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Les moocs, au ralenti en France

Pays : France

Tags : éducation, université, numérique

Les moocs ont du mal à séduire les établissements français. Présentés comme une révolution dans l’enseignement supérieur, le bilan de ces cours en ligne est assez mitigé. Ils semblent mieux adaptés au monde de la formation continue. 

La France rechigne à prendre le tournant de l’enseignement numérique. En janvier 2014, l’arrivée de la plateforme France université numérique (FUN) annonçait pourtant une nouvelle ère. Étudiants, cadres, retraités, plus de 226 000 personnes se sont inscrites via ce site Internet à des MOOCs (« Massive open online course »), des « cours en ligne ouvert à tous ».

Toutefois, les universités françaises accusent un immense retard dans ce domaine. Un récent rapport officiel, mentionné par Le Monde en mai 2015, indique que seul 2 % des établissements proposent un enseignement en ligne. À l’inverse de l’Espagne, où 35 % des écoles supérieures possèdent au moins un MOOC.

Des cours adaptés aux diplômés

D’où vient un tel retard ? Dans l’Hexagone, les étudiants, censés être plus réceptifs à des enseignements par vidéos, sont finalement peu assidus à ces techniques. D’après Les Echos, « les inscrits qui suivent un MOOC jusqu’au bout ont généralement entre 25 et 40 ans et possèdent déjà un diplôme ». Selon Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et auteur d’un article sur les MOOCs dans le dernier numéro de la revue Le Débat, cette observation « montre que la formation initiale nécessite un environnement spécifique, car il faut au préalable avoir appris à apprendre ». Un discours commun à celui d’Andreas Kaplan, enseignant-chercheur à l’ESCP, pour qui « les MOOCs ne sont pas adaptés à tout le monde, ni à toutes les occasions ». 

Les MOOCs ne sont pas adaptés à tout le monde, ni à toutes les occasions."

Andreas Kaplan, enseignant-chercheur à l’ESCP.- 01/09/2014

Un coût financier important

L’autre motif de déception porte également sur le coût de production de ces outils. Toutes les universités qui ont testé ce programme « ont vite compris qu’il ne suffisait pas de placer un professeur si doué soit-il devant une webcam pour obtenir un résultat pédagogique satisfaisant », ajoute Les Echos.  

Comme l’indique Cécile Dejoux, maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), responsable opérationnel du master ressources humaines, le MOOC n’est pas « une pâle copie d’un cours existant ». Le thème doit être original. Selon elle, il est important de « raconter des histoires, d’être à la fois théorique et pratique », en utilisant des supports différents comme des vidéos, des liens internet. Les équipes techniques, l’utilisation d’un studio et les frais de montage peuvent avoir un coût assez conséquent. Selon les estimations du Sénat, mentionné par le site 01net.com, il faudrait 30 millions d’euros pour financer toute la production de l’enseignement en ligne (le montage, les illustrations, la plateforme). Dans le coût de la réalisation des MOOCs  s’ajoutent également des frais humains, c’est à dire le temps passé à préparer les cours et à suivre les étudiants.

Un système contradictoire

Les recettes publicitaires ne sont pas suffisantes pour rentabiliser ces dépenses. D’ailleurs, pour tenter de renflouer les caisses, OpenClassrooms, le premier site européenne d’éducation en ligne spécialisé dans le numérique, a décidé de faire payer ses certifications. « C’est le seul moyen de gagner de l’argent avec les MOOCs  », assure Mathieu Nebra, cofondateur d’Openclassrooms.

En revanche, cette logique est en contradiction avec le principe de gratuité revendiqué par les créateurs de ce concept. « Et, comment justifier que des élèves paient très chers leurs droits d’entrée dans certaines écoles pour suivre un cours qui serait accessible à tous et sans frais ? », s’interroge Henri Isaac, chargé de mission « transformation numérique » à l’Université Paris-Dauphine. En réponse, le gouvernement rétorque que les MOOCs n’ont pas vocation à remplacer l’ensemble des enseignements dispensés par un établissement.

Selon Antoine Compagnon, l’avenir des MOOCs pourrait passer par un public différent. « Autant ils ne paraissent pas très efficaces pour démocratiser la formation initiale, autant ils peuvent être intéressants pour la formation continue ». Ce type d’apprentis fait souvent preuve d’une plus grande motivation. En tout cas, l’enseignement numérique ne peut encore se targuer de révolutionner le système universitaire. 

Fabiola Dor

 

 

Dernière màj le 11 janvier 2017