|

Coup d'état en Turquie : la purge est en marche

Pays : Turquie

Tags : Putsch

Le coup d'Etat a échoué en Turquie. Une partie de l'armée a tenté de renverser le pouvoir dans la nuit de vendredi à samedi, mais le putsch n'aura duré que quelques heures. Les rebelles ont été matés à coups de chars par les militaires fidèles au président Erdogan, également soutenu par ses partisans qu'il a appelé à descendre dans la rue. Le bilan humain est lourd : au moins 290 morts. Ankara a commencé purger l'armée et l'appareil judiciaire turc.

La chasse aux mutins se poursuivait lundi en Turquie après le coup d'Etat raté, en dépit de l'inquiétude croissante de la communauté internationale envers un allié aussi encombrant que stratégique. Jusque là, cent trois généraux et amiraux ont été placés en garde à vue, a indiqué l'agence progouvernementale Anadolu, trois jours après la tentative de putsch. 

L'élimination du "virus" factieux promis par le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussi donné lieu à une descente des unités de la police antiterroriste à la prestigieuse académie de l'armée de l'air d'Istanbul, a annoncé l'agence Anadolu. Quelque six mille militaires ont déjà été placés en garde à vue et près de trois mille  mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de juges et de procureurs, après la tentative de coup d'Etat qui a officiellement fait au moins 290 morts, dont plus de cent putschistes.

Un défi lancé à l'UE

Retour sur les événements de vendredi 

La terminologie officielle s'est durcie à l'encontre des rebelles, désormais qualifiés de "groupe terroriste" par le ministère des Affaires Étrangères. 
Le coup d'Etat n'était pas "qu'un complot perfide" mais "une campagne terroriste", a déclaré le ministère dans un communiqué dans la nuit.

Le président turc a même évoqué dimanche soir à Istanbul un possible rétablissement de la peine capitale en Turquie. Un défi à l'Union européenne, qui avait obtenu en 2004 que le pays l'abolisse pour obtenir son ticket d'entrée. La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis lundi à Bruxelles, ont réagi en mettant en garde le pays contre la tentation d'une répression généralisée. 

"L'État de droit doit être protégé pour le bien" de la Turquie et "nous allons envoyer un message fort en ce sens à la Turquie", a averti Federica Mogherini.  La réintroduction en Turquie de la peine de mor serait "la fin des négociations d'adhésion" d'Ankara à l'UE, a déclaré lundi le porte-parole du gouvernement allemand. Steffen Seibert a par ailleurs dénoncé les "scènes révoltantes d'arbitraire et de vengeance" perpétrées à l'encontre de soldats soupçonnés d'avoir participé au putsch contre Recep Tayyip Erdogan.

Bras de fer autour du sort de Fethullah Gülen

Interrogé sur la demande faite par le président turc Recep Tayyip Erdogan que Washington lui livre le prédicateur en exil Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir fomenté le putsch avorté, John Kerry a estimé que le régime turc devait présenter "des preuves, pas des allégations" contre l'opposant de 75 ans qui vit reclus dans le nord-est des Etats-Unis depuis 1999. Fethullah Gülen est à la tête d'un mouvement puissant en Turquie, qui compte des écoles, des ONG et des entreprises sous le nom d'Hizmet (Service, en turc). Il est l'ennemi juré du président turc Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier l'a accusé samedi d'avoir organisé le coup d'Etat militaire avorté de vendredi soir, au cours duquel au moins 265 personnes sont mortes, et a demandé aux Etats-Unis de l'extrader.

Le putsch déjoué, restent des questions. Pourquoi ce coup de force et pourquoi maintenant ? Quelles en seront les conséquences pour le régime et pour une Turquie déjà secouée par le terrorisme et sa guerre contre le PKK. Nous avons posé ces questions à une politologue, spécialiste de la Turquie :

Le décryptage de la politologue Gülistan Gürbey
L'armée, coeur de la république turque

Après le putsch, le général Dündar a très vite promis de "nettoyer l'armée des membres de structures parallèles", faisant une référence évidente aux fidèles de Fethullah Gülen. Depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan, la hiérarchie militaire a été purgée à plusieurs reprises. L'armée de ce pays clé de l'Otan, qui compte 80 millions d'habitants, a déjà été l'auteur de trois coups d'Etat (1960, 1971, 1980) et forcé un gouvernement d'inspiration islamiste à quitter le pouvoir en 1997.

L'armée turque s'est toujours présentée comme le garant de la république kémaliste et laïque. Une armée forte de plus de 500.000 hommes, la plus importante au sein de l'Otan après celle des Etats-Unis. Une armée habituée aux coups de force, que ce soit contre le Sultan ou contre les gouvernements élus depuis la fondation de la République en 1923... Une tradition bien ancrée que nous rappelle Stephanie Hintzmann :

 

Historique des coups et tentatives de coups en Turquie
 

 

 

Dernière màj le 19 juillet 2016