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Les voitures électriques, 100% écologiques ?

Pays : France

Tags : Ecologie, réchauffement climatique, pollution, Transports, voiture électrique

Anne Hidalgo, la maire de Paris, n’est pas la seule à vouloir interdire les voitures à essence en 2030. Elle suit le mouvement enclenché par les gouvernements français, anglais et chinois qui visent la fin de la vente des véhicules thermiques d’ici à 2040. Objectifs : freiner le réchauffement climatique et réduire la pollution urbaine. Car contrairement aux autres véhicules, les voitures 100% électriques présentent un bilan carbone imbattable pendant leur fonctionnement car elles roulent sans carburant. Pourtant, si l’on tient compte de la fabrication et du recyclage de la batterie, elles consomment autant qu’un véhicule diesel et les matières premières utilisées sont loin d’être respectueuses de l’environnement.

Les voitures électriques ne datent pas d’hier. En 1899, la Jamais-contente est le premier véhicule automobile à franchir le cap des 100 km/h. Puis quand Henri Ford développe à grande échelle sa Ford T à partir de 1910, le développement de la voiture électrique est relayé au second plan. Aujourd’hui avec l’épuisement du pétrole, le réchauffement climatique et les problèmes de santé liés à la pollution urbaine, le véhicule électrique reprend du service. Il en existe plusieurs types : à batterie, à pile à combustible ou équipés d’un prolongateur d'autonomie. A l’heure actuelle, le modèle le plus développé en France est la voiture 100% électrique. Son principe est simple : une batterie alimente un moteur électrique qui permet aux roues de tourner.

Premier objectif : s’affranchir des énergies fossiles

L’énorme atout de la voiture électrique est de pouvoir réduire les émissions de gaz à effet de serre causées par la combustion du pétrole”, souligne Laure Monconduit, responsable du groupe batteries de l’équipe AIME-ICG et chercheuse au CNRS. Au niveau mondial, un tiers de ces émissions proviennent en effet des transports. Une grande partie du carburant est gaspillée en roulant : pour un plein d’essence de 60 litres, environ 12 litres seulement servent à alimenter les roues et 48 litres sont dissipés en chaleur. La voiture électrique, elle, fonctionne à l’inverse : le rendement énergétique de son moteur est de 80%, soit quatre fois plus important que celui des véhicules thermiques. Mais si elle ne rejette aucun gaz à effet de serre en roulant, elle émet quand même des particules fines à cause de l’abrasion des pneus, du revêtement des routes et des freins.

Le casse-tête de l’autonomie

Pour les petits déplacements en ville, la voiture électrique est idéale.

Claude Delmas - CNRS

Aujourd’hui, les batteries électriques ont une autonomie moyenne de 150 à 400 kilomètres, estime Claude Delmas, directeur de recherche spécialiste des batteries au CNRS. Par conséquent, pour les petits déplacements en ville, la voiture électrique est idéale. Mais dès qu’il est question de partir en vacances ou de traverser la France, le modèle atteint ses limites.” D’autant que l’autonomie diminue considérablement avec l’utilisation du chauffage ou de la climatisation. “Il va donc falloir que les utilisateurs s'accommodent et admettent qu’on ne pourra plus parcourir 500 km comme on le faisait avec un véhicule thermique, souligne Laure Monconduit. Il faudra avoir la patience de recharger régulièrement.

Feu vert aux énergies renouvelables

Pour recharger les batteries, le projet de loi de programmation de la transition énergétique en France prévoit l’installation de sept millions de bornes de recharge d'ici à 2030, soit 700 fois plus qu’en 2014. Ces bornes sont reliées au réseau électrique. Or actuellement, l’électricité française provient essentiellement des centrales nucléaires. “On risque donc d’accentuer notre dépendance au nucléaire”, prévient Claude Delmas. Cela compromet les objectifs du gouvernement de plafonner la part de nucléaire dans la production d'électricité à 50% à l'horizon 2025. Seul recours : développer les énergies renouvelables, qui ne génèrent pour l’instant que 19,6% de l’électricité en France. “Le problème, c’est que le renouvelable ne produit de l’électricité que par intermittence et qu’il est pour l’instant impossible de stocker le surplus”, prévient le chercheur du CNRS.

Les constructeurs comme Renault ou PSA expérimentent donc des solutions. “En coordonnant les recharges des batteries avec les capacités du réseau, la voiture électrique peut contribuer à la mise en place de réseaux intelligents, les smart grids”, explique Maxime Pasquier, ingénieur au service transports et mobilité à l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Le véhicule pourrait également stocker l’énergie dans sa batterie avant d’injecter celle-ci sur les réseaux lors des fortes demandes”. Ces réseaux intelligents existent déjà dans différents pays européens, comme en Suède et en Italie.

Le tour du monde des batteries

Ce qui pollue le plus, ce n’est pas l’utilisation du véhicule mais toutes les étapes avant, au moment de la fabrication et de l’acheminement des batteries” note Claude Delmas. Pour les fabriquer, les industriels utilisent en effet des composants comme le lithium, également présent dans les téléphones portables. Il faut environ cinq kilos de lithium pour fabriquer une batterie. L’extraction de l’or blanc, présent en grande quantité en Bolivie, au Chili, en Argentine ou en Chine, a des conséquences néfastes sur l'écosystème de ces régions. Autre composant problématique : le cobalt, actuellement extrait dans les mines de République démocratique du Congo, le plus souvent par des enfants. “Ces composants sont ensuite assemblés en Chine ou en Corée du Sud avant d’être acheminés jusqu’en Europe”, explique Claude Delmas. Un tour du monde qui coûte cher à l’environnement.

Des dizaines d’autres solutions à l’étude

Pour pallier les lacunes de la voiture 100% électrique, les chercheurs explorent d’autres pistes. Pour Claude Delmas, le compromis idéal serait la voiture hybride rechargeable, équipée d’une batterie pour les trajets en ville et d’un moteur essence qui prend le relais sur les longues distances. Pour Pascal Brault, directeur de recherche CNRS à l'Université d’Orléans, l’hydrogène est le carburant de l’avenir. Dans ce système, la production d’électricité est assurée par la conversion d’hydrogène en électricité à travers une pile à combustible. “L’avantage, c’est qu’on enlève les problèmes liés à la batterie, explique le chercheur. On peut augmenter l’autonomie du véhicule en augmentant la quantité d’hydrogène stocké”. Peu développée en France, la filière est soutenue par la Commission européenne, qui finance notamment des projets de transports en commun.

L'urgence : changer nos modes de déplacement

Si la voiture électrique est encore loin d’être parfaite, elle pourrait bousculer nos modes de vie et les rendre plus propres. “Le véhicule électrique peut encourager de nouveaux modes de déplacement, explique Maxime Pasquier. On sortirait alors de la logique prédominante de possession du véhicule". Car pour Laure Monconduit, il faut bien se rendre à l’évidence : “face à l’urgence climatique, on ne pourra pas continuer à vivre au XXIème siècle comme on vivait jusqu’à présent.”

Dernière màj le 3 novembre 2017