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"Une élection cruciale" aux Pays-Bas

Pays : Pays-Bas

Tags : élections législatives, populisme, extreme droite

Vingt-huit partis et cent cinquante sièges à pourvoir. Ce mercredi 15 mars, les Néerlandais élisent leurs députés. Depuis 7h30 ce matin, des milliers de bureaux de vote sont ouverts dans les écoles, les gares, les magasins, ou parfois même chez des particuliers. La participation, de 69% à 19h, s’annonce plus forte qu’aux dernières élections de 2012, après une campagne marquée par l’immigration et les débats identitaires. Des thèmes particulièrement défendus par le député d’extrême-droite Geert Wilders, qui pourrait enregistrer son meilleur résultat jamais atteint jusqu'ici.

"Une élection cruciale"

"Quel que soit le résultat des élections aujourd'hui, le génie ne rentrera pas dans sa lampe et cette révolution patriotique est là pour rester", a affirmé Geert Wilders après avoir déposé son bulletin dans l’urne près de La Haye ce matin. De l’autre côté de la ville, le Premier ministre Mark Rutte a lui aussi voté, pour d'autres raisons : "Cette élection est cruciale pour les Pays-Bas", a-t-il lancé, y voyant "l'opportunité [...] de mettre un terme à l'effet domino du mauvais populisme".

60% d’électeurs indécis

Vingt-huit partis sont candidats cette année, un record. Ces élections visent à renouveler les cent-cinquante sièges de la chambre basse du Parlement. Or pour constituer une majorité, les partis doivent décrocher soixante-seize sièges. Quel que soit le résultat des législatives, les partis devront donc constituer une coalition pour gouverner. Difficile de prévoir les résultats du vote, d’autant que la veille, 60% des 12,9 millions d’électeurs inscrits ne savaient toujours pas à qui donner leur voix. Un record pour les instituts de sondage.

Umfragen
© Peilingswijzer

 

Selon la dernière étude publiée par Peilingwijzer, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre Mark Rutte est toujours en tête, tandis que celui de Geert Wilders (PVV), en deuxième position, est rattrapé par les partis traditionnels comme l'Appel Chrétien-démocrate (CDA) et les progressistes de D66. De leurs côtés, les travaillistes reculent et le parti écologiste GroenLinks gagne des voix, grâce au charisme de son étoile montante Jesse Klaver.

L’ombre de Geert Wilders

Dans son programme, exposé sur une simple feuille A4, Geert Wilders veut fermer les frontières aux migrants musulmans, fermer les mosquées, sortir de l'Union européenne et réduire l'impôt sur le revenu. Ses positions lui ont valu la désapprobation générale des autres partis, qui refusent de former une coalition avec lui quel que soit le résultat. Le bras de fer est particulièrement fort avec le Premier ministre, qui se pose en seul défenseur de la démocratie, répétant aux Néerlandais qu'ils ont le choix entre deux options : le chaos ou la stabilité.

 

En cas de victoire, Geert Wilders n'est pas assuré d'entrer au gouvernement pour autant, car son Parti pour la Liberté (PVV) a bien du mal à convaincre les autres forces politiques qui pourraient arriver en tête de former une quelconque alliance avec lui.

Les forces politiques qui composent l'actuel Parlement :

 

L'identité nationale au coeur de la campagne

Plus virulente que jamais, la campagne est marquée par un net glissement vers la droite. D’autres candidats ont ainsi mis l’accent sur ce qu’ils appellent les "valeurs néerlandaises". L'Appel chrétien-démocrate (CDA) va jusqu'à obliger les écoliers à chanter l'hymne national, et a remis en question la double nationalité. A ces thèmes s’ajoutent la sécurité sociale, la retraite et les conditions de travail évoquées dans les débats, ainsi que les récentes tensions diplomatiques avec la Turquie, qui se sont invitées dans la campagne.

Rendez-vous le 21 mars

Les bureaux de vote ferment à 21h mais il faudra attendre encore une semaine pour connaître les résultats officiels. Comme onze autres Etats européens, les Pays-Bas sont une monarchie constitutionnelle, régie en plus par un scrutin proportionnel. Après examen des votes, le Conseil électoral annoncera donc la composition de la nouvelle chambre le 21 mars. Celle-ci pourra s’installer à la Haye en vue d'élaborer, par l’intermédiaire d’un membre choisi, la composition du futur gouvernement.

 

D’où vient la montée islamophobe ?
Les discours anti-islam trouvent de plus en plus d’échos aux Pays-Bas. Leur montée en puissance inquiètent les autres Etats membres qui voient dans ces élections législatives un test pour l’ensemble de l’Europe. Comme le souligne un article du Figaro, plusieurs facteurs peuvent expliquer le phénomène. Le malaise identitaire serait né du choc lié au 11 septembre 2001 : les Pays-Bas découvrent alors que plus de 40% de leurs musulmans “comprennent pourquoi l'attaque a eu lieu”. Des voix s’élèvent pour dénoncer la mauvaise intégration des immigrés. Certaines d’entre elles prônent un discours radical, comme le leader populiste Pim Fortuyn, précurseur de Geert Wilders, assassiné par un militant écologiste en 2002, et le cinéaste Theo Van Gogh, critique de l'islam, assassiné par un islamiste marocain. Leur créneau : surfer sur les idées nationalistes, l’islamophobie et l’incapacité de la classe politique à apaiser les tensions communautaires. Cette cristallisation des opinions s’opère dans les deux camps : en 2015, le parti Denk voit le jour pour défendre les revendications des immigrants, majoritairement turcs et marocains. Les récentes prises de position du Président turc Erdogan sur fond de crise diplomatique entre Ankara et La Haye risque d’ajouter encore de l’huile sur le feu.

 

 

Dernière màj le 15 mars 2017