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Les migrants, espoir de l’économie allemande

Pays : Allemagne

Tags : Réfugiés, travail

L’Allemagne a, depuis quelques années déjà, clairement fait le choix de l’immigration choisie. Face au très faible taux de natalité et par conséquent à la baisse continue de sa population active, elle sait que les immigrés sont une chance pour son avenir économique. L’arrivée croissante de réfugiés ces dernières semaines a poussé les autorités à assouplir et faciliter les conditions d’intégration et d’accès au marché du travail pour ces milliers de nouveaux venus. En France, en revanche, où l’économie fait grise mine, l’emploi des étrangers ne figurent définitivement pas dans les priorités gouvernementales.

 

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Jusqu’en 2013, l’Allemagne n’acceptait avant tout que des travailleurs étrangers hautement qualifiés. Mais depuis deux ans, le marché de l’emploi outre-Rhin s’est peu à peu élargi pour les ressortissants non allemands désireux de s’installer dans le pays. Les personnes avec de faibles qualifications, voire aucune peuvent aussi espérer postuler. De multiples secteurs professionnels, comme l’hôtellerie, les services à la personne ou ceux du soin, souffrent d’un manque chronique de main d’œuvre. Malgré un taux de chômage de 6,4%, de nombreux postes ne trouvent pas preneurs au sein de la population allemande. Pour pallier ce manque, l’Allemagne a donc mis en place des programmes de recrutement destinés à faire venir des travailleurs originaires d’autres pays. L’an dernier, elle enregistré un solde migratoire de 470 000 personnes et est ainsi devenue le deuxième pays d’immigration au monde derrière les Etats-Unis.

A partir du moment où elle est entrée en Allemagne, la personne immigrée doit attendre trois mois pour obtenir un permis de travail. Selon les critères de l’Agence fédérale pour l’Emploi, les ressortissants étrangers ne peuvent prétendre qu’à des emplois qui n’ont pu être attribués à des citoyens allemands ou des ressortissants de l’Union européenne. 

Certains estiment que cette ouverture cache surtout la possibilité pour les employeurs de proposer des salaires plus bas à des candidats moins pointilleux sur leurs conditions d’embauche.

Malgré la motivation dont font preuve ceux qui viennent trouver une vie meilleure en Allemagne, l’Agence fédérale pour l’Emploi estime que la barrière de la langue constitue un frein notoire. Ainsi, afin de faciliter leur intégration à la fois dans la société et dans le monde du travail, les non germanophones sont soumis à un apprentissage obligatoire de l’allemand, voire à un complément de formation. Un système coûteux à court terme mais payant sur le long terme.

 

La France à la traîne

Comme l’affirme dans le journal Le Monde Thibault Gajdos, chercheur au CNRS, "Aucun économiste n’a jamais réussi à démontrer un lien évident entre immigration et chômage (…) et quand il y a un lien, il est positif pour le marché de l’emploi"

La stratégie adoptée par l’Allemagne est loin de faire des émules en France.  D’après une étude de l’OCDE publiée cette année, "en France, les immigrés récents (arrivés depuis moins de cinq ans) rencontrent des difficultés particulièrement importantes pour intégrer le marché du travail (leur taux d’emploi est de près de vingt-cinqpoints de pourcentage inférieur à celui des personnes nées dans le pays –comparé à douze points en moyenne en Europe)".

Avec presque trois millions de chômeurs, le marché du travail français n’est pas des plus florissants. Pourtant, en 2014, 330 000 postes n’ont pas trouvé preneurs. Selon le syndicat patronal du MEDEF, "les difficultés de recrutement liées aux compétences attendues sont les principales raisons évoquées par les entreprises". Les critères de délivrance de permis de travail définis par les pouvoirs publics sont particulièrement stricts et ne s’adressent qu’à des ressortissants de pays avec lesquels la France a signé des accords, comme la Tunisie  ou le Burkina Faso. La liste de métiers dits en tensions et susceptibles d’être attribués à des ressortissants non européens se limite à trente métiers et n’a pas évolué depuis 2008. 

 

 

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"Nous pouvons jouer un rôle important dans l’intégration."

Interview d’Ingrid Hartges, directrice générale du syndicat professionnel allemand de l’hôtellerie et de la restauration.
 

Gerald Pinkenburg pour ARTE Info : Quels sont les besoins en matière de main d’œuvre  dans l’hôtellerie et la restauration ? 

Ingrid Hartges : Les statistiques de l’Agence fédérale pour le travail estiment actuellement à 40 000 le nombre de postes vacants dans l’industrie de l’hôtellerie et de la restauration. Mais concrètement, les besoins sont 20 % plus élevés car plusieurs postes ne seront pas déclarés. 

 

800 000 réfugiés doivent arriver cette année en Allemagne. Ils pourraient constituer une main d’œuvre pour l’industrie de l’hôtellerie et de la restauration. Pour vous, quel est l’ampleur de ce potentiel ? 

Ingrid Hartges : Notre branche est très internationale : depuis des décennies, des personnes de toutes les nationalités travaillent chez nous. Je pense qu’aujourd’hui qu’une centaine de nationalités sont employées dans le monde de la gastronomie et de l’hôtellerie. Nous pouvons jouer un rôle important dans l’intégration, pour cela nous invitons les jeunes à faire des stages. L’important, bien sûr, c’est de pouvoir suivre des cours d’allemand et dans l’idéal une formation dans notre branche. Je pense que c’est une chance énorme. A l’inverse d’autres branches, les gens travaillent et parlent ensemble : l’intégration pourrait se dérouler plus facilement et être couronnée de succès. 

 

Est-ce qu’il faudrait mettre en place des programmes d’intégration spéciaux ?

Ingrid Hartges : Il est important qu’il y ait un enseignement intensif de la langue allemande. Même ceux qui sont déjà en formation ou qui travaillent doivent bénéficier de cours d’allemand renforcés. C’est très important notamment pendant la première année, c’est un bon tremplin. 

Nous demandons aussi à ce qu’il y ait une garantie de suivi. Quand quelqu’un commence une formation chez nous, il faut qu’il puisse aller jusqu’au bout. Sans cela, ces processus n’ont pas beaucoup de sens.

Dernière màj le 8 décembre 2016