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Les "Panama papers", plus grand scandale de l'évasion fiscale ?

Pays : France

Tags : Corruption, Finance, évasion fiscale

Une centaine de médias publie les "Panama papers", une enquête explosive sur le monde de la finance offshore et de l'évasion fiscale. Du clan Le Pen à Vladimir Poutine en passant par la Fifa, les documents dévoilés menacent les secrets bon nombre de personnalités. Le premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson a d'ailleurs démissionné moins de quarante-huit heures après des révélations sur ses placements offshore.

"Panama Papers" : le business de l'évasion fiscale

 

C’est "peut-être la plus grosse fuite d’informations de l’histoire", selon le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Cent-sept médias internationaux de soixante-dix ont publié dimanche les "Panama Papers", une vaste enquête sur le monde de la finance offshore et des paradis fiscaux qui a révélé les avoirs dans les paradis fiscaux de cent quarante responsables politiques ou personnalités de premier plan, parmi lesquels le cercle rapproché du président russe Vladimir Poutine, les footballeurs Michel Platini et Lionel Messi et plusieurs membres du Front national. L'affaire a déjà des conséquences concrètes : plusieurs pays, dont la France, ont annoncé l'ouverture d'enquête et le premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson a démissionné après des révélations sur ses placements offshore.

Les 11,5 millions de fichiers analysés par les journalistes proviennent d’une source anonyme, qui les a livrés au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. Il s’agit de registres, d’e-mails et de courriers du cabinet panaméen d’avocats Mossack Fonseca, spécialisé dans la domiciliation de sociétés offshore. L’ICIJ a ensuite réparti le travail d'exploitation, qui a duré environ un an, entre les publications membres. Plus de 214 000 entités offshore sont impliquées dans les opérations financières dans plus de deux cents pays et territoires à travers le monde, selon cette organisation. 

En France, le Front national en première ligne

En France, l'affaire a pris mardi un tour très politique avec la révélation mardi par Le Monde de l'implication de Marine et de Jean-Marie Le Pen. L'enquête a permis, selon le quotidien, de "mettre au jour un système de dissimulation d'avoirs financiers, organisé dans des centres offshore d'Asie et des Caraïbes par le premier cercle de fidèles" de la dirigeante du parti frontiste. Au centre de ce "système", Frédéric Chatillon, président de la société prestataire du FN, Riwal, déjà mis en examen dans l'enquête sur le financement des campagnes 2012 du Front national. Un virement de 300 000 euros vers Hong Kong puis Singapour apparaît effectivement dans ce dossier, sans que les enquêteurs n'aient pu démontrer que les sommes sont revenues dans les caisses du FN.

Le journal écrit par ailleurs que Gérald Gérin, majordome de Jean-Marie Le Pen, reconnaît être l'ayant-droit d'une société offshore, Balerton, enregistré par la fameuse firme panaméenne Mossack Fonseca. Jean-Marie Le Pen nie être impliqué dans ce scandale. "Ce n'est pas mon argent. Gérald Gérin, c'est Gérald Gérin, moi c'est moi. Et ceux qui affirmeront le contraire auront droit à un procès en diffamation", a-t-il affirmé mardi. Le nom de l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, déjà poursuivi pour fraude fiscale, apparaît également dans les "Panama Papers".

Des chefs d'Etat et des sportifs impliqués

Parmi les autres personnalités mentionnées dans les millions de documents figure notamment un cercle rapproché de personnalités autour du président russe Vladimir Poutine. Des associés du dirigeant auraient détourné jusqu'à deux milliards de dollars avec l'aide de banques et de sociétés écran, effectuant des virements pouvant atteindre 200 millions de dollars en une seule fois, selon l'ICIJ. Le monde du football, déjà ébranlé ces derniers mois par plusieurs scandales touchant les dirigeants de la Fifa, n'est pas épargné : quatre des seize dirigeants de la fédération internationale auraient ainsi utilisé des sociétés offshore créées par Mossack Fonseca. Les documents du cabinet d'avocats mentionnent également le président suspendu de l'UEFA Michel Platini.

Le journal britannique The Guardian a traduit la vidéo d'une interview du premier ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, dont l'enquête révèle l'existence d'avoirs dans des paradis fiscaux. Interrogé à ce sujet par la chaîne télévision suédoise SVT, l'homme politique bafouille une courte explication avant de quitter la pièce. Premier haut dirigeant emporté par le scandale des "Panama Papers", Sigmundur David Gunnlaugsson a fait savoir mardi qu'il allait démissionner. Des milliers de manifestants ont demandé son départ lundi soir.

 

La lutte contre l'évasion fiscale au coeur du débat

Les révélations, qui couvrent une période de près de 40 ans allant de 1977 à 2005, mentionnent encore des affaires réalisées dans les paradis fiscaux par le père aujourd'hui décédé de l'actuel Premier ministre britannique David Cameron. "La plus grande fuite de l'histoire du journalisme vient de voir le jour, et elle concerne la corruption", a commenté de son côté Edward Snowden, principal lanceur d'alerte sur les activités du renseignement américain. 

 

Les révélations de cette enquête colossale remettent au coeur du débat politique l’épineuse question de la lutte contre l’évasion fiscale. En France, le président François Hollande a très vite réagi, affirmant lundi que ces révélations donneraient lieu à des "enquêtes" fiscales et des "procédures judiciaires". Le chef de l’Etat a également remercié les "lanceurs d'alerte et la presse" pour ces révélations qui vont, selon lui, permettre de nouvelles "rentrées fiscales"

Retrouvez les résultats de l'enquête et les différentes personnalités impliquées, par fonction et par pays, dans cette animation interactive de l'ICIJ.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016