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Les partis populistes à la conquête de l’Europe

Pays : France, Allemagne

Tags : populisme, Extrême-droite, élections européennes

Ils critiquent les élites et placent le peuple au cœur de leurs discours politiques. Dans les différents pays de l’Union européenne, les partis populistes font entendre leurs voix. Leurs aspirations divergent selon l’histoire et la localisation géographique du pays. Contre l’austérité, l’euro, l’union politique ou le règne des plus forts… Quels sont les thèmes et les caractéristiques des partis populistes ? Eléments de réponse avec ces mini-portraits de ceux qui se présentent aux élections européennes du 25 mai.

France

Front national : Fondé en 1972, le Front national pour l’Unité française est alors présidé par Jean-Marie Le Pen. Au congrès de Tour du 16 janvier 2011, sa fille Marine Le Pen lui succède. Elle modifie l’image et les discours du parti en s'éloignant des positions plus controversées de Jean-Marie Le Pen concernant l'antisémitisme, l'immigration ou l'avortement, au profit de problématiques plus sociales. Le programme économique du Front national se déporte sur la gauche pour favoriser une approche plus antimondialiste et étatiste du protectionnisme social. Cette stratégie de « dédiabolisation » permet au parti de progresser dans les sondages d’opinion. Fin 2013, le parti revendique 75 000 adhérents et sympathisants. A l’approche des élections municipales, Marine Le Pen entame une « campagne de proximité » et effectue une série de déplacements à travers la France. Les 23 et 30 mars 2014, le Front national obtient 1 544 postes de conseillers municipaux et s’empare de communes comme Fréjus ou Hénin-Beaumont dès le premier tour. 

Aux élections européennes, le Front national espère obtenir entre 15 et 20 eurodéputés, contre trois actuellement. Son programme préconise entre autres la sortie de la France de l’euro, une renégociation des traités et l’instauration de protections douanières. En janvier 2014, il conclut une alliance avec la Ligue du Nord en Italie. Il est membre du mouvement « Alliance européenne pour la liberté (AEL) qui envisage « une dissolution concertée de la zone euro ».

 

Italie

La ligue du Nord est un parti régionaliste, qui milite pour l’indépendance de la Padanie, une région concentrée autour du Pô. Fondé en 1989, il est dirigé par Umberto Bossi puis par Roberto Maroni et Matteo Salvini qui reprend la tête du parti en décembre 2013. Avec la démission du gouvernement Berlusconi IV, la Ligue du Nord devient le seul parti d'opposition au Parlement mais il perd des votes aux élections générales de 2013. Très hostile à l’immigration illégale, notamment dans l’affaire du naufrage clandestin à Lampedusa, le parti italien se dit partager « 99% des idées du FN sur l’Europe ». Il estime que l’union et la monnaie commune sont des « monstres politiques ». Jusqu’à présent proche de l’UKIP britannique, la Ligue du Nord est prête à rejoindre le groupe du FN et de ses alliés européens. Le parti compte actuellement neuf eurodéputés. Il est membre de l’Alliance européenne pour la liberté (AEL).

 

Le Mouvement 5 étoiles est l’autre parti italien souvent qualifié de populiste. Il est dirigé par son fondateur, l'humoriste Beppe Grillo. Crée en 2009, il recueille lors des élections générales italiennes de 2013 plus de 23,5 % au Sénat, presque autant que la coalition du Parti démocrate. D’un point de vue idéologique, le mouvement se qualifie de « non-parti ». Il prône la cyberdémocratie, l’alter mondialisme et l’écologie politique. Les cinq étoiles symbolisent : l'eau publique, les transports  durables, le développement, la connectivité et l'environnement. Le V majuscule en rouge représenterait à la fois le "V" de la victoire et le début de « vaffanculo » qui signifie « va te faire foutre ». Le jeune parti ne possède pas encore d’eurodéputés mais envisage de conquérir Strasbourg. Il rejette toute alliance avec « les extrémistes de droite ou de gauche, comme les Grecs d’Aube dorée ou de Syriza, ou du Front national en France ». Deux groupes semblent souhaiter s’en rapprocher : le United Kingdom Independence Party (UKIP) en Grande-Bretagne et les écologistes pro-européens de José Bové.

 

Grèce

L’Aube dorée est un parti grec d’extrême-droite souvent qualifié de néo-nazi. Il a été fondé en 1992 et est dirigé par Nikólaos Michaloliákos. Il est membre du Parlement grec depuis les élections législatives de 2012. Ses discours sont souvent construits autour de thèmes xénophobes et partisans du droit du sang. Le parti se dit comparable au Front national français, bien que celui-ci ait exclu toute alliance avec lui pour les élections européennes du 25 mai. La participation du parti grec aux européennes a été mise en doute par le lancement de poursuites pénales à son encontre. Au cours de l'automne 2013, un de leurs membres aurait assassiné, à Athènes, un jeune chanteur grec antifasciste. Six députés, dont Nikólaos Michaloliákos, sont en détention provisoire. La Cour suprême de Grèce a autorisé le parti néonazi à se présenter aux élections européennes qui seront précédées d’élections locales le 18 mai.

 

L’Alerte populaire orthodoxe (LAOS), parti eurosceptique et anti-immigration, puise son idéologie dans la droite conservatrice et nationaliste. Fondé en 2000, il appartient au groupe Europe libertés démocratie depuis 2009, au sein duquel il compte deux députés. Après avoir participé à la coalition gouvernementale de 2011, le parti a perdu tous ses élus au Parlement hellénique lors des élections législatives anticipées de 2012. Il milite contre l’entrée de la Turquie dans l’UE. Une alliance avec le FN n’est pas exclue. 

 

Allemagne

L’Alternative pour l’Allemagne n’est pas vraiment classée parmi les partis populistes d’Europe. Il n’existe que depuis un an mais attire déjà les regards. Crée en février 2013, ce parti eurosceptique allemand a recueilli plus de 2 millions de voix soit 4,7% des suffrages aux législatives de septembre 2013, ratant de peu son entrée au Bundestag. Classé à droite et d’inspiration conservatrice, il est contre l’euro mais pas contre l’Europe. Affaibli par de nombreuses divisions internes, il s’est néanmoins présenté pour les élections européennes où il compte obtenir un bon score.

 

Le Royaume-Uni

UKIP : Malgré un passé de courtier à la City, Nigel Farage présente son parti le UKIP comme étant antisystème et défenseur de la classe moyenne. Créé au lendemain du traité de Maastricht, le UKIP a longtemps été une force politique embryonnaire. Il comptait 13 députés européens dans la dernière assemblée, dont 8 sont membres du groupe Europe libertés démocraties, que co-préside Nigel Farage. Le parti demande un retrait de l’Union européenne où selon lui trop de lois portant sur l’économie et les politiques migratoires défavorisent le Royaume-Uni. Beaucoup d’anciens sympathisants des conservateurs se tournent vers le UKIP qui espère obtenir entre 30 et 40% des voix aux prochaines élections européennes. Nigel Farage, refuse pour le moment toute alliance avec le Front national ou le parti de la Liberté (PVV) à cause des propos sur propos sur l’Islam ou l’Holocauste des membres de ces deux partis. Il a apporté son soutien à Nicolas Dupont-Aignan, président du parti gaulliste Debout La République.

 

BNP : Le British National Party est classé encore plus à droite que le UKIP. Son fondateur se déclarait ouvertement fasciste, mais ses dirigeants actuels refusent cet héritage. Le parti milite pour le retrait de l’Union européenne et la peine de mort, ainsi que contre le mariage homosexuel et l’immigration,  tout en critiquant ouvertement l’Islam. Avec 1,9% des voix aux dernières élections générales de 2011, le parti national britannique est devenu le cinquième parti du pays. Son seul député européen n’est affilié à aucun groupe parlementaire.

 

Belgique

Le Vlaams Belang (VB, l’intérêt flamand) affiche un certain nombre d’idées idées conservatrices, nationalistes, et séparatistes. Il prône notamment l’indépendance de la Flandre, la province néerlandophone du nord de la Belgique. Pour lui, l’UE est un monstre administratif allant à l’encontre des libertés. Fondé en 1978, il a reculé ces dernières années, passant de la place du deuxième au cinquième parti de Belgique lors des élections fédérales flamandes de 2010. Membre de l’AEL, il comptait un eurodéputé lors de la dernière législature.

 

La Nouvelle alliance flamande (NVA) est un parti nationaliste de droite libérale qui revendique l’indépendance de la Flandre. Crée en 2001, il est présidé par Bart De Wever, que la presse soupçonne d’entretenir des liens d’amitié avec Jean-Marie Le Pen. Le parti est souvent critiqué pour ses liens supposés avec l’extrême droite. Membre de l’alliance libre européenne, il comptait lui  un eurodéputé dans le dernier Parlement européen. 

 

Pays-Bas

Le Parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders est le principal allié du Front national avec lequel il partage le même point de vue notamment sur l’islam, l’immigration et l’union européenne. Fondé en 2006, il a d’abord observé une ascension dans les sondages et les urnes. Son désaccord avec le gouvernement Rutte inverse la tendance. Aux élections législatives de 2012, il chute de 15 à 10 % des voix, au profit des libéraux et des sociaux-démocrates, et entre dans l’opposition. Nationaliste, eurosceptique et antimondialiste, le PVV est membre de l’AEL et compte quatre eurodéputés sortants.

 

Autriche

Le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) est fondé en 1956 comme un parti libéral. Il participe à plusieurs gouvernements de coalition, y compris avec les socialistes, avant de s’orienter vers l’extrême droite dans les années 80. Il adhère en 2007 au groupe « Identité, tradition, souveraineté » au Parlement européen, disparu la même année. Parmi ses mesures, le FPÖ prône notamment l’interdiction de l’immigration en provenance des pays musulmans, la sortie de l’Union européenne et le renforcement des lois pour promouvoir la famille. Membre de l’AEL, le parti nationaliste comptait deux eurodéputés dans le dernier parlement. Le 8 avril, son chef de file et député européen depuis bientôt dix ans, Andreas Mölzer, a dû retirer sa candidature suite à ses propos racistes. Ceux-ci décrédibilisaient le parti autrichien et les autres partis de l’alliance européenne tels que le Front national. De nombreuses personnalités réclamaient également sa démission. 

 

Danemark

Eurosceptique et anti-immigration, le Parti populaire danois (DF) est un parti nationaliste fondé en 1995. Il est politiquement classé au centre au Danemark mais ses positions marquées en matière d’immigration et de droits des étrangers le rapprochent d’autres partis d’extrême-droite européens. Membre du groupe Europe libertés démocratie (ELD) au Parlement européen, il  y avait un représentant lors de la dernière mandature.

 

Finlande

Les Vrais finlandais est un parti hostile à l’Union européenne et à l’immigration. Fondé en 1995, il représente la première force d’opposition en Finlande depuis les élections de 2011. Même s’il est soutenu à l’étranger par des partis d’extrême droite, il se positionne au centre gauche au niveau national. Le parti s'oppose aux plans d'aide aux pays de la zone euro en difficulté. Au Parlement européen, il fait comme son homologue danois partie du groupe Europe libertés Démocratie (ELD) et avait un élu dans le parlement sortant.

 

Suède

En Suède, l’euroscepticisme est embryonnaire, mais s’exprime à gauche et à droite. Bien qu’ils se définissent comme "nationaux-démocrates centristes", les sociaux-démocrates défendent des thèses se rapprochant de celles de l’extrême-droite, notamment en matière d’immigration. Ils comptent 5,7% des sièges au Parlement national, mais aucun au Parlement européen. Le parti vert, initialement contre l’intégration européenne, est membre du parti écologiste européen avec 2 eurodéputés sortants. La question divise toujours le parti.

 

Hongrie

Le Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie) est eurosceptique et nationaliste. Il provient d’un mouvement lycéen et étudiant fondé en 1999 devenu parti politique en 2003, dont le nom signifie « le meilleur » en hongrois. Le parti a été accusé d’actes criminels contre les Roms, il est souvent taxé d’antisémitisme. Le FN a exclu toute alliance avec ce parti, qui a pourtant mené lui aussi avant les élections législatives d’avril en Hongrie, une campagne de dédiabolisation. En juin 2009, le parti d'extrême droite hongrois remporte trois des 22 sièges pour la Hongrie au Parlement européen. Depuis, son ancrage dans le paysage politique hongrois ne fait qu’augmenter. 

 

Roumanie

Le Parti de la grande Roumanie (PRM) défend un programme ultra nationaliste et plaide pour le rattachement des territoires voisins (Moldavie et Ukraine) où vivent des Roumains. Il est fondé en 1991 et dirigé par Corneliu Vadim Tudor, eurodéputé et ancien membre de la nomenklatura. Accusé de diriger le parti de manière dictatoriale, celui-ci s’est fait exclure par ses pairs. En perte de popularité dans son pays, le parti avait trois élus dans le dernier Parlement européen. Ils ne sont rattachés à aucun parti politique.

 

Le Parti populaire - Dan Diaconescu est un parti politique roumain populiste qui prône un retour au nationalisme et un nettoyage de la corruption. Il a été fondé en 2011 par le magnat des médias Dan Diaconescu. Il n'a pas de siège au Parlement européen.

 

Pologne

Assez inclassable, le parti Pologne solidaire demande une forte imposition des grandes entreprises et l’arrêt de la production d’énergie nucléaire, mais ses positions conservatrices sur le mariage gay ou la PAC ont amené ses 4 députés européens à quitter l’Alliance des conservateurs et réformistes européens pour rejoindre le groupe Europe libertés démocraties, contrairement aux 8 députés de Droit et Justice.

 

Bulgarie

L’Union nationale Attaque (Ataka) est nationaliste, eurosceptique et conservatrice. Elle se distingue des autres partis populistes par une politique particulièrement agressive envers les minorités nationales. Fondée en 2006 et dirigée par le journaliste Volen Siderov, elle comptait deux eurodéputés jusqu’au mois dernier et souhaite, en vue des prochaines élections européennes, se rapprocher du parti de Marine Le Pen.

Dernière màj le 8 décembre 2016