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Les OGM continuent de diviser l’Union européenne

Pays : Croatie

Tags : OGM, Législation européenne

Pour mettre un terme au bras de fer qui oppose depuis des années pro et anti-OGM, l’Europe a décidé de réformer le processus d’autorisation ou d’interdiction des cultures transgéniques. Or ce nouveau cadre est loin de faire l’unanimité.

Depuis plusieurs années, l'Europe est fortement divisée sur la question des organismes génétiquement modifiés (OGM). Deux camps inconciliables bloquent toute décision au niveau européen. D’un côté, les États comme l'Espagne et le Royaume-Uni, qui souhaitent ouvrir la voie à la culture des plantes transgéniques en Europe. Face à eux, les États comme la France, l'Autriche ou encore la Hongrie, qui plaident, sous la pression de leur opinion nationale, pour une interdiction de toute culture OGM sur leur territoire. Or voilà qu'une réforme du processus d'autorisation des OGM est en passe de changer la donne. Elle vise en effet à mettre fin à la bataille entre les pro et les anti-OGM.

 

Une nouvelle législation 

Le 12 juin dernier, les 28 États membres de l’Union européenne (UE) ont donné leur feu vert à une nouvelle législation. Si celle-ci doit faciliter le processus d'autorisation de cultures d'OGM au niveau européen, elle laisse cependant aux États toute latitude pour interdire les OGM au niveau national. Les pays réfractaires aux plantes transgéniques vont en effet disposer d'un socle juridique plus solide pour bannir les OGM de leur territoire. Cette nouvelle législation doit encore être soumise au Parlement européen, pour une adoption définitive prévue d'ici au début 2015.

 

Le poids des semenciers

« Le nouveau système garantit aux États la possibilité de choix, s'ils souhaitent cultiver ou non », s'est d'emblée réjouie la ministre de l'Écologie française, Ségolène Royal. Mais déjà les critiques affleurent. Les anti-OGM dénoncent un texte qui permet aux semenciers de peser dans le nouveau processus de décision. « Il y a en outre un risque pour les États de voir leur échapper le débat sur l'évaluation et sur les risques des OGM, qui serait cantonné au niveau européen – davantage pro-OGM », déplore Eric Meunier, chargé de mission pour l'association Inf'OGM et cité par Le Monde.fr

 

Monsanto et les autres

Conséquence d'années de bras de fer entre pro et anti-OGM, seules cinq plantes transgéniques sont actuellement autorisées à la culture au sein de l'UE, même si dans les faits un seul OGM – le maïs MON810 de Monsanto – est encore cultivé. Les autres plantes transgéniques – les maïs BT176 et T25 ainsi que la pomme de terre Amflora – ayant été abandonnés. Selon les chiffres de l'association inf'OGM, en 2012, 0,07 % de la surface agricole de l'Union européenne était planté d'OGM.

Mais voilà qu'un petit nouveau, le TC1507, pourrait faire son apparition dans les champs européens. Ce maïs génétiquement modifié, création de l’entreprise américaine Pioneer, a été conçu pour résister aux herbicides et aux attaques d'insectes ravageurs comme la pyrale. Depuis l'avis favorable délivré par l’Agence européenne de sécurité alimentaire en 2005, le dossier du TC1507 est longtemps resté au point mort, perdu dans le dédale des procédures européennes. Finalement, le géant américain Pioneer a décidé de saisir la Cour de justice européenne pour forcer les institutions européennes à se pencher sur le dossier, ce qu'elles ont fait, en février dernier. Résultat ? Malgré l'opposition de dix-neuf pays, dont la France, le maïs TC1507 de Pioneer  va être autorisé à la culture dans l'Union européenne, ces dix-neuf États membres n'étant pas parvenus à réunir une majorité qualifiée pour bloquer l'autorisation. 

 

Nadine Ayoub 

 

Dernière màj le 13 janvier 2017