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Les réfugiés, victimes collatérales des attentats

Pays : Union européenne

Tags : Réfugiés, Attentats, Paris

Les réfugiés sont-ils des terroristes potentiels ? Après les attentats de Paris et la découverte d'un passeport  syrien à proximité du corps d'un kamikaze, l'amalgame n’a pas tardé à faire surface. Certains partis politiques ont choisi d'alimenter la polémique. La Pologne a dès le lendemain des attentats décidé de ne plus accueillir de réfugiés. Ce lien entre réfugiés et menace terroriste sera forcément au cœur des discussions du conseil extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, le 20 novembre (dont voici le communiqué). 

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Depuis les accords de Schengen, les contrôles aux frontières assurant la libre circulation des personnes ont disparu dans les pays d’Europe. Mais ces textes prévoient aussi la possibilité de rétablir les frontières, en cas de "menace grave pour l’ordre public et la sécurité intérieure", pour "trente jours au maximum". En France, la décision de rétablir les contrôles avait été décidée avant les attentats dans le cadre de la conférence de Paris sur le climat (COP21) –du 30 novembre au 11 décembre. La date d’entrée en vigueur avait été fixée le 13 novembre, le jour des attentats de Paris

La menace terroriste et le renforcement des contrôles

Suite aux attentats de Paris, plusieurs pays d’Europe ont rétabli les contrôles aux frontières. Cette réaction est avant tout sécuritaire et ne vise pas à limiter ou à stopper le flux de réfugiés. Dans son intervention du 13 novembre, François Hollande justifie ce dispositif ainsi : "nous devons nous assurer que personne ne pourra rentrer pour commettre quelque acte que ce soit." 

Pourtant, pour François Heisbourg, président de l’International Institute for Strategic Studies, cette réaction aura forcément des implications sur la question des réfugiés : "le Moyen-Orient vient à nous avec les réfugiés. Il y a un fort risque de durcissement de l’opinion française par rapport à la question des frontières, de l’avenir de Schengen. (…) Ces attentats interviennent à un moment où la tension était déjà forte sur la question d’une recherche de solution européenne à la crise des réfugiés. C’est un très lourd facteur supplémentaire." 

En France, Marine Le Pen a en effet demandé lundi 16 novembre "l'arrêt immédiat de tout acceuil des migrants" en France.

Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas et Portugal : ces six pays européens ont annoncé le renforcement de la sécurité aux frontières, dans les aéroports et les gares. David Cameron estime que son pays fait face à "la même menace"

Hors Union européenne, le gouvernement suisse a placé l'ensemble de ses services de sécurité "en état de vigilance accrue" et la Russie, impliquée dans le conflit syrien, a placé l'ensemble de son système de sécurité en alerte "élevée à la lumière des nouvelles menaces".

 

Nous devons atteindre la communauté musulmane, qui hait ce continent et qui veut le détruire.

Witold Waszczykowsi, ministre des Affaires étrangères polonais

La menace des réfugiés et la Pologne

La Pologne n’a pas attendu longtemps avant de faire l’amalgame entre terroristes et réfugiés : le 14 novembre, le gouvernement a pris le prétexte des attentats pour refuser l'accueil des réfugiés. Le pays devait accueillir 7500 personnes en deux ans, dans le cadre du plan européen de répartition. Konrad Szymanski, le ministre des affaires européennes polonais, a déclaré sur le site internet de conservateur wPolityce.pl que "les décisions, que nous avons critiquées, du Conseil européen sur la relocalisation des réfugiés et immigrés vers tous les pays de l'UE ont toujours la force de droit européen. Après les événements tragiques de Paris, nous ne voyons pas la possibilité politique de les respecter".  

 

Un passeport qui attise le débat

La découverte d’un passeport syrien à proximité d’un des kamikazes a nourri les propos de personnalités et de partis européens partageant la position polonaise. Né en 1990, cet homme –inconnu des services de renseignement– a été enregistré par les autorités comme réfugié en octobre. Selon un membre des services secrets américains, cité par CBS News, ce passeport pourrait être falsifié : le nom ne correspondrait pas à la photo.

Le vice-ministre grec chargé de la police, Nikos Toscas, avait affirmé que"le détenteur du passeport a traversé l'île de Leros le 3 octobre 2015, où il a été identifié conformément à la réglementation européenne". Pour le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos, "il est désormais clair que des éléments extrémistes faisaient la traversée en Europe, en compagnie des victimes de l’islamo-fascisme"

"Paris a tout changé" selon le ministre des Finances bavarois Markus Söder (CSU). "Le temps de l'immigration incontrôlée et l'immigration clandestine ne peut pas continuer" ajoute-t-il dans une interview au Welt. "Nous sommes incapables de savoir qui sont [les réfugiés], ni ce qu’ils vont faire en Allemagne. Nous devons en finir avec cette situation". La psychose s’installe en Allemagne et met la chancelière Angela Merkel, déjà affaiblie par sa politique d’accueil des réfugiés, dans une position encore plus difficile. 

Dernière màj le 8 décembre 2016