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L'Espagne face aux fantômes du franquisme

Pays : Espagne

Tags : Franco, nostalgie, Franquisme

Il y a quarante ans, Franco mourait. C'était le 20 novembre 1975. Loin d'être enterré, le franquisme est toujours vivant en Espagne. Plus d'un Espagnol sur deux pensent que Franco a été bénéfique au pays. Encore aujourd’hui, il existe à travers l’Espagne de nombreux symboles de la dictature à l’image du "Valle de los Caidos", ce gigantesque tombeau surmonté d’une croix de 150 mètres de haut où est enterré le "Caudillo" à une heure de route au Nord de la capitale. C’est aujourd’hui le lieu le plus visité en Espagne. Certains viennent y déposer une gerbe de fleurs en mémoire au dictateur. Marion Touboul et Joseph Gordillo se sont rendus dans ce lieu qui concentre les tensions. 

L'Espagne face aux fantômes de Franco

 

Interview avec Eduardo Ranz

Eduardo Ranz, 30 ans, est avocat. Il n’a pas connu la dictature mais se bat pour faire respecter la loi de la mémoire historique votée en 2007 par le gouvernement de gauche de Luis Rodriguez Zapatero. Elle vise à réhabiliter les victimes du Franco à travers "des réparations morales et financières à ceux qui ont subi dans leur chair la répression franquiste". A l’époque du vote de la loi, les conservateurs du Parti Populaire, parti né des cendres du franquisme, s’y étaient opposés. Qu’en est-il quarante ans après la mort du dictateur alors que le Parti Populaire est au pouvoir ? 

 

Il y a plus de 10 000 symboles de la dictature toujours présents à travers le pays. 

Eduardo Ranz 

ARTE Info : Combien y a-t-il de rues, de places ou de bâtiments symbolisant en Espagne le franquisme ?

Eduardo Ranz : A Madrid, seulement dans la capitale, il existe 186 rues dont les noms ont un rapport avec le franquisme. En fait, il y a plus de 10 000 symboles de la dictature toujours présents à travers le pays. Ce sont les chiffres que l’on connait aujourd’hui mais il n’y en a sans doute bien plus.

En plus des noms de rues, on constate aussi que des hommages sont toujours rendus à des personnalités connues sous l’époque de la dictature. L’Espagne continue à honorer ces individus au passé très sombre. Le blason de la phalange, lui, est toujours présent sur de nombreuses façades de maisons. La Phalange, c’est un parti espagnol d’extrême droite qui est interdit dans toute l’Europe sauf chez nous, en Espagne.

 

Cela fait 40 ans qu’on attend de résoudre le problème de la mémoire du franquisme, en vain. 

Eduardo Ranz 

En 2007, l’Espagne a voté la loi sur la mémoire historique. Est-elle aujourd’hui respectée ? 

Eduardo Ranz : La loi de mémoire historique est totalement piétinée. Les partis politiques, tout comme le clergé, ne font rien. Cela fait 40 ans qu’on attend de résoudre le problème de la mémoire du franquisme, en vain. Le problème de cette loi, c’est qu’elle ne comporte pas d’obligation, il n’y a pas de punition pour celui qui ne la respecte pas. Il faudrait que l’Etat nous donne plus d’argent pour qu’on puisse exhumer tous ces corps qui sont encore dans les fosses communes. C’est l’objectif central de cette loi. Nous voulons aussi avoir accès aux archives pour que les historiens puissent travailler. Le but étant que l’Histoire ne se répète pas.

 

Les mairies espagnoles, affiliées à Podemos, ont pris de vraies mesures : elles ont changé les noms de rue. 

Eduardo Ranz 

Depuis juin dernier, le parti d’extrême gauche Podemos, à travers la coalition "Ahora Madrid", est à la tête de la mairie de Madrid. Peut-on penser que ce changement politique ait un impact positif dans le respect de cette loi ?

Eduardo Ranz : La mairie de Madrid nous a fait savoir qu’elle allait tout faire pour que soit respectée la loi mais pour l’instant aucune mesure n’a été prise. D’autres mairies espagnoles, affiliées à Podemos, ont pris de vraies mesures : elles ont changé les noms de rue. Mais dans les petites communes où il y a seulement quelques rues qui posent problème, c’est plus simple qu’à Madrid où il y en a 186. 

Dernière màj le 8 décembre 2016