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Les médias dans le collimateur du président

Pays : Burundi

Tags : Bob Rugurika, RPA, médias, Censure

Au Burundi, les autorités ont choisi de verrouiller l'information pour tenter de contenir la contestation. Très jaloux de son pouvoir, le président Nkurunziza a toujours vu d'un mauvais œil les journalistes un peu trop indépendants à son goût. Comme Bob Rugurika, le directeur de la RPA, la radio publique africaine, qui a cessé d'émettre dans la journée.

C’est à ce genre d’initiatives qu’on reconnait qu’un régime est aux abois. Le 27 avril, au deuxième jour des manifestations, les forces de police burundaises sont venues fermer la maison de la presse aux alentours de 10h40, heure locale. Le commissaire de police est arrivé, accompagné de nombreux policiers avec un mandat d’arrêt pour fermer cet organe symbolique où s’était rassemblé cinq medias indépendants qui tentaient de couvrir les manifestations à Bujumbura. Raison invoquée : la sécurité, car le pouvoir est persuadé que ce sont les médias qui sont à l’origine des troubles dans la capitale du pays. Selon des témoins, des hommes civils auraient malmenés les journalistes.

 

En début d’après-midi, la RPA, la radio la plus écoutée au Burundi n’émet plus. Elle a pourtant réussi à sortir un journal à 13h, dans lequel elle a rendu compte précisément de la situation dans le pays. Selon Bob Rugurika, le directeur de la RPA, interviewé dans ce journal, les forces de l’ordre sont en train de mettre le pays à feu et à sang :

 

"Aujourd’hui, dans ce pays, on est en train de parler de distribution d’armes à certains groupes d’individus. Donc cette volonté de museler la presse, de fermer les medias, cela vise à exterminer des gens à huis clos, en toute indifférence, en toute ignorance de la population."

 

L'ennemi public numéro un

Bob Rugurika est la cible numéro un du pouvoir en place. Son arrestation en février dernier avait suscité une immense vague de soutien de la population, qui était descendue spontanément dans les rues. Depuis 14 ans qu’elle existe, la radio RPA a toujours été malmenée par le pouvoir mais le soutien très fort dont elle bénéficie au sein de la population lui permet de continuer à exister.

 

Nouveau tour de vis

Le président Nkurunziza n’a jamais été tendre avec les medias indépendants, mais à l’approche de l’élection présidentielle, qui se tiendra le 26 juin, il a donné un coup de vis supplémentaire. Samedi, son parti l’a investi candidat pour un troisième mandat alors que selon les accords d’Arusha, signés en 2000, il doit maintenant céder le pouvoir. Aussitôt des appels à manifester pacifiquement ont été relayés. Depuis, le pouvoir ne cesse de vouloir faire taire les radios privées qu’il juge responsable de ces troubles.

 

Le rapport de RSF

Mais avant déjà, de nombreux journalistes burundais avaient été victimes d’intimidations, comme l’avait dénoncé Reporters sans frontières, dans un rapport paru la semaine dernière. Ce rapport cite plusieurs cas précis, comme celui d’Alexis Nimubona, correspondant de la RPA dans le nord-est du pays. Il est poursuivi pour avoir insulté l’administrateur d’une commune alors qu’il ne faisait que rendre compte du mécontentement des commerçants. Ou celui de Spès-Caritas Kabanyana, correspondante de la radio Isanganiro, dont le domicile a été attaqué à deux reprises par des individus non-identifiés, qui pourraient faire partir de la milice Imbonerakure à la solde du président.

 

Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2015, le Burundi arrive à la 145e position sur 180, loin derrière le Zimbabwe ou le Venezuela, mais devant son voisin le Rwanda.

 

Les événements du 27 avril dans notre live :

 

Dernière màj le 8 décembre 2016