Les pays voisins de l'Ukraine inquiets pour leur sécurité

Pays : Pologne, Russie, Ukraine

Tags : Ukraine, Crimée

Le Parlement de Crimée a fait jeudi un pas de plus vers la partition de l'Ukraine en demandant àVladimir Poutine le rattachement de la péninsule à la Russie, et en annonçant l'organisation d'un référendum le 16 mars pour le valider. De leur côté les Etats-unis déploient un destroyer en mer noire pour des exercices, autant d'éléments qui augmentent l'inquiétude des voisins de l'Ukraine. Les Pays baltes et la Pologne en appellent à l'OTAN. La Turquie elle, navigue entre deux eaux...

Un sommet européen convoqué en urgence se tient ce jeudi à Bruxelles, pour tenter de trouver une solution à la crise, et pour débattre d'éventuelles sanctions contre la Russie. Les pays les plus exposés militairement et les plus dépendants de Moscou, (Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie) sont les plus va-t-en-guerre. Ils souhaitent que l’Union réclame sans réserve, le respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et prenne des mesures concrètes pour contraindre l’armée russe à retirer ses troupes de Crimée. Ils comptent aussi sur une position ferme de l'UE pour imposer des sanctions économiques et politiques à la Russie.

 

Joerg Forbirg, expert des pays d’Europe de l’Est et centrale, attaché au think tank German Marshall Fund, rappelle que « les pays riverains de la Russie dépendent à hauteur de 80 à 100% de Gazprom alors que l’Allemagne ne dépend que pour 25 à 30% du gaz russe ». Pour Joerg Forbirg, la position de ce groupe de pays contraste avec celle de la «Vieille Europe» (Allemagne, France, Royaume-Uni) qui voudrait trouver une solution diplomatique avec le « partenaire stratégique » russe.

 

La Pologne particulièrement inquiète

Les propos de Donald Tusk sont particulièrement attendus ce jeudi lors du sommet européen. Le premier ministre polonais se fait le porte-voix, au sein de l’Union européenne, des pays de l’ancien bloc soviétique, partisans d’une ligne plus agressive à l’égard de Moscou.

Mais la Pologne est particulièrement préoccupée par la situation chez son voisin de l'Est. Depuis ce week-end, un vent de panique souffle sur le pays. Les réunions de crise se multiplient au plus haut sommet de l'Etat. Dimanche, le Premier ministre a rassemblé les leaders de l'ensemble de la classe politique polonaise. Lundi, le président Bronislaw Komorowski a convoqué le Conseil pour la sécurité nationale. Il y a sur ce dossier une unité politique entre le pouvoir et l'opposition, ce qui est très rare en Pologne.

A Varsovie, les médias se posent ouvertement la question de savoir si on assiste au début de la 3e Guerre mondiale. Le chef de la diplomatie polonaise a ajouté, en évoquant Vladimir Poutine, que « chez les rapaces, l'appétit vient en mangeant ». En Pologne, on ne se souvient que trop bien du pouvoir communiste présent ici jusqu'à la fin des années 1980. C'est pourquoi Varsovie envisage de déployer si nécessaire des forces militaires de l'Otan à sa frontière orientale pour se protéger en cas de besoin.

 

Derrière la Pologne et les Etats baltes, l'OTAN
Les Américains ont toujours en projet de construire un bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque. Lundi, Barack Obama et Bronislaw Komorowski se sont entretenus par téléphone. Le président américain a assuré son homologue polonais que les Etats-Unis garantiront la sécurité territoriale de la Pologne. En Lettonie, 27% de la population est russophone, 25% en Estonie et 5% en Lituanie. De quoi donner des idées à Vladimir Poutine...

Les États-Unis ont donc décidé d'intensifier les entraînements aériens conjoints avec la Pologne et d'augmenter leur participation à la protection de l'espace aérien des pays baltes, a annoncé mercredi le secrétaire à la Défense Chuck Hagel.

La protection de l'espace aérien de la Lituanie, de la Lettonie et de l'Estonie est assurée depuis 10 ans par l'Otan. Un des pays membres la prend en charge en envoyant des chasseurs dans les pays baltes pour une durée de quatre mois avant qu'un autre État membre ne lui succède. Depuis le 1er janvier, ce sont les États-Unis qui sont chargés de cette mission. Ils stationnent pour cela quatre chasseurs F-16 dans ces pays. Six chasseurs supplémentaires et un avion ravitailleur devraient déployer leurs ailes dans les Pays baltes d'ici à la fin de la semaine.

Lundi soir, le Pentagone avait déjà annoncé avoir coupé toute coopération militaire avec Moscou pour protester contre l'intervention russe en Crimée. 

 

La Turquie en embuscade
Le président polonais est actuellement en Turquie où il compte soulever la question de la Crimée. On sait que les Turcs sont concernés à cause de la présence d'une importante communauté tatare dans la péninsule. Ankara revendique un rôle dans le règlement du conflit. Mais le coup de force de Moscou place la Turquie en position délicate. Ses liens historiques avec la minorité tatare turcophone – environ 280 000 personnes, soit 12 % de la population – l'obligent à prendre position.

Dans le même temps, la Turquie fait son possible pour éviter de froisser la Russie, avec laquelle elle entretient des relations cruciales, notamment pour son approvisionnement énergétique. Or ces relations sont déjà compliquées par la guerre en Syrie. Comme pour la guerre russo-géorgienne de 2008, Ankara devrait strictement s'en tenir à la convention de Montreux, qui lui confère le contrôle des détroits des Dardanelles et du Bosphore et limite le passage de navires militaires, sauf pour les pays riverains de la mer Noire.

 

La vieille Europe plus pragmatique 
Face à la « Nouvelle Europe », les grands pays de l’UE, tout en condamnant l’intervention russe en Crimée, privilégient une solution diplomatique pour garantir l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  Le Royaume-Uni comme l’Allemagne, la France et l’Italie ne veulent surtout pas mettre à mal leurs relations lucratives avec Moscou. Londres accueille de nombreuses entreprises et des oligarques russes ; Paris vend des armes à l’armée russe et l’Italie accueille des investissements russes massifs. Enfin, l’Allemagne est le premier exportateur européen sur le marché russe qui, pour l’ensemble de l’UE, arrive en troisième place, après les Etats-Unis et la Chine.

En attendant, la posture des pays de « la Nouvelle Europe », rappelle clairement celle employée en 2008 où Pologne, Ukraine et Etats Baltes affichaient ouvertement leur soutien à la Géorgie, dans sa guerre contre la Russie. A l'époque déjà, ils appelaient « l'Union européenne et l'OTAN à s'opposer à la politique impérialiste et révisionniste de la Russie dans l'est de l'Europe », le président lituanien n'hésitant pas à comparer la guerre en Géorgie avec l'annexion des Sudètes par l'Allemagne en 1938.

 

David Arnold, ARTE Journal

 

Deux questions à Stefan Meister

Stefan Meister est membre du European Council of foreign relations à Berlin et un spécialiste de la Russie. 

 

Comment réagissent les Pays baltes à l'occupation russe en Ukraine ?

Le président Obama est-il sous pression pour répondre à l'intervention militaire russe avec plus de détermination ?