et la reprise" et signalerait que "la Grèce a tourné la page et que le pays n'est plus à risque, enfin !".

 

Les remboursements de la Grèce en 2016 

Les caisses d’Athènes sont vides. La Grèce a besoin de 3,67 milliards d’euros au début du mois de juillet pour rembourser le Fonds monétaire international (FMI), la banque centrale européenne (BCE) et les autres créanciers. Voici les prochains paiements :

- Jusqu’au 7 juin, près de 300 millions d’euros devront être versés au FMI. Athènes sera en mesure de régler ce montant. D’abord en piochant dans les caisses de l’Etat, en gardant juste de quoi payer les salaires des fonctionnaires. Puis, en transférant le surplus de réserve de trésorerie des hôpitaux d’Etat à la Banque centrale. Idem pour le surplus de la caisse d’assurance-maladie et de l’agence pour l’emploi. Même le Parlement a transféré 67 millions d’euros de son budget à l’Etat.

- En juillet, la Grèce devra rembourser 3,67 milliards d’euros au FMI, à la BCE et aux autres créanciers. Une somme qu’Athènes n’a pas.

- En septembre, la Grèce devra rembourser 299 millions d’euros au FMI. Rebelote en décembre.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016